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Les femmes dans le judaïsme. – A la synagogue.

Synagogue d'Avignon

Jusqu’au début du XIXe siècle, dans toutes les communautés de la diaspora juive, la synagogue impose une stricte séparation des sexes (mehitsah, en hébreu) pendant les offices, auxquels les femmes peuvent assister sans y jouer aucun rôle. Avec la Haskalah, le mouvement juif des Lumières inauguré en Allemagne par Moïse Mendelsshon (1729-1786), et l’émancipation des juifs en Europe, des réformateurs commencent à poser la question de la participation des femmes au culte, et leur séparation à la synagogue devient sujet de controverses.

Voir en ligne : "Alliance", magazine en ligne, rubrique judaisme.

Des hommes sous les balcons des femmes à la synagogue

En France, après l’émancipation des juifs en 1791 et l’instauration, en 1808, d’un système consistorial centralisé pour la gestion du culte israélite, ces controverses sont dominées par les orthodoxes. La mehitsah est maintenue dans la construction de nouvelles synagogues, avec cependant certains changements : les galeries réservées aux femmes, auparavant fermées ou grillagées, sont dorénavant dotées d’une balustrade qui les ouvre à la vue. Au cours du XIXe siècle, dans d’autres pays européens et aux États-Unis, les différentes tendances du judaïsme réformé et libéral abolissent la séparation des sexes à la synagogue. Ces tendances, qui rassemblent aujourd’hui la majorité des juifs dans le monde et qui permettent aux femmes et aux hommes de prier côte à côte et à haute voix à la synagogue, sont restées minoritaires en France et en Israël.

Les formes et les fondements de cette séparation des sexes, puis le rappel de certaines controverses auxquelles elle a donné lieu, illustrent ici une modalité particulière d’invisibilité imposée aujourd’hui aux femmes dans la quasi-totalité des synagogues françaises.

Des formes historiques de la mehitsah

L’institution de la synagogue n’existe pas aux temps bibliques, et le début de l’instauration d’une séparation spatiale entre les hommes et les femmes dans les synagogues n’a pas reçu de réponse scientifique probante. Du grec « Sunagoge », réunion, cette institution n’est connue que depuis l’époque post-exilique (IVe siècle avant J.-C.), et différents témoignages du début de l’ère chrétienne (Paul de Tarse prêchait dans des synagogues à Damas, à Chypre…) attestent de l’importance qu’elle avait prise après la destruction du second Temple de Jérusalem en 70. En Palestine, en Grèce et en Asie mineure, l’archéologie a mis à jour près d’une centaine de ruines de synagogues des IIe au VIe siècles, mais leur état ne permet pas d’affirmer avec certitude qu’elles possédaient des galeries, et que ces galeries étaient spécialement destinées aux femmes.

L’absence des femmes dans le culte et la séparation des sexes à la synagogue sont en revanche bien attestées à partir du Moyen âge : les femmes ne peuvent faire partie du quorum minimum de dix personnes religieusement adultes (minyan) qui valide la récitation des prières publiques, et leur place à la synagogue est seulement celle de spectatrices passives. Telle est toujours, dans le judaïsme orthodoxe, la division sexuelle du travail religieux : les femmes ont des fonctions importantes dans le culte domestique et dans l’éducation religieuse des enfants, mais n’ont aucune obligation dans le culte public. Tenues d’observer tous les commandements négatifs (Tu ne voleras point, Tu ne tueras point, etc.) et invitées à connaître les textes des principales prières et à les réciter en privé, les femmes sont exemptées des commandements positifs dont la célébration est liée à un temps déterminé, à l’exception de trois commandements spécialement impartis à la femme mariée : ‘halla (le prélèvement des prémisses de la pâte), nidda (les interdits associés aux menstrues et à la pureté des rapports sexuels), et hadlakat ha-nerot (l’allumage des bougies du shabbat). Selon la coutume, les femmes sont cependant invitées à se rendre à la synagogue pour écouter les prières récitées par les hommes, prières qu’elles peuvent éventuellement suivre sur leurs propres livres, si elles savent l’hébreu.

C’est aussi à partir du Moyen âge que l’architecture et les archives commencent à attester l’existence d’espaces séparés pour les femmes. Un des plus anciens témoignages architecturaux est celui de la synagogue de Worms (construite en 1036, détruite par les nazis, puis reproduite à l’identique), dans laquelle un espace réservé aux femmes fut ajouté en 1213. D’autres témoignages provenant de Rhénanie laissent supposer l’existence de bâtiments séparés pour les femmes, attenants aux synagogues des hommes. Robert Weyl a ainsi mis à jour, dans le complexe synagogal médiéval de Strasbourg, la seule inscription épigraphique révélant peut-être l’existence d’un tel bâtiment. Il s’agit d’une pierre gravée en 1240, portant, en hébreu, l’inscription « Filles de Sion / Venez et voyez / la maison de prières et son Dieu / la présence divine en son palais [1]. ».

