1. Ultra-libéralisme, patriarcat et handicap :
Partout dans le monde, l’essentialisation des rapports sociaux de sexe aboutit à des situations inégalitaires et iniques à l’égard des femmes. Cette situation historique varie évidemment selon l’époque et la région du monde considérée. En France, comme dans de nombreux pays européens, c’est aux mouvements de libération des femmes des années 1970 seulement, que celles-ci doivent leur indépendance actuelle.
Toutefois, le renforcement des inégalités sociales liées à l’instauration de politiques libérales, menace sérieusement ces acquis chez les femmes les plus pauvres notamment. Dans les pays en voie de développement - et ce, malgré l’action courageuse et tenace des féministes, - la domination patriarcale perdure d’autant mieux qu’elle s’appuie sur le libéralisme, lequel renforce les inégalités sociales et la misère.
Le libéralisme contribue à maintenir des discriminations économiques, sociales, culturelles et politiques à l’égard des femmes. Dans le monde, 60 % des pauvres et 80 % des très pauvres sont des femmes et leur répartition est évidemment inégale. Or, la pauvreté est l’un des facteurs majeurs de l’augmentation du nombre de personnes handicapées à travers le monde. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), 80% des personnes en situation de handicap vivent dans les pays en voie de développement. [1] Et, indique l’Organisation de la Coopération et du Développement Economiques (OCDE), « la fréquence des handicaps est plus élevée chez les femmes que chez les hommes. » [2] Le risque de handicap est plus élevé si l’on est pauvre et femme. S’agissant des pays du Nord, il faudrait aussi prendre en compte le facteur de l’âge en sachant que l’espérance de vie des femmes est supérieure à celle des hommes. De plus, la situation même de handicap des femmes peut résulter de pratiques sociales : c’est le cas de l’excision par exemple qui laisse des milliers de femmes incontinentes à l’écart des villages dans des conditions de vie indignes, misérables et inhumaines. La naturalisation des rapports sociaux de sexe et les conséquences sociales du libéralisme économique expliquent donc le caractère massivement féminisé des phénomènes de pauvreté et de handicap dans les pays du Sud.
2. La dimension de genre dans le handicap :
Une approche intégrée de la dimension de genre montre aussi qu’ « une femme handicapée risque davantage de se retrouver confrontée à la discrimination qu’une femme valide, ainsi qu’en atteste la double discrimination à laquelle s’expose une femme handicapée désireuse de mener la vie indépendante qu’elle s’est choisie. L’effet cumulatif des préjugés fondés sur la corrélation sexe/invalidité aboutit à ce que, souvent, les femmes handicapées soient moins indépendantes, aient moins facilement accès à l’instruction et à l’emploi que les hommes handicapés ou les femmes valides. » [3] Il convient toutefois d’insister sur le caractère historiquement construit de ces situations. En France, l’éducation des filles a longtemps été confinée par l’idéologie machiste dominante à l’univers de la gestion domestique puisque le mariage était la « carrière » toute désignée des jeunes filles. Que dire alors des femmes en situation de handicap auxquelles la société refusait le droit de fonder une famille et niait la capacité de se débrouiller seule ? La Banque mondiale relève que 20% des personnes les plus pauvres sont handicapées et ont tendance à être considérées comme plus désavantagées par les membres de leur propre communauté. [4] Ainsi s’explique largement le caractère sexo-spécifique marqué du phénomène discriminatoire chez les femmes en situation de handicap. Les stéréotypes différentialistes liés « au féminin » ou « au masculin », les comportements sociaux entre la gêne, la condescendance et les « attitudes charitables » dans nos sociétés ont abouti à la négation des droits et de la citoyenneté des handicapées reléguées dans une double invisibilité et une double discrimination : discriminées parce que femmes et invisibles parce qu’handicapées. Entre répulsion et pitié, les personnes handicapées ont été marginalisées et leur invisibilité relative (voire absolue) a été généralement admise comme allant de soi ou acceptée, elle aussi, comme « naturelle ». Et, dans nos sociétés où les différences donnent lieu à des hiérarchisations (toujours fâcheuses), la différence liée à l’invalidité a été perçue comme un motif d’exclusion. Certains programmes d’assistance sociale, plus propices à l’isolement qu’à la socialisation, ont largement contribué à cette exclusion et ces considérations ont retardé la prise de conscience et la mobilisation collective en faveur des droits de toutes et de tous.
3. Caractères sexo-spécifique liés au handicap :
Enfin, s’agissant du caractère sexo-spécifique des discriminations liées au handicap, partout dans le monde, les femmes en situation de handicap sont plus exposées que les hommes à la violence physique ou mentale, individuelle ou collective. Les femmes et les filles handicapées sont particulièrement exposées à la maltraitance. Une modeste étude menée dans l’Orissa (Inde) montre que presque toutes les femmes et filles handicapées étaient battues à domicile, 25 % des femmes ayant un handicap mental ayant été violées et 6 % des femmes handicapées ayant été stérilisées de force. Dans certains pays, un quart des handicaps sont dus à des blessures ou des actes de violence, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. En France même, « les déficients mentaux ou les personnes souffrant d’incapacités physiques graves ou multiples sont particulièrement vulnérables » malgré les réglementations strictes qui encadrent l’activité des établissements destinés à recevoir du public handicapé. Ces réglementations ne sont pas toujours appliquées et la qualité des soins et des traitements ne répond pas toujours aux normes exigées par le respect de la dignité humaine et du principe d’autonomie. [5] D’autre part, s’agissant du handicap mental, la procédure dite de placement d’office à la demande d’un tiers a longtemps échappé aux procédures « régulières ». Les personnes en situation de handicap mental doivent être soumises aux mêmes normes de protection juridique que les autres et avoir droit à bénéficier d’un traitement adapté à leur état.
