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Les espaces de prostitution à Marseille au XVIIIè siècle.

Comment la prostitution s’organisait-elle à l’intérieur de l’espace urbain à Marseille aux XVIIè et XVIIIè siècles ? Quels étaient les liens visibles entre l’infrastructure urbaine, la sociologie de la ville et le phénomène prostitutionnel proprement dit ? A l’intérieur du microcosme que constitue la maison, puis l’appartement, peut-on délimiter une sphère privée bien précise ? Plus généralement, peut-on clairement définir un espace privée à travers les constats dressés à partir d’une étude de la prostitution à Marseille au XVIIIè siècle (1650-1830) ?

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Plan Brochier, 1853

Article paru dans les Actes du colloque Marseillaises organisé par l’Association Les Femmes et la Ville (Ed. côté-femmes,1993)

Sociologie urbaine et implantation

De l’entrée de Louis XIV par la brèche pratiquée dans les remparts en 1660 au départ du bagne des galères en 1748, Marseille subit des transformations économiques, sociales et urbaines profondes. Marseille, ville vaincue, avait perdu ses privilèges et ses libertés et le roi lui avait laissé une troupe d’occupation composée d’un régiment suisse et de deux régiments de sa garde soit une garnison de 3500 hommes environ. Un vaste plan d’extension urbaine avait été décidé en 1666 et exécuté par Arnoul, l’homme de Colbert : la fortification de la Tour Saint Jean et surtout la construction de la citadelle Saint Nicolas orientée vers la ville et destinée à surveiller les marseillais séditieux, l’édification d’un nouveau rempart et le lotissement de l’ex-faubourg des Roubauds à l’Est formaient un plan d’agrandissement ambitieux et cohérent. En 1694, l’espace urbain s’en trouvait triplé (95 hectares).

Etabli primitivement sur l’actuel quai des Belges et le quai de Rive-Neuve, l’Arsenal des Galères occupait au total 40 hectares du territoire communal et employait 20 000 hommes selon les rôles de l’administration. Il en résulte que, rapporté à la population totale, le pourcentage d’hommes seuls était très important, bien qu’un certain nombre d’épouses eussent suivi leurs maris. Le phénomène s’accentua après 1865, lorsque le nombre des forçats envoyé aux galères doubla ou tripla : bandits, camisards et criminels côtoyaient les petits voleurs et les vagabonds, errants, mendiants qui constituaient le gibier de prédilection de la maraîchaussée. Cette conjoncture eut des conséquences importantes sur la vie quotidienne marseillaise.

En effet, dans le monde très hiérarchisé des forçats, on distinguait plusieurs catégories d’individus dont les activités eurent une influence considérable sur la vie économique et sociale de la cité. Les artisans, soit 2000 à 4000 galériens, se répandaient quotidiennement dans les rues de Marseille et s’embauchaient, en concurrence avec les artisans libres. Au dessus de cette petite bourgeoisie émergeait le gratin des boutiquiers dont les baraques alignées le long des galères (sur l’actuel quai de la Mairie) abritaient toutes sortes de commerces essentiellement illicites. Or, pendant l’hiver, d’octobre à avril, les galères restaient à quai. [1] Mais, s’il convient de souligner l’importance de ces facteurs, ils ne suffisent pas à rendre compte du cosmopolitisme marseillais au XVIIIè siècle : présence des soldats et des galériens donc, mais aussi des négociants languedociens à l’autre extrémité de la hiérarchie sociale en passant par les « gavots et Italiens », véritable « prolétariat flottant » marseillais. [2] Compagnons, chômeurs en quête de travail (catégorie des domestiques des deux sexes par excellence), matelots de passage ou en rupture d’engagement, mendiant-e-s ou même journaliers et manœuvres, ruraux déracinés déferlant saisonnièrement, surtout l’hiver, pour les misérables d’entre eux des Alpes et du Piémont. Il s’agissait d’une population masculine et, en très grande majorité, d’hommes seuls et quelquefois jeunes : la corporation des cordonniers, nombreuse, était représentative de cette immigration miséreuse et peu qualifiée. Marseille était un milieu ouvert et attractif. Ce prolétariat flottant, d’origine, de formation et de situation diverses connaissait un brassage dans son entier. En outre, sur le plan des structures familiales, les familles élargies diminuaient au profit des familles nucléaires, la place occupée par les solitaires et les familles incomplètes s’accroissant sensiblement. De sorte que le cosmopolitisme Marseillais, imputable à la vocation guerrière et commerciale du port, à l’apport de l’immigration d’un arrière-pays s’élargissant, le déracinement des ruraux, l’éclatement des structures familiales, tous ces facteurs contribuaient à faire de la place de Marseille un site de choix, sinon providentiel, pour le marché prostitutionnel. D’autant que, du point de vue de l’offre, l’effroyable misère du petit peuple en général, et des femmes seules et dépourvues de formation professionnelle en particulier, alimentait constamment le commerce de la prostitution. Les mendiantes, les malades, les infirmes, les chômeuses de toute origine en quête d’un emploi toujours précaire, les femmes seules, les fillettes orphelines ou abandonnées et livrées à la rue et à la faim étaient des proies faciles toutes désignées pour les rabatteurs professionnels. Car, les arguments de la séduction étaient essentiellement d’ordre économique : c’était souvent la nécessité de trouver un gîte ou une miche de pain pour subsister qui conduisait par force la plupart des filles à la prostitution.

