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Le genre en cause

Le travail des femmes n’a jamais été vraiment légitime. Mais, les discours familialistes ne faisant plus recette, les Etats ont mis en place, le plus légalement du monde, les conditions du retrait des femmes du marché du travail. Puis ils ont re-naturalisé les résultats obtenus afin que les intéressées les intériorisent. L’on n’a jamais vu plus grande violence symbolique alors que les discours relatifs à l’égalité des chances coulent de toutes parts.

1. Le travail des femmes n’a jamais été vraiment légitimé.

La place "naturelle" des femmes réside dans l’espace privé et l’invisibilité

En France, la figure de l’éternel féminin remonte au développement des courants naturalistes et elle a eu des conséquences néfastes pour les femmes d’abord en matière d’éducation, puis en matière de travail. Napoléon (1769-1821) déclarait “ Je ne crois pas qu’il faille s’occuper d’un régime d’instruction pour les jeunes filles : elles ne peuvent être mieux élevées que par leurs mères ; l’éducation publique ne leur convient point puisqu’elles ne sont point appelées à vivre en public. ” En effet, les valeurs universalistes nées de la Philosophie des Lumières et de la Révolution, qui opposaient espace privé et espace public, n’ont pas contribué à améliorer cette représentation culturelle. L’espace public est l’espace dévolu au genre masculin, assimilé au genre humain ; c’est celui de l’échange, du travail, de la liberté, de l’égalité, de la citoyenneté et de la visibilité. L’espace privé, au contraire, est l’espace imparti au genre féminin. C’est celui de la famille, de la dépendance, de la naturalité, des tâches matérielles et de l’invisibilité. Autour de la notion philosophique de l’universalisme, s’est construite la hiérarchie, non des sexes, mais des genres comme disent les anglo-saxonnes et le masculin est l’Universel et englobe le féminin.

Il découle de ces considérations des conséquences graves pour la vie des femmes et, notamment, sur l’éducation et la légitimité de leur travail.

Pourtant, historiquement, elles accèdent au marché du travail lors des conflits mondiaux :

Au début du XXè siècle, la bataille pour l’instruction des filles paraît gagnée, en apparence au moins, et pendant la mobilisation des hommes sur le front lors du premier conflit mondial, les femmes s’imposent sur le marché du travail. En effet, toutes les Françaises sont impliquées dans le conflit qui bouleverse leurs conditions de vie et déplace les frontières traditionnelles entre les sexes. Aux champs, dans les usines, au volant des tramways, elles remplacent les hommes mobilisés. Les grandes associations féministes encouragent leurs adhérentes à s’engager avec ferveur dans l’effort collectif, pour animer bénévolement des œuvres de toutes sortes, pour organiser des ouvroirs et des hôpitaux, avec un dévouement total. Partout, les femmes prouvent leur sens des responsabilités, leur aptitude à assumer des tâches jusque-là réputées masculines. La guerre finie, elles s’attendent à ce que leurs services soient enfin reconnus et qu’on leur accorde un nouveau statut correspondant au rôle croissant qu’elles jouent dans la société. Or après l’armistice, on leur demande surtout de rendre les places aux hommes qui ont tant souffert et de rentrer sagement à la maison. Et l’on fait appel, nous venons de le voir, à une main d’œuvre étrangère masculine « de travail » sur des emplois salariés par ailleurs conformes à la division sexuelle du travail et des rôles sociaux.

La paix revenue, les femmes sont priées de regagner les foyers qu’elles avaient désertés.

Or après l’armistice, on leur demande surtout de rendre les places aux hommes qui ont tant souffert et de rentrer sagement à la maison. Et l’on fait appel, nous venons de le voir, à une main d’œuvre étrangère masculine « de travail » sur des emplois salariés par ailleurs conformes à la division sexuelle du travail et des rôles sociaux. Les politiques familialistes – qui comptent avec le soutien de l’Eglise – s’en prennent au travail des femmes et, notamment à celui des femmes mariées auxquelles elles opposent la figure de la mère éducative, de la ménagère rationnelle et taylorisée, proues de la nouvelle économie domestique. Lorsque la Grande crise éclate (1929), l’on renvoie la main d’œuvre masculine de travail « chez elle » et l’on constate que le chômage touche numériquement davantage les hommes que les femmes en raison du déséquilibre des sexes sur le marché du travail. Mais l’on impute également dans tous les pays européens la montée du chômage à la progression du travail féminin. Et, en France, l’année 1934 est proclamée « année ménagère » quoique sans grand succès. Car, les discours familialistes ne font plus recette ; ils entrent déjà trop en contradiction avec les intérêts du monde du travail et avec les aspirations à l’ascension sociale que les mutations structurelles de l’économie rendent possibles. Mais, ici et là, l’on remplace éventuellement la main d’œuvre de travail par des femmes moins rémunérées.

