Le suffragisme
Le début du XXème siècle fut surtout marqué - même s’il ne peut se résumer à cela - par le combat pour l’obtention du droit de vote : dès 1890, aux Etats-Unis, des femmes blanches de la classe moyenne, relativement instruites et aisées, estimèrent qu’elles avaient la capacité de gérer les organismes d’éducation et d’assistance mis en place par l’Etat. D’autres arguèrent de ce que les hommes noirs votaient et non les femmes blanches. Elles fondèrent des associations qui organisèrent conférences et débats pour faire adopter un amendement constitutionnel accordant le droit de vote aux femmes.
En Angleterre, les suffragettes menèrent-elles aussi, au début de ce siècle, un combat très dur marqué par des actions spectaculaires et violentes. Des femmes multiplièrent les réunions publiques, s’enchaînèrent aux grilles du palais de Westminster, brisèrent des vitrines, incendièrent des églises, harcelèrent les hommes politiques et envahirent le Parlement. Incarcérées, elles firent la grève de la faim pour obtenir le statut de prisonnières politiques.
En France, la question du rôle politique des femmes, en sommeil, resurgit en 1906, année de véritable mobilisation pour le suffrage féminin. Mais, dans l’ensemble, les françaises se montrèrent hostiles aux coups de force à l’anglaise qu’elles jugeaient peu féminins. Hubertine Auclert (1848 - 1914), inventrice de la propagande féministe et Madeleine Pelletier, médecin psychiatre (et membre du parti socialiste) au destin tragique, sont les suffragistes les plus connues. La première renversa une urne un jour d’élection et la seconde lança des cailloux contre la fenêtre d’une salle de vote. Le gouvernement français voulant éviter les martyrs de la cause, on ne les condamna qu’à des amendes légères. Divisé sur les revendications, le mouvement français, ne connut cependant pas l’ampleur du mouvement anglais.
L’Entre Deux Guerres : avancées et résistances
La guerre de 1914-1918 balaya le féminisme comme le reste, bien qu’un féminisme pacifiste s’y maintint constamment. Mais toutes les Françaises furent impliquées dans ce conflit, qui bouleversa leurs conditions de vie et déplaça les frontières traditionnelles entre les sexes. Aux champs, dans les usines, au volant des tramways, elles remplacèrent les hommes mobilisés. Les grandes associations féministes encouragèrent leurs adhérentes à s’engager avec ferveur dans l’effort collectif, pour animer bénévolement des œuvres de toutes sortes, pour organiser des ouvroirs et des hôpitaux, avec un dévouement total. Partout les femmes prouvèrent leur sens des responsabilités, leur aptitude à assumer des tâches jusque-là réputées masculines. La guerre finie, elles s’attendaient à ce que leurs services soient enfin reconnus et qu’on leur accorde un nouveau statut correspondant au rôle croissant qu’elles jouaient dans la société. Elles espéraient obtenir les droits politiques, l’élargissement de leurs droits civils, l’accès à toutes les professions et l’égalité des salaires que réclamaient les “ suffragettes ”. Or après l’armistice, on leur demande surtout de rendre les places aux hommes qui avaient tant souffert et de rentrer sagement à la maison. En 1919, la Chambre des députés adopta le vote des femmes mais le Sénat fit échouer le processus législatif. Alors les féministes se réveillèrent, se réorganisèrent et se remobilisèrent. A Marseille, ce féminisme était actif. [19]
Cécile Brunschvicg fonda l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF). La journaliste radicale Louise Weiss (1893-1983) quitta sa revue L’Europe nouvelle pour lutter pour le droit de vote des femmes auquel elle limita son combat. Elle chercha à se faire entendre par des moyens modernes et divertissants : tournées en province avec les aviatrices Maryse Bastié, Adrienne Bolland et Hélène Boucher, héroïnes du moment, petits films amusants, convocation de la presse et des actualités cinématographiques à chaque nouvelle manifestation. En 1936, elle empêcha le départ du Grand Prix de Paris, sur l’hippodrome de Longchamp, auquel assistait le président de la République en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire “ La Française doit voter. ” Des femmes s’enchaînèrent place de la Bastille ou organisèrent un vote symbolique aux élections municipales à Montmartre. L’actrice Françoise Rosay et la chanteuse populaire Lucienne Boyer ne ménagèrent pas leur participation aux nombreuses associations suffragistes. [20] Ces mouvements disposaient d’une presse, souvent liée aux partis politiques. Ainsi La Voix des Femmes, proche du parti communiste ou La Fronde de Marguerite Durand, plutôt socialiste. Mais le mouvement stagnait.