A la même époque, les anciennes synagogues espagnoles présentaient déjà des galeries surélevées réservées aux femmes. Elles existent toujours, notamment à l’Église Santa Maria de Tolède, une ancienne synagogue construite en 1200 et transformée en église en 1405, où une galerie des femmes, à balustrade, est située à l’étage. La plus vieille synagogue d’Europe centrale toujours en activité, celle de Prague, construite en 1270, n’a eu de partie réservée aux femmes qu’à la fin du XVIe siècle « et encore s’agit-il d’un bâtiment adjacent accolé à la synagogue dont le mur est percé de trous permettant aux femmes d’observer et d’écouter l’office. [2] »

A partir du XVIe siècle, des galeries pour les femmes sont intégrées dans les plans de toutes les grandes synagogues européennes, comme la Scuola Grande Tedesca, la grande synagogue ashkénaze du ghetto de Venise érigée en 1528, ou la synagogue hispano-portugaise d’Amsterdam, édifiée en 1670, qui fut en son temps la plus grande synagogue du monde pouvant contenir 1 200 hommes et 400 femmes.

Dans le sud de la France, la documentation écrite et les synagogues actuelles de Carpentras et de Cavaillon, reconstruites sur des fondations médiévales, témoignent d’autres formes de séparation. L’archéologie y a mis en évidence une structure originale de construction à deux étages : le rez-de-chaussée (ou la cave) était affecté aux femmes et à différentes installations communautaires (boulangerie, bains rituels) tandis que l’étage, la synagogue proprement dite, était réservé aux hommes. Une grille au plafond de la cave permettait aux femmes d’entendre les prières ainsi que l’atteste le témoignage de deux voyageurs allemands, Thomas et Félix Platter, qui visitèrent la synagogue d’Avignon en 1599 : « Ils nous conduisirent à leur temple. C’était un souterrain, une vraie cave prenant jour dans une salle supérieure à travers un châssis. Un rabbin aveugle y prêche aux femmes en mauvais hébreu. […] Dans la salle d’en haut, on prêche au contraire aux hommes, en bon hébreu ; il y fait clair. » [3] Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, lorsque le voyageur Van de Brande visite la synagogue d’Avignon, la disposition des lieux n’a pas changé : « Les femmes ne sont pas confondues pêle-mêle avec les hommes. Leur place est dans une salle souterraine semblable à un cachot qui n’a de communication avec celle des Juifs que par un grillage de bois qui leur procure un peu de clarté.. [4] »

A Carpentras, la synagogue actuelle abrite simultanément trois formes de séparation différentes : au Moyen âge l’ancienne école des femmes était située au rez-de-chaussée à côté des salles abritant les services communautaires, tandis que dans la synagogue, à l’étage, une galerie (réservée aux femmes ?) continue la Bima, l’estrade surélevée réservée à l’officiant. Une troisième forme de séparation, aménagée probablement à la fin du XVIIIe siècle, est un corridor étroit situé derrière l’espace réservé aux hommes et dont la face communiquant avec la salle de prière est dotée d’une baie fermée par une claustra à claire-voie en bois.

Dans la synagogue de Cavaillon, l’aménagement d’un espace pour les femmes à l’étage est moins évident : « A l’étage inférieur, la tourelle n’est qu’un recoin semi-circulaire avec banc où devaient s’asseoir les fidèles de sexe féminin, séparés ainsi des hommes, comme il est ordinairement prescrit.. [5] »

Synagogue d'Avignon

L’espace réservé aux femmes dans les synagogues a connu d’autres formes selon les lieux et les époques. Dans les mellahs marocains, où les anciennes synagogues occupaient une simple pièce dans la maison des rabbins, il n’y avait aucun espace prévu pour les femmes qui pouvaient éventuellement entendre les prières par les fenêtres adjacentes. En Tunisie, la grande synagogue de Djerba, construite au XVIIIe siècle, ne comporte pas de galerie pour les femmes qui n’étaient jamais autorisées à y entrer, même comme spectatrices, sauf pour y faire le ménage en dehors des heures des offices. [6] En Pologne, dans les anciennes synagogues en bois qui ont toutes été détruites au cours de la Seconde Guerre mondiale, les femmes occupaient généralement des galeries surélevées construites dans une annexe dotée d’une entrée particulière afin que les femmes n’empruntent pas la même entrée que les hommes. Ailleurs, la séparation pouvait prendre la forme d’une cloison en bois ou en métal, d’un treillis ou d’un rideau en tissu non transparent séparant les sièges des hommes de ceux des femmes placés dans le fond. On trouve dans la littérature rabbinique, des responsa détaillant la hauteur et autres mesures spécifiques de la mehitsah dont la confection, à l’encontre d’autres travaux, pouvait même avoir lieu durant le shabbat.