Ce qu’elles acceptent volontiers à la Libération :

En revanche, au lendemain de la seconde guerre mondiale, et contrairement aux émancipées des années folles, bien des femmes semblent renouer avec la féminité la plus traditionnelle, renonçant aux acquis de décennies d’efforts pour la promotion féminine. Après les privations et la solitude, le désir général de retourner à une vie normale se traduit dans la jeunesse par la course au mariage, suivie par l’arrivée de nombreux enfants. “ La vraie femme ” doit s’épanouir dans le rôle de la fée du logis. Les jeunes filles qui envisagent d’utiliser leur potentiel intellectuel pour faire carrière sont soupçonnées de souffrir d’un “ complexe de masculinité ” et dûment prévenues qu’elles ne trouveront pas de mari. Le modèle bourgeois de la femme au foyer, reine improductive protégée des vicissitudes de l’existence par son confinement dans une cage dorée, né au milieu du XIXè siècle, s’impose et est encouragé par la propagande catholique en faveur du retour de la mère au foyer. Centrée sur la famille, sa vie n’avait d’ouverture sur le monde que par le biais d’activités bénévoles. Pour les bourgeois ou ceux qui aspirent à le devenir la-femme-qui-ne-travaille-pas garantit la respectabilité en même temps qu’une harmonie paisible et la transmission des valeurs aux enfants. La ménagère devient la cible privilégiée de la distribution commerciale qui prenait son essor.

Mais « l’embellie » ne dure pas et la résistance s’organise plus vive que jamais.

Mais cette « embellie, » - du moins aux yeux des familialistes - ne dure guère car les générations de l’après-guerre se révoltent en 1968 et, dans les années 1970, les femmes exigent leur place dans la société. Qu’à cela ne tienne, si la scolarité et les prétentions des filles explosent, l’on saura bien les ramener à une division sexuelle des formations et du travail, et ce d’autant, que la mondialisation ultra-libérale s’appuie sur cette division pour abaisser les coûts de production et affronter la concurrence des pays émergeants.

2. La division sexuelle des rôles sociaux

continue d’induire une division sexuelle du travail mais le travail « féminin » y gagne apparemment en légitimité .

Mise en place d’un système scolaire ségrégationniste :

Il faut revenir un peu en arrière pour comprendre. En 1924, « l’identification » des programmes scolaires est prétendument acquise. Toutefois, l’on continue à encourager les filles à faire des études plus courtes que celles des garçons et à s’orienter plutôt vers des métiers considérés comme féminins. L’idée de l’emploi réservé aux femmes est une idée ancienne. Dès 1914, André Bonnefoy, avait plaidé dans un livre célèbre en faveur d’emplois réservés aux femmes. S’exprimant à propos des bibliothécaires, il écrivait : « L’homme n’y est pas à sa place : c’est une science qui est la servante des autres sciences. Ce rôle subordonné convient mal à la fierté naturelle de l’homme. La femme ne se sentirait pas humiliée de servir, de jouer à la bibliothèque le rôle qu’elle joue dans son ménage. » [1] La dispense d’une formation adéquate doit permettre de canaliser la main d’œuvre féminine vers les métiers où doit la confiner sa subordination naturelle. D’ailleurs, on leur a inculqué un enseignement favorisant des dispositions propres à s’investir dans des métiers au service des autres. Les femmes - qui voient dans l’instruction une occasion d’ascension sociale - s’y engouffrent : les familles ouvrières y voient l’occasion de fuir des emplois physiquement trop durs des usines et gagnent les bureaux des banques et des assurances en plein essor tandis que les familles aisées assurent une dot à leur fille, dot qui leur permettra d’accéder au moins à l’endogamie sociale sinon à la promotion.