Malgré l’accompagnement de certains hommes politiques comme Albert Crémieux ou Fernand Buisson (qui créa la Ligue des électeurs pour le suffrage des femmes), le malentendu persistait avec les hommes de gauche qui, dans leur majorité, n’acceptaient pas la spécificité des luttes féminines. Au Congrès de Tours, en 1920, la SFIO proclama l’égalité des sexes, certes, mais précisa en même temps que le socialisme seul pouvait émanciper les femmes et que le féminisme autonome était une attitude bourgeoise. Les femmes socialistes s’organisèrent donc en groupe mais se retrouvèrent en conflit avec leur parti. Car le monde ouvrier était, dans sa majorité, réfractaire aux aspirations émancipatrices des femmes que le PC qualifiait d’aspirations individualistes et bourgeoises. En 1929 se tinrent les premiers Etats généraux du féminisme durant lesquels la première femme docteur en philosophie, Léontine Zanta, affirma la spécificité des luttes féminines. En 1936, avec la victoire du Front Populaire, pour la première fois dans l’histoire de la République, trois femmes entraient au gouvernement, en qualité de secrétaires d’Etat et non de ministre, il est vrai : Irène Joliot-Curie, nommée sous-secrétaire d’Etat à la recherche scientifique, Cécile Brunschvicg à l’Education nationale, Suzanne Lacore à la protection de l’enfance. Nommées mais non pas élues. Par trois fois encore, en 1925, en 1932 et en 1935, la Chambre des députés vota l’égalité des droits politiques (un projet fut même adopté à l’unanimité moins une voix) et par trois fois, le Sénat s’y opposa.
Mais l’activité féministe de l’entre-deux-guerres ne s’est pas limitée au suffragisme et les Françaises arrachèrent quelques améliorations : en 1920, elles obtinrent le droit d’adhérer à un syndicat sans l’autorisation de leur mari. En 1927, un décret institua l’égalité de traitement pour les professeurs et, en 1928, un congé de maternité de deux mois à plein traitement, limité depuis 1910 aux institutrices, fut étendu à l’ensemble de la fonction publique. En outre, les femmes de cette époque militèrent pour la protection de l’enfance, l’amélioration de l’hygiène et contre le proxénétisme et l’alcoolisme qui accomplissait déjà des ravages. A Marseille, Germaine Poinso-Chapuis, avocate et future résistante, était très engagée dans toutes ces luttes.
Enfin, il faut mentionner aussi, si l’on veut donner un éclairage plus complet de cette période, l’apparition d’un type féminin nouveau qui n’entendait plus être entravé par les corsets, chignons, grands chapeaux et robes longues. Les garçonnes, affranchies, aux jupes et cheveux courts, parfois en pantalons, fument, conduisent et dansent le charleston avec frénésie. Mais la loi de 1920, qui assimila la contraception à l’avortement, et punit ce dernier de la peine de mort, renforça le climat de culpabilité, tandis que la crainte de la grossesse freinait la liberté des femmes. Les Français estimaient encore dans leur immense majorité que les femmes devaient se contenter d’être des mères prolifiques et ils n’étaient pas prêts à leur concéder plus qu’un rôle de ménagère moderne.