Les fondements de la mehitsah

Le plus ancien argument justifiant la séparation des hommes et des femmes à la synagogue trouve son origine dans les descriptions du Temple de Jérusalem faites dans la Bible (I Roi, 6 à 8 ; II Chroniques, 1 à 4), puis par l’historien Flavius Josèphe (IIe siècle). Ces descriptions évoquent des espaces réservés à différents groupes dans l’enceinte du Temple, tous situés au même niveau : l’ezrat cohanim (le parvis, ou la cour des Cohen, les prêtres officiants), l’ezrat Israel (le parvis des israélites, réservé aux hommes) et l’ezrat nashim (le parvis des femmes). De même, certaines références bibliques servent à justifier la séparation cultuelle des sexes, notamment Exode 15, 20-21 où Myriam et ses compagnes entonnent un Cantique, après Moïse et les enfants d’Israël. Mais d’autres références scripturaires qui évoquent la participation des femmes aux événements fondateurs du judaïsme — leur présence au moment de l’Alliance (Deutéronome 29, 10), à l’entrée de la Tente de la réunion (Exode 38, 8) ou au mont Ebal lors de la lecture de la Tora par Josué (Josué 8, 35) — sont, elles, utilisées par les mouvements réformés pour justifier l’abolition de la mehitsah.

C’est dans le Talmud, la première codification de la loi juive, dont la compilation prit fin au IVe siècle, que l’on trouve la plus ancienne évocation d’une galerie surélevée pour les femmes dans l’enceinte du Temple. Elle est dérivée d’un commentaire relatif à la cérémonie de Simhat Beit ha-Sho’evah (la joie puisage de l’eau) qui avait lieu le deuxième soir de la fête Soukot sur le parvis des femmes :

Au sortir du premier jour de la fête [de Soukot], ils [les hommes] investissaient le parvis des femmes. On a institué une importante mesure.
[…] Un Tana [docteur de la loi] explique la nature de cette mesure : à l’origine, la cour appelée Ezrat Nashim était un seul espace. La « mesure » consistait à installer des balcons destinés aux femmes, les hommes restant sur le terre-plein. Une baraïta [explication extérieure à la Mishna, la partie législative du Talmud] ajoute, au nom des Sages, qu’à l’origine, la « mesure » consistait en ce que les femmes se tiennent à l’intérieur de l’Ezrat Nashim et les hommes à l’extérieur de celle-ci. Cette disposition s’avéra inefficace à prévenir « une conduite légère » entre les deux sexes, c’est pourquoi il fut décidé que les femmes se tiendraient en haut et les hommes en bas.. [7]

On peut noter que ce nouvel aménagement spatial, qui n’apparaissait pas dans la description biblique du Temple où le parvis des femmes était de plain-pied, ne reflète aucune supériorité féminine dans le culte, bien qu’il soit courant d’entendre dire aujourd’hui qu’ainsi placées « les femmes sont plus près de Dieu ! »

Le Talmud (Berakhot 24a et Kiddoushim 70a) rapporte aussi des discussions de rabbins relatives aux parties précises du corps de la femme qui devaient être cachées à la vue des hommes pendant qu’ils prient : les uns considèrent que seulement ses parties génitales devaient être cachées, d’autres que tout son corps doit l’être, car « kol be-isha erwa » (tout dans la femme est nudité), tandis qu’un autre rabbin, jouant sur les homonymes hébraïques kol (tout) et qol (voix), affirme « qol be-isha erwa » (la voix de la femme est nudité), redoublant ainsi l’invisibilisation de la femme par son silence.

Ultérieurement, les décisions de Maïmonide (1135-1204), selon lesquelles la vue des cheveux de la femme aussi bien que sa voix sont « nudités », et sont incompatibles avec le recueillement nécessaire à la prière ont pris force de loi dans la halakhah (la jurisprudence juive). Après lui, pendant des siècles, la séparation entre hommes et femmes n’est quasiment pas abordée dans la littérature rabbinique, car elle allait de soi et était admise par tous et par toutes. Le Shoulhan Aroukh (la Table dressée), la codification de la loi juive élaborée au XVIe siècle par Joseph Caro, et devenu depuis la référence de l’orthodoxie juive, ne fait pas même mention d’un espace réservé aux femmes dans les synagogues.

Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle, lorsque l’amélioration globale de la condition des juifs en Europe leur permet la construction de nouvelles synagogues, que l’on commence à trouver, en y prêtant bien attention, des traces de controverses sur la place des femmes à la synagogue. Ces controverses, qui perdurent encore, s’inscrivent tout au long du XIXe siècle dans un débat capital entre les tenants de l’orthodoxie et ceux de la réforme sur la « modernisation » de l’ensemble du culte synagogal (notamment par la suppression de certaines prières et l’introduction de chants en d’autres langues que l’hébreu). En France, les rabbins orthodoxes, tempérés par le pouvoir des laïcs qui siègent aussi au Consistoire, cèdent sur certains points (comme l’introduction des orgues à la synagogue), mais maintiennent la séparation des sexes pendant les offices, toujours célébrés en hébreu, alors que peu d’hommes et encore moins de femmes maîtrisaient cette langue.

Échos de controverses sur la séparation des sexes à la synagogue

En 1841, Fanny Angel, dans une lettre publiée par la revue des Archives Israélites de France fondée la même année, exprime son désir de voir abolir cette séparation qui fait trop ressembler le judaïsme à l’Islam :

[…] Qu’on les rassemblât dans cette galerie étroite et grillée qui fait paraître les femmes dans notre temple plutôt pour assister à un spectacle qu’au service divin et qui rappelle surtout les sectateurs de Mahomet et leur insultante jalousie. Cette séparation des sexes s’harmonise peu selon moi avec l’urbanité des mœurs françaises et notre marche progressive et civilisatrice... [8]

Trois ans plus tard, un premier synode rabbinique est réuni à Braunschweig (Allemagne) pour examiner des possibilités de réformes à apporter au culte. Ses résultats furent maigres en raison de la profonde division de ses membres, et dans un court compte rendu de leurs travaux, on ne trouve pas de référence à la place des femmes à la synagogue. [9] À la même époque, le rabbin Honel, dans le discours qu’il prononce en 1859 pour l’inauguration d’une nouvelle synagogue en Alsace, y regrette l’absence du grillage traditionnel des tribunes des femmes en ironisant sur la capacité de recueillement des hommes : « Le recueillement dans nos temples serait-il arrivé à ce point que rien n’y pût plus nous distraire. [10] »

L’opposition du rabbin hongrois Moshe Schick (1807-1879), est beaucoup plus violente :

Les dévoyés de la communauté X ont voulu apporter un changement catastrophique dans la disposition de la ezrat nashim [galerie des dames] : qu’elle ne soit plus fermée par des planches transversales, mais ouverte de manière à ce que les femmes puissent voir et être vues [c’est moi qui souligne]. Les gens pieux se doivent de ne pas autoriser une telle horreur, car la Halakha exige que les femmes ne puissent être vues dans la ezrat nashim comme c’était le cas dans le Temple. [11]

Quelques années avant l’Émancipation des juifs de France, la communauté juive d’Avignon comptait déjà semble-t-il quelques « dévoyés ». En 1765, lorsque la reconstruction de leur synagogue fut autorisée, certains avaient suggéré de changer le lieu d’où les femmes suivaient les offices, afin de leur aménager un espace surélevé, protégé par une grille, derrière celui des hommes. Mais bien que leur suggestion ait été acceptée par l’Inquisiteur, elle ne fut pas appliquée, suite à une opposition signée devant notaire le 1er mai 1767 par trois hommes de la communauté :

« Ayant appris avec étonnement que quelques uns des baylons et députés et autres particuliers juifs de la même carrière proposaient de mettre les femmes au haut de leur école et de laisser la liberté à celles qui voudront aller en bas, ce qui serait totalement contraire à l’usage qui se pratique parmi les juifs et qu’il s’est pratiqué de tous les temps tant dans cette carrière […], déclarent s’opposer avec la plus haute vigueur et par serment à tout changement de ce genre, pour éviter que les femmes puissent avoir d’autre lieu que celui qu’on leur a fait présentement, n’empêchant pourtant qu’on y fasse tous les embellissements et commodités nécessaires et convenables. [12].

