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> La délocalisation sur place

La délocalisation sur place

est une question qui concerne l’importation de la force de travail des migrant-e-s. Or, les femmes sont aujourd’hui majoritaires dans les migrations et alors que le secteur tertiaire, où elles trouvent à s’employer, semble en croissance.

L’importation de travailleurs « réguliers »

Immigration jetable

Dans le monde, le nombre des migrants est passé de 82 millions en 1970 à environ 200 millions en 2006, essentiellement des migrant-e-s économiques, soit l’équivalent de la population du Brésil ou encore 3% de la population mondiale (rapport 2006 FNUAP). Or, ces quarante années correspondent à la mise en place et au développement des politiques néolibérales prônées par la Banque Mondiale, l’OMC et, entre autres, le G 8 à savoir,
- Privatisation des services et des entreprises publiques ;
- Libéralisation du marché ;
- Ouverture des frontières pour les capitaux et les marchandises ;
- Restrictions budgétaires imposées aux pays des Suds au titre de la dette par le FMI.

Ces mesures ont augmenté les inégalités entre les pays mais aussi, à l’intérieur des pays, et par là même la pauvreté. C’est pourquoi la majorité des migrant-e-s vient des pays en développement ou en transition et émigre vers les régions ou pays frontaliers un peu plus riches ou vers les pays développés. La plupart des immigrés en Europe viennent d’Afrique ou du Moyen Orient, ceux des Etats Unis viennent en majorité du Mexique, d’Amérique Centrale et des Caraïbes.

- Cette mondialisation pousse la jeunesse du monde en développement à affronter la mort pour chercher un avenir meilleur ailleurs, mais aussi les jeunes des pays riches à une mobilité de plus en plus grande, sous prétexte de compétitivité et de flexibilité. Si les causes peuvent être politiques, sociales, culturelles et économiques, les migrations actuelles sont essentiellement des migrations de travail. Et elles sont majoritairement féminines vers les pays riches (51%) pour répondre aux demandes en très forte hausse ces 10 dernières années de soins aux personnes (Care, Latino-américaines en Allemagne et en Espagne, Sri Lankaises au Royaume Uni, Philippines dans les pays du golfe, Péruviennes au Chili, Mexicaines aux USA). L’intensification de la marchandisation de toutes les activités humaines à laquelle s’ajoute la pauvreté endémique, les discriminations et violences subies par des femmes de plus en plus éduquées en recherche d’émancipation et de dignité, sont au fondement de l’exploitation d’une nouvelle main d’oeuvre sexuelle mais aussi de nouvelles résistances.

- Après les délocalisations, les externalisations et restructurations, il ne reste pratiquement plus dans les pays riches que le capital contraint, c’est à dire non délocalisable comme les services à la personne, le soin aux personnes « care », la construction, la surveillance, l’hôtellerie, la restauration, le bâtiment, l’agriculture. Or, c’est dans ces secteurs d’activité que nous retrouvons majoritairement les immigré-e-s aujourd’hui, à des salaires très bas, sans tenir compte de leurs diplômes, de leurs compétences (un immigré sur quatre est diplômé de l’enseignement supérieur en France) et de leurs préférences. Nous les retrouvons aussi dans la fonction publique là où « l’Etat-employeur » en a besoin pour colmater les manques de main d’oeuvre dans les secteurs où il ne forme plus assez de gens (la Santé publique) ou les détourne de leur vocation (la Recherche).

- Technique de l’extra légalisation. Nous voyons les Etats et les institutions mettre en place des exceptions juridiques nationales et internationales permettant l’importation temporaire de travailleurs aux conditions de leurs pays d’origine (mode 4 du commerce des services dans l’AGCS et directive Bolkestein dans l’Union européenne). Ils sont une nouvelle catégorie de « déplacés », étrangers travaillant sous des contrats temporaires aux conditions de leur pays d’origine dans des secteurs tels que les chantiers navals (les « montages exotiques » d’Alstom aux Chantiers de l’Atlantique. Ici l’emploi marchandisé reste le complément de l’emploi « normal » (que son extension menace cependant de plus en plus) ou les télécom. Cette extra légalisation des contrats, renvoie cette partie de la force de travail mondiale au statut de marchandise payée à son simple coût de reproduction, voire aux confins de l’esclavage.

Ajoutés à l’utilisation des travailleurs sans-papiers, ces différents mécanismes ont pour effet d’aligner progressivement les salaires des catégories de salariés le plus facilement mis en concurrence vers le bas (dans sa dernière déposition devant le Congrès Alan Greenspan a déclaré que la concurrence des salariés de la Chine et de l’Inde avait permis d’imposer une progression des salaires nominaux inférieure et au mieux égale à l’inflation aux Etats-Unis). Les mêmes mécanismes conduisent bien sûr à un alignement progressif de la protection sociale sur le niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est la fonction centrale du « marché intérieur » dans le cadre de l’Union européenne. Ainsi, si les inégalités croissantes dues à la mondialisation ont augmenté les migrations, la mondialisation s’est servie de la migration pour baisser les coûts de la main d’œuvre pour le capital contraint, non mobile, dans le cadre de la mondialisation du marché du travail qui met en concurrence tous les travailleurs de la planète. Ainsi est apparue la notion d’ « immigration choisie » ou « quota » qui permet d’adapter les flux entrants aux besoins en personnel qualifié des entreprises nationales, faisant fi de la liberté de choix et des droits des migrantes et des migrants. Comme le dit François Lille : « Pour les régulations du marché du travail, on en arrive, dans ce schéma, au rêve capitaliste de l’immigration choisie sous la seule loi patronale, enfin formulé explicitement par des leaders politiques, de tous bords malheureusement. Cette formule d’un parfait cynisme est présentée comme un sommet de l’humanisme réaliste, le point de convergence des intérêts des uns et des autres. C’est au contraire un choix typiquement asymétrique, les riches choisissant parmi les pauvres ceux qui les enrichiront encore plus. »