Malgré les discours familialistes et les crises, les femmes veulent s’accrocher au marché du travail et, dans les années 1970, elles poursuivent désormais leur scolarité dans le but de travailler : l’on assiste alors à « l’explosion scolaire » des filles qui étudient et réussissent désormais autant que les garçons. Mais c’est alors que, sous prétexte d’ajustement des diplômes aux débouchés du marché du travail, l’on «  invente de nouvelles filières qui, sous couvert de diversification des savoirs, mettent en place des « options » destinées à maintenir les écarts entre garçons et filles.  » [2] En France, l’on connaît le résultat des filières F et G qui canalisent les filles en sciences médico-sociales et techniques administratives, secrétariat), et en sections d’enseignements universitaires de langue, de lettres, de pédagogie, de psychologie et, plus récemment, de pharmacie et de médecine. Aux garçons, les grandes écoles, l’ingénierie, les mathématiques et les sciences « dures, » c’est-à-dire les filières de prestige qui rapportent.

Secrétaire

Conciliation, double journée et deuxième salaire :

Et l’une des raisons qui président à ces choix sociaux reste la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale que l’on continue d’attribuer aux seules femmes. Dans une perspective familialiste, les femmes cumulent donc « évidemment » et « naturellement » le travail marchand effectué à l’extérieur de la maison et le travail informel ou non-marchand effectué à l’intérieur. Soins à apporter au ménage, à l’éducation des enfants, soins à prodiguer aux malades, personnes âgées ou handicapées leur incombent socialement. Et, un emploi d’enseignante dans le secondaire, par exemple, est censé laisser un loisir suffisant pour ce faire.

Cette situation explique que le salaire des femmes ait été pendant longtemps considéré comme un simple « salaire d’appoint » puis un « deuxième salaire. » Yvette Roudy, Ministre des Droits des femmes tenta en 1983 et sans grand succès, de faire évoluer les mentalités en faisant voter une loi relative à l’égalité professionnelle. Car, l’on estime que les motifs d’absence sont « naturellement » plus nombreux pour les femmes que pour les hommes et, qu’en outre, leur mobilité géographique s’en trouvera affectée autant que leur disponibilité. D’ailleurs, le mariage reste aujourd’hui encore négativement correllé pour une femme et positivement correllé pour un homme. En 1975, les travailleuses, effectuaient trois fois plus de travail domestique que les hommes. Ainsi, accomplissaient-elles une « double-journée » pour un « deuxième salaire. »

Et, jusque dans les années 1980, le travail des femmes demeure une telle incongruité que certains font mine de s’inquiéter de leur obstination. Comment expliquer en effet leur maintien sur le marché du travail dans ces conditions aussi difficiles, alors qu’il y a tant à faire à la maison et que la « double journée » est tellement difficile à assumer ? « Il n’est jusqu’aux discours savants de l’époque qui cherchent des explications au travail des femmes, en essayant de montrer coûte que coûte qu’il est une nécessité économique. Or, nulle enquête de ce type n’existe pour les hommes : pour eux, le travail est un droit naturel, quand il reste une anomalie à expliquer pour les femmes qui seules sont mises en demeure de se justifier devant les ethnologues ou les sociologues. » [3]

Donc, après avoir vaincu l’obstacle de l’éducation les femmes, qui ont historiquement résisté aux injonctions familialistes - se sont numériquement imposées sur la marché du travail, en dépit des crises, dans des secteurs prétendument « volontairement féminisées » et, à la faveur, d’évolutions structurelles du marché du travail.

Femme à la cuisine

2. Devant la résistance des femmes, l’on crée les conditions légales de leur retrait du marché de l’emploi.

En effet, à quel prix, les femmes se maintiennent-elles et progressent-elles sur le marché du travail dans les années 80-90 ? Au prix de la flexibilité d’un travail que l’on appelle "en miettes" et que l’on se met à désigner par le terme d’emploi. Un emploi avec son cortège de précarité, d’instabilité, de temps partiels contraints, d’horaires atypiques. Un emploi sous rémunéré et, encore au prix également, de la résistance aux sirènes familialistes qui leur chantent la douceur d’un foyer retrouvé avec quelques indemnités pécuniaires bien tentantes pour les moins qualifiées (Congé parental d’éducation, par exemple).