Cette ancienne synagogue d’Avignon a disparu, de même que celle reconstruite en 1765 qui brûla en 1845. Quelques années plus tard, en 1849, à la même place, une synagogue entièrement nouvelle fut construite avec des galeries pour les femmes, des galeries surélevées et ouvertes, comme dans les autres synagogues monumentales construites à la même époque en France : à Paris, rue de Nazareth en 1852, à Avignon à Bordeaux en 1882, à Marseille en 1864, à Nice en 1866… Toutes ont maintenu une séparation entre les sexes ; mais les espaces pour les femmes, appelés, indifféremment, balcons, tribunes ou galeries, généralement développés à mi-hauteur sur les murs ouest, nord et sud de la synagogue ne sont plus complètement fermés. Dans ces balcons, les femmes ne sont plus cachées derrière un rideau, un grillage ou une claustra : il suffit aux hommes de lever les yeux pour les voir. Toutefois, cette surélévation et cette ouverture sont encore bien loin de permettre aux femmes de bien voir et entendre les offices auxquelles elles ne sont pas toujours invitées à participer.

Lors de la construction de la grande synagogue de Marseille, rue Breteuil, Léon Vaudoyer, rapporteur auprès du Comité des Inspecteurs généraux des édifices diocésains, constate dans un premier rapport sur le projet de construction qui lui est soumis qu’il n’y a pas de modèle, ou de règle à suivre pour ce genre d’édifice religieux dont le programme est néanmoins simple : « il exige que le temple soit disposé de façon à permettre la séparation des sexes, c’est-à-dire que la surface totale de la salle au sol soit réservée aux hommes tandis que les femmes doivent trouver place dans des tribunes régnant au pourtour à une certaine élévation. [13]. » Dans un second rapport, du 25 janvier 1865, il marque son étonnement devant la conception des galeries d’où manifestement les femmes n’auront pas de vue suffisante sur les offices :

Nous devons faire observer que si les assistants placés dans les tribunes doivent prendre part aux cérémonies, cette participation serait impossible pour ceux placés dans les tribunes de deuxième rang, vu leur trop grande élévation. Ces tribunes, nous le croyons, sont réservées aux femmes et peut-être objectera-t-on que cette place leur est précisément assignée pour qu’elles ne soient pas vues, mais nous ignorons si à cette condition vient se joindre celle de ne pas voir. [14]

A la fin du XIXe siècle, dans les Archives Israélites de France, Léon Kahn revient sur l’historique cette controverse dans les synagogues parisiennes : On sait que, complètement cachées aux yeux de l’auditoire masculin, « parquées et grillées comme des bêtes fauves », reléguées dans des tribunes où, sous le prétexte de les dérober aux regards des fidèles, on les condamnait « saintement à étouffer par respect pour les mœurs », les femmes assistaient, absolument invisibles aux offices divins. [...] Celui qui eût été assez téméraire pour en concevoir le projet [de rompre avec la tradition] se serait heurté à l’attitude énergique des trois Grands Rabbins du Consistoire central qui n’entendaient pas que, sur ce point, on fit la plus petite concession. La séparation des sexes, disaient-ils en 1812, est un frein salutaire contre l’indécence et la dépravation des moeurs, par conséquent l’hommage le plus respectueux et le plus digne d’être fait à l’Éternel. Gardons-nous donc d’y porter la moindre atteinte. [15]

C’est avec ironie qu’il rappelle ensuite les « abus » que les femmes ont progressivement imposés en se mêlant aux hommes, non pas pour les services habituels, mais à l’occasion de cérémonies familiales, circoncisions et mariages durant lesquels « déjà les femmes se glissaient dans les temples, doucement, comme honteuses de tant de hardiesse, par la porte qui leur était entrouverte ». Là encore, les rabbins s’offusquent et invitent les dames à s’abstenir « des témoignages contraires à la décence qui doit être observée dans la Maison du Seigneur ». Mais le Consistoire de Paris, qui a toujours été plus puissant que le Consistoire central, craignant de priver le nouveau temple de la rue de Nazareth d’une partie de ses revenus, se montre de plus en plus tolérant à la présence des femmes sur l’estrade lors de différentes cérémonies :

« Mais bientôt rien ne peut plus empêcher la femme juive de prendre dans les cérémonies privées la place qu’elle a envie : en 1851, le règlement déclare que les jours de mariage les dames seront admises dorénavant dans la nef ; elles se tiendront à gauche et les hommes à droite. Toutefois « la séparation sera rigoureusement maintenue ». Les treillages en bois derrière lesquels les femmes étaient cachées sont supprimés dans le Temple maintenant reconstruit (1853). Jusque-là encore, la Téba [estrade] leur était interdite, elles ne pouvaient s’asseoir dans le chœur à la suite des mariés. Cette dernière barrière est définitivement levée en 1855. [...] Le progrès des idées, la tolérance, les nouvelles conditions de vie ont été pour beaucoup dans la courtoise déférence avec laquelle les hommes cédèrent peu à peu leur place à la femme juive. Après l’avoir occupée timidement d’abord, elle a revendiqué son droit de prendre sa part de la clarté, de la lumière et du rayonnement direct de la contemplation divine. Elle a obtenu gain de cause. Elle est maintenant l’égale de l’homme dans la nef ; est-il téméraire de prévoir que le jour n’est peut être pas éloigné où l’un et l’autre s’assoiront côte à côte dans le Temple [16] ? »