Le rôle des travailleurs « sans-papiers. »

Sans

En bout de chaîne, se trouvent les sans-papiers, nouveaux esclaves de ce siècle et les victimes des réseaux de traite et de trafic des êtres humains. Plus les Etats Nations riches ouvrent leurs frontières à la libre circulation des marchandises et des capitaux, plus ils les ferment aux personnes. Avec le Pacte Européen sur l’immigration et le droit d’asile, l’Europe a franchi un pas de plus dans la construction d’une Europe forteresse, violant sciemment les droits fondamentaux des migrant-e-s., fabriquant de nouveaux esclaves pour les réseaux mafieux de trafic et de traite, et remplissant ainsi le « réservoir de main d’oeuvre » des travailleurs les plus vulnérables, les moins exigeants et donc les plus exploitables car criminalisés et non protégés. Tous nos gouvernants savent pourtant pertinemment que l’Europe a besoin de 20 millions de personnes en plus d’ici 2030 pour maintenir son niveau économique et social. Nos dirigeants se servent de l’immigration clandestine, parfaitement connue de la police, pour accélérer la soumission des salariés nationaux et leur imposer l’alignement par le bas des niveaux de salaires et de protection sociale et l’aggravation de la précarité.

Beaucoup d’états prétextent de la lutte contre la traite des êtres humains pour criminaliser les appuis des clandestins, les assimiler à des trafiquants, et fermer les frontières. L’effet est inverse : plus les frontières se ferment aux personnes et plus le trafic et la traite des êtres humains augmentent, fabriquant des esclaves sans droit pour le marché du travail non délocalisable, favorisant les rentes de la criminalité financière transnationale. Plus apparaissent les lois répressives à l’encontre des migrant-e-s et moins sont inquiétés les employeurs, souvent sous-traitants de grandes entreprises (bâtiment, hôtellerie, chantier naval….) qui emploient les clandestin-e-s (rapport UNDOC Mars 2007). « La clandestinisation » est devenue un mode cynique de gestion d’une partie de la main d’œuvre étrangère, tout à la fois armée de réserve du capital et bouc émissaire politique. Ce qui est de plus en plus évident, c’est que le recrutement capitaliste, en se mondialisant, est structurellement discriminatoire, racialement et sexuellement, faisant appel sur place comme en migration aux populations surexploitables du lieu et du moment. Mais il est aussi tendanciellement mixatoire, pour mettre en un même lieu les diverses sources en concurrence, tout en leur conservant des différences de statut destructrices des solidarités ouvrières. Discrimination, précarité et soumission forment ensemble la règle d’or de l’exploitation « moderne » du travail. » (François Lille).

En fait, le système néolibéral n’a aucun intérêt à ouvrir les frontières aux personnes et à régulariser les sans-papiers, les « non-choisis » devant rester clandestins pour alimenter les entreprises en main d’oeuvre totalement docile et pratiquement gratuite. Et plus il y a de clandestins, plus les conditions de travail peuvent être dégradées, plus le coût de la masse salariale est bas, plus les rentes des actionnaires sont grandes. Le système néolibéral a ainsi tout intérêt à criminaliser et isoler de leurs soutiens les sans-papiers afin de nier leurs droits et de légitimer leurs politiques migratoires répressives et restrictives. Mais les travailleurs nationaux ont, eux, tout intérêt à pousser à la régularisation des sans-papiers, pour stopper la baisse des conditions de travail. Dans ce système, les travailleurs sont de moins en moins libres de choisir leur territoire (enfermés dans les limites des frontières ou « choisis » pour leur utilité économique ou condamnés à la clandestinité là où leur force de travail coûte le moins), ou leur emploi (flexisécurité, propositions des seuls métiers dits « en tension » pour les immigrés). La force de travail et donc les travailleurs sont devenus une marchandise comme une autre.

Or, d’après le dernier rapport de l’OIT sur les tendances mondiales du travail 2008, un des changements essentiels au niveau des emplois mondiaux est l’explosion du secteur des services (42,7% des emplois mondiaux), dépassant l’agriculture (34,9%) comme première source d’emplois au monde, ainsi que l’industrie (22,4%). Après un marché mondial du travail stabilisé en 2007, la crise des marchés du crédit et la hausse des prix du pétrole pourraient se traduire par une augmentation du taux de chômage. Avec l’augmentation du secteur des services, nous allons avoir une augmentation de la précarité et du travail informel. Sachant que les femmes sont sur-représentées et dans l’informel et dans les services, ce sont elles qui subiront le plus de précarité.

mardi 5 octobre 2010, par Claudine Blasco

1 Message

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