Le lendemain de la guerre : l’apogée de la mère au foyer
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, et contrairement aux émancipées des années folles, bien des femmes semblèrent renouer avec la féminité la plus traditionnelle, renonçant aux acquis de décennies d’efforts pour la promotion féminine. Après les privations et la solitude, le désir général de retourner à une vie normale se traduisit dans la jeunesse par la course au mariage, suivie par l’arrivée de nombreux enfants. “ La vraie femme ” devait s’épanouir dans le rôle de la fée du logis. Les jeunes filles qui envisageaient d’utiliser leur potentiel intellectuel pour faire carrière étaient soupçonnées de souffrir d’un “ complexe de masculinité ” et dûment prévenues qu’elles ne trouveraient pas de mari. Le modèle bourgeois de la femme au foyer, reine improductive protégée des vicissitudes de l’existence par leur confinement dans une cage dorée, né au milieu du XIXème siècle, s’imposait et était encouragé par la propagande catholique en faveur du retour de la mère au foyer. Pour les bourgeois ou ceux qui aspiraient à le devenir la-femme-qui-ne-travaille-pas garantissait la respectabilité en même temps qu’une harmonie paisible et la transmission des valeurs aux enfants. La ménagère devint la cible privilégiée de la distribution commerciale qui prenait son essor. Centrée sur la famille, sa vie n’avait d’ouverture sur le monde que par le biais d’activités bénévoles. [21]
Pourtant, dans cet après-guerre émergent trois faits particulièrement marquants et résultant d’une évolution sociale qui s’est faite en dehors du militantisme féministe mais non sans lui. D’abord, les Françaises obtinrent enfin le droit de suffrage, octroyé en 1944 par les ordonnances du Gouvernement Provisoire de la République établi à Alger par le Général de Gaulle. Quelques années plus tard, le 22 novembre 1947, pour la première fois en France, Germaine Poinso-Chapuis (MRP) accédait au rang de ministre de plein exercice dans le gouvernement Robert Schuman, à la tête du ministère de la famille, de la population et de la santé. Le deuxième événement fut la parution du Deuxième sexe, en 1949, et le troisième, la fondation en 1956 de La Maternité heureuse, devenue en 1960 MFPPF. Ils préparèrent le terrain des luttes ultérieures.
En 1949 paraît donc leDeuxième Sexe. La philosophe Simone de Beauvoir (1908-1986) est une femme heureuse et épanouie jouissant d’une sécurité matérielle qui lui permet de se soustraire aux servitudes de la vie ménagère qu’elle juge pourtant responsables de l’aliénation des femmes. Elle présente plus tard, dans les Mémoires d’une jeune fille rangée (1958), son compagnon Jean-Paul Sartre comme un “ double ” conforme aux vœux de ses quinze ans et qui la considère comme son égale. Ce n’est donc nullement par conviction féministe qu’elle se lance dans ce travail mais par désir de comprendre le monde et de se connaître elle-même. A travers de longues analyses historiques, elle démontre que l’histoire des femmes est déterminée par les hommes. Le deuxième sexe, c’est l’autre, par rapport au premier, à l’homme, qui se pose comme sujet et considère la femme comme objet. Cette hiérarchisation et l’oppression des femmes qui en résulte, loin de découler d’une essence ou d’une nature féminines, sont des faits socioculturels. D’où la célèbre phrase : “ On ne naît pas femme, on le devient, ” complétée par cette définition : “ C’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin. ” Pour sortir de cette situation, pour devenir sujet, la femme doit conquérir son indépendance par le travail et l’affirmation de son identité. Cependant, il n’existe pas, chez =Simone de Beauvoir, d’affirmation d’un sujet collectif féminin. Il appartient à chaque femme, individuellement, de lutter pour faire sa place dans le monde des hommes. On comprend que, dans le contexte socioculturel de l’époque, l’ouvrage ait connu aussitôt un succès immense et scandaleux.