Un siècle plus tard, les prédictions généreuses de Léon Kahn ne se sont pas réalisées, et toutes les synagogues consistoriales construites en France au XIXe puis au XXe siècles ont maintenu la séparation entre les sexes (comme celle de Strasbourg construite en 1958, ou la nouvelle synagogue d’Aix-en-Provence inaugurée en mars 1997). Seules les rares synagogues du MJLF (Mouvement juif libéral de France) et de l’ULIF (Union libérale israélite de France) dont la première, rue Copernic à Paris, fut inaugurée en 1907, après la loi de séparation de l’Église et de l’État qui mit aussi fin au monopole consistorial sur les lieux de culte juifs, ont aboli la mehitsah. C’est aussi au sein du MJLF, qui a scissionné de l’ULIF en 1977, que Pauline Bebe est devenue, en 1990, la première femme rabbin en France, plus de vingt ans après la nomination de femmes rabbins dans les mouvements réformés américains.

Conclusion

Au XIXe siècle, lorsque la séparation entre les hommes et les femmes à la synagogue commence à être abolie dans les différents mouvements juifs réformés, les autorités rabbiniques françaises, servies par le système consistorial centralisé imposé par Napoléon, ont pérennisé une invisibilisation des femmes dont certains esprits novateurs demandaient l’abolition. Mais dans les synagogues monumentales construites depuis, alors que la pratique religieuse diminuait dans l’ensemble de la population juive de France, les larges galeries ouvertes pour les femmes, dont certaines aménagées avec des gradins afin qu’elles puissent enfin mieux voir les offices, restent généralement désespérément vides. Lorsqu’elles se remplissent les jours de fêtes, le bavardage d’une majorité pénalise celles qui veulent se recueillir et suivre silencieusement, sur leurs propres livres, les prières que les hommes chantent sous leurs balcons.

Pourtant, les juives de France elles-mêmes semblent s’être rarement prononcées publiquement contre cette ségrégation, alors qu’outre-Manche, dans un article du Jewish Chronicle de 1992, une journaliste ne ménage pas ses critiques :

« Sauf des sièges les plus chers des femmes, les officiants sont invisibles et même inaudibles, ce qui est un supplice. De cet emplacement, la prière solennelle est perçue comme un marmonnement incompréhensible. Les sermons sont inévitablement destinés aux hommes [...]. Pour dire la vérité, le culte public est devenu exclusivement une affaire d’hommes. Comment expliquer autrement que la galerie soit devenue le lieu privilégié de discussions passionnées sur les derniers accessoires à la mode, d’échanges de recettes et de commérages impies de la plus haute importance [17] ? »

Dans la presse juive française, j’ai trouvé en revanche le courrier d’une lectrice choquée par une décision inopinée de fermeture des galeries. Publiée en 1994 dans la revue du Consistoire de Paris, sa lettre y a été intitulée par la rédaction « L’apartheid dans les synagogues » :

« […] Les hommes se sont placés au rez-de-chaussée, les femmes plus haut. L’office allait commencer lorsqu’un homme est arrivé et a placé des panneaux séparant totalement les femmes et les fillettes du reste de l’assistance.
J’ai considéré cela comme intolérable, un véritable affront et, avec l’ensemble de ma famille, nous avons quitté la synagogue. […]
Je m’élève de toutes mes forces — sachant que beaucoup partageront ma réaction — contre cette façon « médiévale », encore en usage, de séparer d’une manière inadmissible les fidèles hommes des femmes dans les lieux de prière juifs.
J’estime qu’il serait temps que les grands rabbins et rabbins en reviennent à une conception des choses plus en rapport avec notre société et notre civilisation.
Esther Sidi. 75010 Paris [18].
 »

Cette dérive « médiévale » n’est sans doute pas un cas unique en France où, depuis une quinzaine d’années, on assiste à un durcissement de l’orthodoxie du Consistoire central et au développement de mouvements hassidiques, notamment Loubavitch, qui pratiquent une ségrégation extrêmement rigide entre les sexes à la synagogue, mais aussi à l’école, dès la maternelle. Aux yeux de l’orthodoxie juive, le devoir de l’homme est de se soumettre à Dieu par la prière, et celui de la femme, de ne pas s’ériger en obstacle entre l’homme et Dieu. Le Grand rabbin de France René Samuel Sirat le rappelait encore lorsqu’il était en fonction en 1994 : « Les offices ne sont pas mixtes du fait de la faiblesse des hommes dont l’attention nécessaire à la prière risquerait d’être troublée par la présence des femmes [19]. »

