" Dans les deux sexes, la chaussure n’est pas faite sur mesure pour le pied, et ne respecte même pas son anatomie : l’avant du pied est sensé s’étaler en éventail pour un appui plus large et plus stable. Mais les surfaces planes que nous foulons quotidiennement ne réclament plus un tel appui. La chaussure semble vouloir hâter notre évolution naturelle en ramassant ainsi nos orteils en pointe. Le phénomène est particulièrement accentué chez les dames par les canons de l’élégance. La chaussure doit être fine et étroite. Une pointure un peu grande déclenche des complexes pires qu’une taille corporelle petite. La mode récente pour les gros godillots n’a pas débordé le cercle des plus jeunes. Des générations entières de femmes vont encore venir consulter rhumatologue, podologue ou chirurgien pour des pieds douloureux à la cinquantaine.
" C’est l’âge de survenue habituel des problèmes. Il peut varier en fonction de la morphologie du pied et des habitudes de chaussage. La plupart des femmes affirment à cet âge éviter les chaussures agressives, étroites ou pourvues de hauts talons. Mais depuis combien de temps ? La déformation d’un pied se fait progressivement au fil des années. Quand les premières douleurs surviennent, la détérioration des attaches articulaires est déjà bien avancée et rien de simple ne peut la supprimer. Un orteil qui dévie ou qui se rétracte en griffe, ce sont des ligaments distendus depuis des années, des aponévroses plantaires (épaisses membranes formant des plaques qui séparent et stabilisent les différentes couches de tissus) fissurées ou rompues. La chirurgie peut bien sûr réparer les plus gros dégâts, mais il ne faut pas ouvrir un vaste chantier ! Et il n’existe pas de chirurgie sans risque. Celle des orteils peut être très pénible.
"Il existe heureusement des solutions plus simples, mais elles demandent des compromis dans le chaussage et dans l’esthétique. Des progrès ont été faits sur ce dernier plan. Il existe maintenant des chaussures sur mesure assez jolies... mais à des tarifs disuasifs. Le plus souvent il suffira de prendre des modèles standards plus larges, d’une pointure au-dessus pour faciliter le logement d’une semelle sur mesure, et dont la forme correspond à celle de votre pied.
" On distingue en effet trois variétés d’avant-pied :
le pied grec : le 2è orteil est le plus long. Ce pied correspond le mieux à la chaussure standard, dont la pointe est en face du 2è orteil.
le pied romain : 1er et 2ème orteil sont de longueur identique. Préférez les chaussures à bout carré pour éviter la déviation du gros orteil.
le pied égyptien : le gros orteil est le plus long. Ce pied est quasiment condamné à l’hallux valgus, cette classique angulation de la base du gros orteil. Aucune chaussure standard ne respecte en effet cette morphologie. Vous avez généralement intérêt à prendre une pointure ou deux au-dessus, à choisir un modèle plutôt étroit, et à bourrer de coton le fond en regard de vos derniers orteils. "
