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La situation des femmes immigrées sur le marché du travail n’est pas réductible aux explications par les discriminations imputables au genre. En effet, « toutes choses étant égales par ailleurs », les écarts entre femmes sont trop importants au détriment des femmes immigrées.

1. Les discriminations directes :

Les immigré-e-s subissent des discriminations à l’embauche. Certes, des idées xénophobes ont pénétré les employeurs et ce d’autant, qu’une situation nouvelle s’est présentée et dans laquelle étrangers et Français se sont trouvés en concurrence sur le marché de l’emploi à partir du moment où la main d’œuvre étrangère n’a plus eu pour objet de pallier les déficits de la main d’œuvre nationale. Et nous avons déjà précisé que la concurrence est encore plus vive parmi les femmes qui se disputent un nombre d’emplois extrêmement restreints.

Des enquêtes ont montré que certains pratiquent « une discrimination ouverte et xénophobe, qui affiche son rejet de l’autre. » [1] Des employeurs ont du avoir « un réflexe de préférence nationale « dans un contexte de montée du chômage. Et des employeurs ont parfois utilisé des annonces codées (« profil race blanche » ou BBR pour bleu, blanc, rouge ou 01 ou encore par l’exigence, par exemple en Alsace, d’une pratique du dialecte local) ou écarté des curriculums vitae sur le critère d’un nom, d’une adresse ou d’une photo. Historiquement, l’on peut là encore établir un parallèle entre l’attitude des hommes à l’égard des femmes non immigrées et l’attitude des européens à l’égard des autres. Car c’est aussi un phénomène que l’on a connu en France avant guerre à l’égard des femmes, rapporte Marie-Rose Lagrave [2] : il y avait un consensus selon lequel les patrons catholiques refusaient d’occuper les mères de famille. On le voit, là encore, les discriminations ethniques et de genre se renforcent l’une l’autre.

2. Les discriminations indirectes

.

« Mais le plus souvent, la discrimination n’est pas apparente mais résulte de la pratique d’une entreprise et de la prise en compte de ce comportement discriminatoire par les personnes à la recherche d’un emploi elles-mêmes ainsi que par les intermédiaires (ANPE, missions locales, PAIO, agences d’intérim). Ainsi, vis-à-vis d’une entreprise dont il est de notoriété publique qu’elle se refuse à embaucher des personnes d’origine non européenne, soit pour répondre à ce qu’elle perçoit comme une exigence de sa clientèle, soit pour éviter que des tensions ne se créent au sein de son personnel, soit également par préjugés raciaux, les intermédiaires opèrent souvent une sélection préalable pour éviter d’envoyer les candidats à l’échec assuré. » (Haut Conseil à l’intégration, 1998). [3] .C’est ce que montre en partie le film de Yasmini Benguigui, intitulé « Le plafond de verre. » (2004, distribué par CinéClassic.) L’on comprend bien pourquoi certaines associations de femmes immigrées insistent tellement sur les réseaux relationnels sans lesquels le capital culturel et le capital d’expérience ne suffisent pas à vaincre les obstacles.

D’autre part, des difficultés relatives à la compréhension de la langue sont aussi souvent évoquées et des recommandations portent sur le développement de formations linguistiques dans le cadre des contrats d’accueil et d‘intégration, notamment pour les femmes installées depuis longtemps en France. Si la formation est évidemment un vecteur d’intégration, elle n’explique pas tout comme on l’a vu plus haut. D’ailleurs, les femmes seules, hautement diplômées et qualifiées, qui arrivent de pays francophones pour chercher refuge en France, le savent bien : la non reconnaissance par les autorités françaises de leurs diplômes (pour celles qui ne sont pas diplômées des universités françaises) est une cause de précarité. A la discrimination par l’ethnicité et par le genre s’ajoute encore dans ce cas, le déclassement social. Un certain nombre de ces femmes, clandestines ou non, « tombent » dans le travail de l’aide à domicile pour survivre mais elles ne considèrent pas cet « emploi » comme un « métier » et recherchent activement le moyen d’en sortir.

dimanche 8 février 2009, par Annick Riani

P.-S.

- Lagrave (Marie-Rose). – Une émancipation sous tutelle. Education et travail des femmes au XXè siècle. – dans Histoire des femmes en Occident [sous la direction de Françoise Thébaud], tome V, Paris, Plon, 1992, pp. 581- 622.
- Lutte contre les discriminations : faire respecter le principe d’égalité. – Rapport du Haut Conseil à l’Intégration. La documentation française, 1998.

Réponse du LEF sur le livre vert sur une approche communautaire de la gestion des migrations économiques : http://www.womenlobby.org/site/1abs...

Notes

[1] Rapport du Haut Conseil à l’intégration, 1998.

[2] Op. Cité, p. 585.

[3] « Un sondage réalisé par l’IFOP, en septembre 1996, à la demande de la direction de la Population et des Migrations, permet de cerner les motivations des entreprises qui n’emploient pas de salariés étrangers (elles sont 58 % de l’ensemble des entreprises). Pour 48 % des chefs d’entreprises qui n’emploient pas d’étrangers, la cause est qu’ils préfèrent dans le contexte économique actuel faire jouer la solidarité en recrutant plutôt des Français. Par ailleurs, 20 % d’entre eux font valoir les difficultés de relations avec la clientèle. Les autres raisons présentées par ces chefs d’entreprises sont l’insuffisante maîtrise de la langue française, la création de clans et les difficultés liées à la religion. » (Rapport du haut Conseil à l’intégration au Premier ministre, La Documentation française, 1998.)