
Outre l’intérêt soudain des spéculateurs pour les matières premières, il y a aujourd’hui cinq phénomènes nouveaux liés à la mondialisation et qui ont eu une grande influence sur l’insouveraineté alimentaire :
La mondialisation du marché du travail ;
L’augmentation de la pauvreté des femmes ;
La féminisation des migrations ;
L’explosion mondiale du secteur des services au détriment de l’agriculture et l’installation en ville de la majorité des habitants de notre planète.
Exode rural et urbanisation croissante Au cours des 50 dernières années, 800 millions de personnes ont quitté les zones rurales pour les villes (FAO, 2007). La pression démographique, le manque ou la spoliation de la terre, la diminution de la productivité agricole et l’absence d’activités rémunératrices encouragent la migration rurale. Dans certains cas, elle est déclenchée par le manque d’emplois et de gains ; dans d’autres, ce sont la guerre, les troubles intérieurs, l’expulsion ou les conflits, la violence et la violation des droits humains qui en découlent, ou la dégradation de l’environnement naturel, la perte de fertilité du sol, les maladies végétales et animales, la sécheresse, les inondations ou d’autres catastrophes naturelles qui détruisent les moyens d’existence.
La mise en concurrence a abouti au dumping social
Ce processus a été promu par les firmes transnationales et le néolibéralisme afin de baisser les coûts de production, sous prétexte de compétitivité industrielle et commerciale. Depuis le début des années 1970, début de la financiarisation de l’économie, grâce aux nouveaux moyens de communication et de transport, à la libre circulation des capitaux et à la baisse des tarifs douaniers, a commencé une nouvelle ère du marché du travail : la mise en concurrence de tous les travailleurs de la planète, dans une course folle aux coûts salariaux les plus bas, mais aussi aux moins de contraintes fiscales, sociales et environnementales, un véritable dumping social.

et à l’augmentation de flux migratoires de plus en plus féminisés Ce phénomène a été accompagné de l’entrée massive des femmes sur le marché du travail et de l’augmentation et de la féminisation des flux migratoires.
en même temps que la répartition des zones de productions des richesses s’est fondamentalement transformée.
Cette répartition des zones de production des richesses a suivi l’évolution de la division internationale du travail qui, avant 70, se partageait entre production industrielle et services dans les pays développés et produits primaires dans les pays du Sud. Elle désignait, de 1970 à jusqu’à il y a 4 ou 5 années, un découpage en territoire et la spécialisation des pays. Les Nouveaux Pays Industrialisés – NPI, c’est-à-dire l’Asie du Sud Est (Hong kong, Corée du Sud, Singapour, Taïwan, Thaïlande, Malaisie, Indonésie -, Chine, Inde, Brésil, Mexique) produisaient des produits manufacturés quelquefois haut de gamme, les pays les plus pauvres continuant à produire les matières premières et les produits agricoles tandis que les pays développés se désindustrialisaient et se spécialisaient dans la haute technologie et les services.
Aujourd’hui, ce n’est plus aussi clair. Car ce qui prime d’abord pour les financiers et les grandes firmes, c’est la recherche de la rentabilité absolue au niveau global, c’est-à-dire, des coûts les plus bas et l’ouverture de nouveaux marchés. Pour ce faire, ils mettent en œuvre plusieurs procédés :
Beaucoup de services et des productions de haute technologie ont migré des pays développés vers les NPI (1er semestre 2008, glissement du centre de gravité de la finance mondiale vers l’Asie (backoffice et dirigeants du Crédit Suisse déménagent de New York à Hong-Kong, JP Morgan, City Group, Deutsche Bank,) et aussi des services vers les pays pauvres (centres d’appel au Sénégal).
Par ailleurs, de nombreux cerveaux migrent vers les pays développés où réapparaissent des productions primaires (agriculture en Andalousie fin 1990) ou industrielles (produits agroalimentaires, automobile) souvent grâce à la main d’oeuvre immigrée.
S’il le faut, les financiers et les grandes firmes ont recours à la décomposition de la fabrication des produits, (DIPP [1] là où la situation paraît la plus avantageuse, les frais de transport très bas constituant un facteur favorable.
La condition essentielle est d’avoir un réservoir de main-d’œuvre docile, flexible et peu chère partout dans le monde, la main-d’œuvre féminine et clandestine en étant l’exemple parfait. Main d’œuvre que l’exigence de rentabilité absolue déshumanise et transforme en vulgaire marchandise, pouvant être vendue, échangée, pressurée et jetée sans aucun état d’âme, pratiquement comme l’étaient les esclaves.
C’est pourquoi je pense qu’il faut particulièrement s’intéresser aux cas des femmes et des migrants dans ce processus. La division internationale du travail arrive ainsi à son terme pour laisser place à la mondialisation du processus productif et du marché du travail et à la marchandisation de la force de travail.