La crise des années 1990, a permis de segmenter et de fragmenter le marché du travail au nom d’une gestion plus rationnelle de la main d’œuvre. Et la division sexuelle du travail est devenue l’un des leviers de la flexibilité du travail, un des éléments constitutifs de l’efficacité économique, le principe moteur de l’atomisation des emplois. Malgré l’augmentation du niveau des formations, l’on a constaté une pénurie de main d’œuvre spécialisée qui a entraîné la mise ne place de dispositifs de formation continue sous forme de stages de réinsertion, stages de recyclage, stages de formation à la gestion. Mais rares sont les femmes qui sortent de ces stages avec un diplôme leur donnant les chances d’une véritable promotion professionnelle. « Toutefois, la formation continue a pour effet premier de constituer la polyvalence en compétences sociales et techniques, de dresser les corps et les têtes au travail fragmenté, d’inculquer une autre vision du travail où l’alternance entre emploi et formation, formation et chômage, se substitue à la séquence formation puis emploi. A l’atomisation des formations correspond la fragmentation de l’emploi. » [4] A partir des années 1975, se met en place une nouvelle construction sociale de l’emploi, du travail et de la division sexuelle du travail. Au modèle fordiste (formation-emploi stable avec promotion au sein de l’entreprise et mise à la retraite) succèdent une formation et un travail à la carte plus ou moins durable, éventuellement à temps partiel. Chômage et emplois ne sont plus que les deux faces de la flexibilité et de la fragmentation de la main d’œuvre. Dans cette transformation, la division sexuelle du travail n’est plus seulement un effet de la répartition en branches ou en secteurs d’activité, elle est le principe organisateur de l’inégalité face à l’emploi : le « vrai » travail est aux mains des hommes, le « travail à côté » est assigné aux femmes. Rien d’étonnant dès lors si partout les inégalités hommes femmes augmentent. [(Marie-Rose Lagrave, op. cité, p. 618.]]

Malgré la récession et, en dépit du chômage, les femmes se maintiennent sur le marché de l’emploi. Pour expliquer cette résistance, on invoque un faisceau de raisons qui certes font leur effet : augmentation du niveau d’instruction, augmentation des emplois publics, nouvelles attitudes vis-à-vis du travail et du divorce, scolarisation plus précoce des enfants, diffusion du modèle positif de la femme exerçant une profession. «  Mais en dernier ressort, il apparaît toutefois que l’augmentation de l’activité des femmes est due à la progression des emplois précaires, qu’ils aient nom travail à temps partiel, travail noir, travail à domicile, travail intérimaire ou stages de formation-emploi,  » estime l’historienne Marie-Rose Lagrave. Sa thèse, développée dans l’ « Histoire des femmes en occident, » est assez simple. « Le XXè siècle se définit plutôt par la longue et lente légitimation des principes de division sexuelle du travail social, en perpétuant ou en réinventant des formes subtiles de ségrégation dans le système de formation et le monde du travail, » ecrit-elle. [5] Et le plus sûr moyen d’y parvenir, c’est encore que les femmes prennent en charge elles-mêmes leur propre élimination du monde du travail. « Le XXè siècle a donc écrit l’histoire de l’entrée massive des femmes dans l’éducation et dans le salariat, mais assortie d’une inégalités des chances scolaires et de la non mixité des professions. Il continue d’écrire à travers des variations mais aussi des invariants, l’histoire de la ségrégation ordinaire. » [6]

