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La difficile légitimation du travail des migrantes

Migrantes : présentation du dossier

Regardées comme les épouses d’hommes dont elles dépendaient entièrement, les migrantes, d’abord minoritaires, sont devenues majoritaires et leur profil démographique et sociologique a beaucoup évolué. Mais leur travail a-t-il conquis une légitimité ?

En France, au XXè siècle et jusqu’en 1974, les pouvoirs publics ont fait appel à une immigration masculine destinée à effectuer les travaux les plus pénibles dans l’agriculture puis dans l’industrie. En outre, l’immigration féminine, dite de « regroupement familial, » succède à l’immigration masculine, dite « de travail, » en même temps que l’ensemble des femmes françaises, - qui profitent de la tertiarisation de l’économie, - gagnent très difficilement un peu de légitimité sur le marché du travail : une légitimité que les crises successives ont pourtant toujours remis en cause. Légitimité bien fragile en effet, puisque la division sexuelle et sociale du travail continue de s’exercer au détriment des femmes sur le marché scolaire et du travail : en effet, filières d’études puis secteurs professionnels, segmentation et flexibilité, travail précaire, temps partiels et mal rémunérés attestent de leur difficile insertion professionnelle. Car les acquis apparents masquent une réalité sociale qui exclut d’abord les plus démunies. S’agissant des femmes immigrées et, statistiques en mains, force est de constater qu’elles sont encore moins légitimes sur le marché du travail que les femmes des dominants. Leur qualification professionnelle reste, en moyenne, moins élevée que celle des autres femmes et, d’ailleurs, ne sont-elles pas d’abord venues pour veiller sur leurs foyers et repeupler la France ? En outre, la question des femmes immigrées a été longtemps purement et complètement ignorée. Pourtant, aujourd’hui, en France et de par le monde, les migrantes sont devenues plus nombreuses que les migrants. Et de jeunes femmes éduquées arrivent de plus en plus souvent avec un projet économique alors que l’on a socialement relégué les plus anciennement « regroupées » aux rôles sociaux les plus traditionnellement dévolus aux femmes. Et si cette migrante invisible restait un impensé de la culture dominante ?

La première question posée est donc celle de la place consentie aux immigrés sur le marché du travail. La seconde est celle des effets de la division sociale des rôles sociaux sur la légitimité du travail des femmes. Enfin, quelle est la légitimité des femmes immigrées sur ce même marché ? Surtout lorsque les discriminations de genre, d’ethnicité et d’origine sociale se renforcent les unes et les autres.

dimanche 23 novembre 2008, par Annick Riani

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P.-S.

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