Parce qu’il pose de manière directe la question de « l’invisibilité » imposée aux femmes dans le culte juif public, le maintien de la mehitsah apparaît comme un modèle idéal de contrôle social et de mise à l’écart des femmes dans une religion monothéiste (mâle). De fait, leur présence plus ou moins visible à la synagogue ne constitue qu’une tolérance, puisque les femmes n’ont pas le devoir d’assister aux offices, et les controverses autour de la taille ou de l’opacité de la mehitsah occultent finalement la question plus fondamentale de la non-participation des femmes au culte juif public et celle de l’impureté rituelle attribuée à ses menstrues.

L’argument de l’impureté des femmes à divers moment de leurs vie (pendant leurs règles, après une grossesse…), qui n’apparaît généralement pas dans les justifications rabbiniques de la mehitsah, est cependant fortement ancré dans la coutume, et, aujourd’hui encore, nombre de femmes préfèrent d’elles-mêmes ne pas se rendre à la synagogue lorsqu’elles ont leurs règles, alors qu’aucun texte halakhique ne le leur interdit.

Il reste que derrière les murs des synagogues françaises, la relégation des femmes à l’étage et leur silence « pudique » atteignent peu l’opinion publique. On peut toutefois penser qu’aujourd’hui, après que pour la première fois, en 1997, quatre femmes ont été élues au bureau de l’ACIP (l’Association cultuelle israélite de Paris, plus communément désignée comme le Consistoire de Paris), un renforcement de ces interdits archaïques pourrait lever le voile sur des pratiques jalousement maintenues par les rabbins du Consistoire central comme ultimes remparts d’une conception religieuse où la « faiblesse » des hommes cache mal la supériorité qu’elle leur octroie sur les femmes.

lundi 30 avril 2007, par Michèle Bitton

P.-S.

Article paru dans Femmes entre ombre et lumière. Recherches sur la visibilité sociale (XVIe-XXe siècles), Groupe de Recherches Femmes-Méditerranée de la Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme d’Aix-en-Provence, Paris, Publisud, 2000, pp. 53-64.

Bibliographie

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- Felz Vanessa, 1992 « Acute angle », Jewish Chronicle, 20 novembre, p.15.
- Friedman Touvia, 1995 « De la Bible au Talmud : l’évolution du statut de la femme » ; traduit de l’anglais par Anne-Marie Elghouzzi, dans Rivon Krygier (dir.), La Loi juive à l’aube du XXIe siècle, Paris, éd. Messer, 1995, pp. 143-157.
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- Jarrassé Dominique, 1997 Une histoire des synagogues françaises, entre Occident et Orient, Arles, Actes Sud.
- Kahn Léon, 1893 « Les femmes dans les synagogues de Paris », Archives Israélites de France n° 43, pp. 340-342.
- Moulinas René, 1980 « Les anciennes synagogues d’Avignon et du Comtat Venaissin », Archives Juives, n° 1, pp. 14-26.
- Platter Félix et Thomas, 1982 « Felix et Thomas Platter à Montpellier 1552-1559 ; 1595-1599, Notes de voyage de deux étudiants bâlois,traduction, Montpellier, chez Camille Coulet Imprimeur.
- Sirat René Samuel, 1994 « La femme dans le judaïsme », dans Gisèle Halimi (éd.), Femmes – Moitié de la terre, moitié du pouvoir, Paris, Gallimard, pp. 77-82.
- Valensi Lucette et Udovitch Abraham, 1984 « Juifs en Terre d’Islam, les communautés juives de Djerba, Paris, CNRS.
- Weyl Robert, 1973, « L’inscription dédicatoire d’une Weiberschul ( ?) du XIIIe siècle à Strasbourg », Revue des Études Juives, t. CXXXII/4, pp. 682-686

Notes

[1] Weyl, 1973 : 686.

[2] Dahan, 1993 : 18.

[3] Platter, 1892 : 252.

[4] Van de Brande, Relation d’un voyage de Languedoc, Provence et Comtat d’Avignon fait en l’année 1774, cité par Moulinas, 1980 : 20.

[5] Dumoulin, 1970 : 23.

[6] Valensi et Udovitch, 1984 : 130 et sq.