Le troisième événement concerne la régulation des naissances. Dans un pays bâillonné par la loi de 1920, ce n’est qu’en 1956, grâce au courage d’une poignée de médecins, de journalistes et de féministes, que le drame des grossesses non désirées commence à sortir du secret honteux. Alors qu’il existait en Europe et aux Etats-Unis des centres d’information sur le contrôle des naissances, la France catholique (dans laquelle une avorteuse fut guillotinée en 1943) ne voulait entendre parler que de méthodes dites naturelles. Les curetages à vif pratiqués pour ôter à celles qui avaient tenté d’avorter l’envie de recommencer avaient scandalisé, pendant ses études, la docteure Marie-Andrée Lagroua-Weil-Hallé, épouse d’un pédiatre réputé. En 1956, elle fonda avec des féministes et des médecins de gauche l’association La Maternité heureuse dont l’objectif était la diffusion de la contraception pour fournir aux femmes des moyens d’espacer les maternités. La Maternité heureuse importait clandestinement des diaphragmes de Suisse et d’Angleterre et mettait en place des réseaux d’information animés par des femmes issues surtout des milieux protestants (mouvement “ Jeunes femmes ”) et francs-maçons. Elle s’affilia en 1958 à l’International Planned Parenthood Federation et adopta en 1960 le nom de MFPPF. Courageusement, celui-ci mit en place une information sur la contraception, puis organisa des voyages dans les pays européens, comme la Grande Bretagne et la Hollande, où l’avortement était librement pratiqué. L’Eglise catholique condamna immédiatement l’association Maternité heureuse. Par ailleurs, certaines réactions montrèrent que l’incompréhension entre la gauche et les femmes perdurait. Maurice Thorez, Secrétaire général du Parti communiste français, estimait en effet que “ le chemin de la libération de la femme (passait) par la révolution sociale, et non par les cliniques d’avortement ” et Jeannette Thorez-Vermeersch ironisait : “ Depuis quand les travailleuses réclameraient-elles le droit d’accéder aux vices de la bourgeoisie ? ” Pourtant, en 1965, le MFPPF était fort de cent centres et de 100 000 adhérents et le candidat François Mitterrand inscrivait la maternité volontaire à son programme pour les élections présidentielles de 1965. L’année 1967 fut l’année du vote de la loi du sénateur Lucien Neuwirth (aile libérale de la majorité gaullienne) autorisant la vente de la pilule contraceptive. Celle-ci est peut-être la découverte la plus marquante du siècle et constitue sans aucun doute l’acquis le plus important pour les femmes. En effet, la première fois dans l’histoire de l’humanité, les femmes pouvaient maîtriser leur fécondité. Délivrées de l’hypothèque d’une grossesse non désirée, elles y gagnaient la possibilité de mieux vivre leur sexualité, de mieux diriger leur avenir et d’exercer, grâce à une liberté nouvelle, d’autres responsabilités notamment dans le domaine du travail.
D’ailleurs, depuis l’élection présidentielle de 1965, la contraception était devenue un enjeu politique. Les femmes en âge de procréer étaient massivement favorables à la création de dispensaires où elles pourraient être renseignées. Cependant, les décrets d’application de la loi Neuwirth (déjà limitée par rapport au projet) ne furent pas promulgués avant 1972, ce qui retarda la mise en place des centres d’orthogénie, indispensables au développement de l’information sexuelle. Le Président de la République, Georges Pompidou, et plusieurs de ses ministres s’y opposaient personnellement.
Le MLF et les Trente glorieuses
Les “ événements de mai 1968 ” débouchèrent sur le Mouvement de libération des femmes (MLF). Ce mouvement mondial surgit dans les pays occidentaux et se développa pendant la décennie suivante. Les femmes revendiquaient autonomie, égalité et dignité aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Europe occidentale, au Japon et en Israël. L’Amérique latine et l’Inde furent également touchées, de même que les pays de l’Est. “ De plus en plus intégrées au système éducatif et au monde du travail, elles y étaient simultanément reléguées à des postes de plus en plus féminisés, donc dévalués, ou aux niveaux hiérarchiques les plus bas. Durant cette période, on vit se construire sous nos yeux le processus de naturalisation de la division sexuelle du travail, processus perceptible dans la période précédente mais qui à présent s’intensifiait à la faveur des nouvelles donnes économiques, ” souligne Rose Marie Lagrave. [22] Car l’urbanisation modifia grandement le rôle des femmes dans