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« Le Care » Bien public, central pour l’émancipation des femmes

Résumé - Le " care," c’est le souci des autres, la prise en charge des soins sanitaires, nutritifs, éducatifs ou de garde des personnes vulnérables de la famille. Toutes tâches que le système patriarcal aboutit à dévaloriser alors même que nous serons tous vulnérables et interdépendants au cours d’une plus en plus longue vie. Or, le "care" n’est pas seulement une pratique mais un système d’organisation sociétale. Sa dévalorisation résulte de l’échec du partage des tâches domestiques entre les femmes et les hommes et de leur externalisation qui incombe aux femmes les plus pauvres et, fréquemment immigrées. Au contraire, L’importance croissante des besoins en la matière doit faire reconnaître " le care " comme une valeur universelle et publique et conduire à l’instauration de politiques publiques nouvelles.

Le " care, " c’est le souci des autres, la prise en charge et les soins sanitaires, nutritifs, éducatifs ou de garde, aux personnes vulnérables de la famille, mais aussi de la communauté élargie : enfants, personnes en situation de handicap ou âgées, qui ,aujourd’hui dans le patriarcat, sont dévalués et dévolus aux femmes de la famille quand le travail du care est gratuit et surtout aux femmes pauvres quand le travail est salarié .

Cette dévalorisation systématique du care vient de son association avec la sphère privée, la féminité, l’affectivité et la proximité. Le care comme part du travail domestique est ainsi invisibilisé et sa reconnaissance comme travail difficile, déniée. En outre manque une compréhension globale du care à cause de la grande diversité et de la fragmentation de ses activités ( garde, assistance, soins, ménage, cuisine, hygiène, éducation, y compris services publics et privés comme les maternelles et les maisons de retraite…). Or, la vulnérabilité humaine est inhérente à toute vie. Nous passons toutes et tous par des phases de dépendance et d’indépendance, d’autonomie et de vulnérabilité au cours de nos existences. L’interdépendance des êtres humains, bien réelle, est trop souvent niée dans l’organisation individualiste de la société néolibérale et patriarcale actuelle.

Le care est à la fois une pratique (disponibilité , sentiments, attitudes, travail , services) et un concept d’organisation de la société où la sollicitude à autrui serait centrale pour maintenir, perpétuer et réparer notre monde, afin d’y vivre aussi bien que possible ensemble. Ce monde comprend nos corps, nos comportements et notre environnement, tous liés à la vie . Le care est universel en tant que type de relation qu’il convient d’avoir avec un être, un élément naturel ou un objet vulnérables. Le « care » s’élargit au soutien multidimensionnel – soutien matériel, physique, moral et psychique –de tout individu, tout au long de sa vie, en tant que sujet risquant de perdre son « autonomie ». Suivant cette définition, le care est donc une activité qui, aujourd’hui, déborde de son secteur et rejaillit sur tous les autres, même sur la protection de l’environnement. Le care, travail féminin invisible et relégué au cercle familial et domestique, devient alors un enjeu politique et socio-économique sans précédent, en fait une activité et une valeur centrale et essentielle de l’ humanité .

Or nos sociétés en crise sont de plus en plus en demande de « care » , voir l’augmentation des migrations des femmes des Suds pour remplir les emplois du « care » au Nord, phénomène qui entraîne une chaîne du « care » (les personnes à la charge des immigrantes, restées dans le pays d’origine sont confiées aux soins des femmes de la famille ou d’autres migrantes du Sud). Cette demande de « care » est due à l’évolution démographique mais aussi à l’échec du partage des tâches domestiques entre les sexes depuis l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, donc du manque de disponibilité en matière de prise en charge de leurs proches, créant ainsi une insatisfaction permanente des femmes et des familles et un manque social à combler.

En tant que femmes, nous sommes à la fois les pourvoyeuses du " care " mais aussi, de plus en plus, les bénéficiaires à cause de l’augmentation de notre espérance de vie. Pour notre émancipation et le bien de l’humanité nous nous devons de faire évoluer nos sociétés vers la reconnaissance du care comme valeur universelle et publique, base de nouvelles politiques et pratiques de vie en commun, donc comme bien public mondial.. Cela veut dire que nous revalorisions les tâches liées au care, les ouvrions à l’emploi masculin, que nous créions des services publics d’accompagnement des personnes dépendantes et de la petite enfance , et que nous remettions en cause l’éthique d’une société basée sur le patriarcat et le libéralisme, sur la loi du plus fort et du marché, pour créer une société basée sur le souci des autres, la paix, les droits humains, l’égalité hommes-femmes et la solidarité.

Claudine BLASCO,

commission genre ATTAC,

Marche Mondiale des Femmes

samedi 14 août 2010, par Claudine Blasco

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