[7] Friedman, 1995 : 146-147.

[8] Angel, 1841 : 208-210.

[9] Hayoun et Jarrassé, 1999 : 103.

[10] Cité par Jarrassé, 1997 : 182.

[11] Cité par Dahan, 1993 : 11.

[12] A.D. de Vaucluse : Notaires d’Avignon, Fonds Beaulieu 1841, f° 501v., cité par Moulinas, 1980 : 21.

[13] Cité par Jarrassé, 1997 : 182.

[14] Léon Vaudoyer, Rapport au Comité. Archives Nationales du 25 janvier 1861, cité par Jarrassé, 1991 : 93-94 et 172, note 67.

[15] Kahn, 1893 : 340.

[16] Id. : 342

[17] Felz, 1992 : 15.

[18] Information Juive 1998, n°178 : 13.

[19] Sirat, 1994 : 82.

2 Messages de forum

  • Les femmes dans le judaïsme. – A la synagogue. 17 mai 2010 20:02, par hanneva

    Le judaïsme sectaire contre le judaïsme du cœur

    La fête de Kippour touche à sa fin. Le rabbin a soufflé dans le Chofar (la corne de bélier), et tout le monde se dirige vers la sortie. J’avance comme une somnambule, je le cherche du regard mais ne l’aperçois pas, il y a tellement de monde… Je m’inquiète un peu.

    Dehors, je le retrouve facilement, certainement que l’ordre a été donné de vite se disperser avec les attentats de ces derniers temps… Je l’embrasse et lui souhaite comme de coutume une bonne santé, et surtout que le nom de tous ceux que l’on aime soit de nouveau inscrit dans le «  Livre de la vie  ». J’ai le cœur serré, j’entends encore son médecin me dire «  C’est un cancer  » et puis «  Six mois, six mois pas plus  ». Cela faisait déjà deux mois.

    En chemin, je lui fais part de ma rage envers le rabbin, il est gêné mais semble fatigué, aussi je n’insiste pas et l’on continue à marcher en silence.

    Cet après-midi déjà, j’ai bien vu, à la manière dont il a secoué la tête, qu’il venait de saisir que quelque chose clochait dans sa religion. Il avait été si surpris de me voir arriver si tôt, qu’il s’empressa de me désigner une place libre à ses côtés. Pauvre papa, son sourire s’est figé brusquement, il avait oublié que sa fille n’avait pas le droit de le rejoindre, pas le droit de le soutenir en cette période de jeûne si difficile.

    Il paraît qu’à la clôture de ce jour du Grand Pardon, une part du ciel s’ouvre et Dieu entend nos prières. Aussi, lorsque arriva le soir, les femmes accompagnées d’enfants affluèrent. Celles-ci s’agglutinèrent sur les marches du grand escalier de la belle salle des fêtes, qui à cette occasion se transforme en synagogue.

    Pour passer le temps, les femmes discutent. Les enfants s’agitent et les hommes finissent par hurler dans une cacophonie des plus terribles. Les malheureuses pratiquantes qui prient en silence au fond de la salle, dans un petit espace qui est réservé aux femmes, n’entendent plus depuis longtemps le rabbin.

    Justement, sa voix devenant inaudible, j’avisai sur le côté, en surplomb, une avancée interdite au public mais permettant ainsi de se rapprocher du cœur de l’office.

    Je m’y glissais discrètement en prenant soin de me coller au mieux à une forte colonne, c’est que j’avais une prière très importante à faire. Une «  gourde  », c’est ainsi que je la qualifiais à ce moment là, vint sans complexe s’installer tout près de moi. Cela ne tarda pas, le rabbin leva les yeux, nous fixa horrifié, il pointa son index dans notre direction et hurla «  Les femmes dehors !  ». Ma voisine fit un tel bond que la chaise plia sous elle, puis elle s’esquiva à toute vitesse. Moi, je restai là, je savais que l’on ne pouvait tout de même pas m’envoyer la police !

    Lorsque le rabbin sonna le Chofar, à ma prière, j’en rajoutais une pour lui, pour que Dieu lui pardonne d’avoir fait blêmir l’âme de toutes les femmes.

    Ce jour-là, je me fis la promesse de ne plus jamais remettre les pieds dans une synagogue

    à mon père

  • Les femmes dans le judaïsme. – A la synagogue. 24 janvier 2012 22:34, par dounia

    Ces informations sont intéressantes, j’avais deja lu le fait que dans les mellahs marocains il n’y avait qu’une simple pièce et qu’il n’y avait aucun espace prévu pour les femmes et qui devaient peut etre ecouter par les fenêtres adjacentes. .

     
     

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