l’économie domestique. En 1975, l’Europe franchit une étape économique et sociologique caractérisée par la quasi-liquidation du travail indépendant dans sa forme traditionnelle (agriculture et artisanat notamment) et marquée par le déclin du modèle de la femme au foyer. Les femmes étaient à présent intégrées dans le secteur marchand dans lequel le secteur des services, nommé à cette époque secteur tertiaire, occupait une place prépondérante. Or, le secteur tertiaire joua un rôle moteur dans l’extension du salariat féminin. [23] L’intégration des femmes dans le salariat dissimula les limites que l’ordre social assignait aux femmes, tant à l’école que dans le travail et ces limites étaient d’autant plus masquées que l’école donnait de plus en plus aux filles l’illusion d’une égalité des chances avec les garçons. Et, dans les générations pleines du “ baby boom, ” les filles furent de plus en plus nombreuses à poursuivre des études et à découvrir les injustices qui les frappaient. Les militantes de gauche et d’extrême gauche, qui avaient lutté pour les droits civils aux Etats-Unis et manifesté contre la guerre du Viêt-Nam, participèrent aux révoltes qui secouèrent les universités dans les années soixante, sans qu’elles aient voix au chapitre ni que le statut inférieur des femmes dans la société soit jamais remis en question. Cette situation expique le renouveau du féminisme. Celles qui prenaient la parole ne déclaraient pas la guerre aux hommes, mais au sexisme, c’est-à-dire à une attitude de discrimination envers les femmes à laquelle participait la société toute entière. Ce puissant mouvement social et politique n’eut jamais ni les pesanteurs ni les prudences d’un parti : il était constitué d’une multitude de petits groupes et n’eut ni dirigeantes ni porte-parole : il ignora la hiérarchie même s’il n’échappa pas aux querelles de pouvoir et de personnes. Les invectives volèrent à l’adresse de ces “ femmes en mouvement ” et les caricaturistes en tout genre ne chômèrent pas. Tradition oblige !
Au sein de groupes non mixtes, s’accomplissait un travail important de prises de conscience individuelle et de réflexion collective. Le féminisme des années 1970 n’analysait plus la situation sociale (économique, professionnelle et familiale) des femmes en termes de “ condition ” et de “ participation ” mais en termes d’ “oppression ” et d’“ exploitation. ” Il refusait l’androcentrisme. En affichant délibérément la dénonciation d’une oppression, il était conduit à décrire les mécanismes de celle-ci, à rechercher ses causes et à imaginer sa résolution possible dans une stratégie de libération. Les termes d’ “oppression ” et de “ libération ” rendaient à ceux de “ condition ” et de “ participation ” leur dimension politique : nos sociétés sont des sociétés patriarcales dans lesquelles le sexisme, à l’égal du racisme, marque en tous domaines la vie des femmes. En conséquence, l’égalité entre les sexes est l’utopie nécessaire du féminisme. Le sexisme est analysé grâce à des outils empruntés non sans modifications au marxisme et à la psychanalyse et ses manifestations sont traquées dans le langage ou dans certaines normes de beauté, rejetées en même temps que les talons aiguilles ou l’épilation des jambes et des aisselles. Habituées jusqu’alors à se débrouiller isolément, les femmes découvraient que le privé est politique et que, pour résoudre les problèmes, il fallait d’abord les porter ensemble sur la place publique. Avec humour et violence, elles réclamaient la libre disposition de leur corps. “ Un enfant, si je veux, quand je veux, ” “ mon corps m’appartient, ” répétaient les femmes des pays riches, incitées à faire beaucoup de beaux bébés et celles du tiers monde, victimes des stérilisations. Elles manifestaient contre la pornographie et l’élection des reines de beauté, deux manières de considérer les femmes comme des objets sexuels. Elles dénonçaient le viol, la violence à la maison et la prostitution. Leur action entraîna la libéralisation de la contraception et de l’avortement (Loi Weil en 1975). Elles dénonçaient la double journée (travail rémunéré et travail domestique gratuit), prenaient conscience de ce que les femmes n’ont ni les mêmes chances ni les mêmes salaires que les hommes. Elles réclamaient des crèches à l’Etat et demandaient aux hommes de prendre leur part des tâches ménagères et des soins des enfants. Elles s’attachèrent aussi à rendre les femmes visibles dans la société et dans l’histoire en organisant des colloques sur l’histoire, l’écriture, le cinéma féminins.