3. Et on re naturalise les résultats obtenus pour que les intéressées intériorisent bien.

Or, que voit-on à ce stade ? La concentration des femmes dans les emplois féminisés, donc moins bien rémunérés, les accès plus rares aux niveaux hiérarchiques supérieurs, leur moindre qualification suffisent à expliquer le maintien de l’écart entre les rémunérations des femmes et des hommes. L’un explique l’autre et les inégalités des salaires seraient ainsi le pur produit et le reflet de la différence des positions professionnelles. Lorsque l’on parvient enfin à établir la mixité dans l’emploi, la logique sociale discriminatoire intervient pour sanctionner toute tentative de parité entre les hommes et les femmes. Le travail à temps partiel en est un bel exemple. Il présente l’avantage de pouvoir justifier l’écart des salaires, de permettre aux femmes d’être à la fois mères au foyer et travailleuses, d’alléger la masse salariale des entreprises, de s’assurer une marge de manœuvre entre l’offre et la demande d’emplois. « Emplois féminins, temps partiel, promotions improbables conduisent fréquemment à conclure à l’existence de deux marchés du travail séparés : l’un masculin, performant et qualifié ; l’autre féminin, sous qualifié, sous-payé, dévalué. Or, la théorie dualiste du marché du travail qui distingue un marché primaire et un marché secondaire légitime la division sexuelle du travail en la naturalisant économiquement. En théorisant un constat empirique et morphologique, elle oublie que cette dualité est le produit d’une construction sociale et politique qui constamment invente et réinvente de nouvelles pratiques distinctives. » C’est aussi refuser de voir que la percée des femmes sur le marché « primaire » a eu pour conséquence d’intensifier la discrimination et de réactiver sans relâche les divisions sexuelles. [7]

C’est refuser d’admettre que lorsque la propagande familialiste n’arrive plus à maintenir une pression sociale suffisante pour dissuader les femmes de se présenter sur le marché du travail, les Etats ont recours à des méthodes plus insidieuses. En effet, « le message familialiste montre ses limites sans pour autant perdre en influence car ses effets sont pervers. Il a pour conséquence de biaiser la structure de l’emploi féminin, en la tirant vers les variantes bureaucratiques et sociales du travail domestique, vers des emplois types sexués malgré l’avancée des femmes dans les bastions professionnels masculins. » [8] C’est aussi refuser d’admettre que les femmes ont servi de variable d’ajustement structurelle à la crise.

Mais, Marie-Rose Lagrave montre bien qu’à chaque progression numérique des femmes dans l’éducation et sur le marché de l’emploi, correspond une nouvelle invention pour maintenir les différences entre les sexes. La légitimité du travail des femmes reste en grande partie à établir. Et, les filles, qui intériorisent la situation, limitent leurs ambitions à ce qui leur paraît possible. Pour Marie-Rose Lagrave, l’utilisation d’un tel procédé relève d’une grande violence symbolique. Que dire alors de celle des femmes immigrées, rentrées en qualité d’épouses entièrement dépendantes de leurs conjoints ou des nouvelles générations que l’on a tout simplement oublié de considérer.

Nous l’avons vu, la discrimination par le genre explique bien des écueils que renforce la position sociale. Mais nous montrerons aussi que, malgré un niveau de formation plus élevé que celui de leurs parents et de leurs homologues masculins, les jeunes femmes issues de l’immigration ont une insertion professionnelle et un déroulement de carrière davantage marqué par la précarité et que l’on note également leur déclassement à l’embauche par rapport à l’ensemble des femmes. Car, de manière générale en France, les femmes immigrées ou non, sont davantage touchées par les difficultés à l’emploi et, notamment, à l’accès à un emploi durable. En effet, « les études et données statistiques attestent de ce que bon nombre d’entre elles connaissent des inégalités accrues. » Il faut donc recourir à un autre registre que celui de la discrimination de genre pour tenter d’expliquer cette situation.

dimanche 23 novembre 2008, par Annick Riani

P.-S.

- Lagrave (Marie-Rose). – Une émancipation sous tutelle. Education et travail des femmes au XXè siècle. – dans Histoire des femmes en Occident [sous la direction de Françoise Thébaud], tome V, Paris, Plon, 1992, pp. 581- 622.

Documents joints

Rapport sénatorial, 2008

Rapport sur l’égalité hommes / femmes sur le marché du travail présenté par Mme Gisèle Gautier, sénatrice.

Notes

[1] Marie-Rose Lagrave, op. cité, p. 591.

[2] Marie-Rose Lagrave, op. cité, p. 601.

[3] Marie-Rose Lagrave, op. cité, p.

[4] Marie-Rose Lagrave, op. cité, p. 614.

[5] Marie-Rose Lagrave, op. cité, p. 581.

[6] Marie-Rose Lagrave, op. cité, p. 583.

[7] Marie-Rose Lagrave, op.cité, p. 608-609.

[8] Marie-Rose Lagrave, op. cité, p. 587.