Plan de Desmarets, 1824

Sur le long terme, de 1650 à 1830, l’implantation des lieux de prostitution évolua et se développa au rythme de l’extension urbaine. Les quartiers consacrés à cette activité gagnèrent progressivement les quartiers de l’Est et du Sud, délaissant la vieille ville et notamment les grands secteurs traditionnels constitués par les alignements de la Tourette et des Moulins, d’une part, et de l’énorme noyau des Carmes, d’autre part, comprenait trois épicentres : l’Oratoire, la Plateforme et la rue de l’Echelle. L’angle Cours-Canebière et le secteur des Carme déchaussés (en extension dans le cas de ce dernier) étaient moins importants à l’époque moderne qu’au XIXème siècle. Si, très ponctuellement les Charités fixaient opportunément pour les rabatteurs un grand nombre de lieux de prostitution à leurs abords, le Grand Théâtre concentra au XIXème siècle la plus grande partie des mauvais lieux. Le phénomène connut un mouvement d’une ampleur exceptionnelle dès le début du XIXème siècle. Simultanément, se maintenaient quelques lieux d’implantation traditionnels dans l’ancienne ville et progressaient remarquablement les lupanars des pâtés de maisons en bordure des quais, dans l’ancien quartier demeuré bien fréquenté des sections révolutionnaires 15-16, à l’intérieur du périmètre du futur quartier réservé. Cette géographie de la prostitution, qui individualise les différents quartiers marseillais et la sociologie marseillaise, rend compte de nombreux problèmes d’implantation, de fréquentation et de typologie. Des fronts, des noyaux, des espaces de circulation ont été mis en évidence. Toutefois, la prostitution relève d’une réalité complexe et, si les données de sociologie générale éclairent la situation géographique des différents établissements, il conviendrait de détailler les ensembles définis par pâté de maisons, par place publique, par carrefour, et par maison elle-même. Cette implantation géographique s’appuie sur une infrastructure importante de locaux commerciaux divers (cafés, cabarets, guinguettes, bouchons, tavernes, auberges, garnis, garnis à la nuit, échopes d’artisans, boutiques des galériens...) et de maisons particulières inscrites dans une structure de relations urbaines plus larges : la prostitution s’organisait en fonction de la présence du port, des forts, des dix-huit hôpitaux où l’on pouvait éventuellement se servir. Fréquemment, la situation géographique de l’habitation ou du travail conditionnait l’activité future des femmes, qui pénétraient imprudemment dans ces espaces dangereux.

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Plan de Pierron, 1785, butte des Moulins

La cartographie des mauvais lieux, nécessairement trop sèche, exagère sans doute le nombre des locaux commerciaux. Un pointage effectué entre 1686 et 1748, sur 188 établissements, donne 107 maisons dont la prostitution était l’activité principale, sinon unique, et 81 établissements commerciaux de type cabaret, boutique et garnis. Toutefois, un grand nombre de ces logements pouvait trouver un usage commercial, du fait de la fréquence du travail à domicile ou du débit de boissons dans des locaux non spécialisés. L’on vendait en effet du vin dans les chambres garnies et certains locaux à usage non commercial et non professionnel étaient néanmoins susceptibles d’allées et de venues de domestiques ou d’artisans divers venus effectuer des travaux. L’usage des boutiques à des fins de prostitution devait être fréquent et si l’on en dénombre qu’une vingtaine, essentiellement située aux Carmes, il faut considérer que les 300 boutiques sur pilotis des forçats sont toutes des lieux de prostitution potentiels. L’essentiel des quelques garnis à la nuit requis à l’exercice de la prostitution et repérables comme tels se situe principalement dans le secteur des Grands Carmes et de la Plateforme tandis que l’on rencontre les garnis aisés bien tenus en bordure du port, dans un secteur traditionnellement bien famé. Les cabarets sont plus dispersés à travers la ville, mais le café, par exemple correspond à un établissement de catégorie supérieure, de même que l’auberge qui n’apparaît qu’accidentellement dans la terminologie des lieux de prostitution.

Hiérarchisation des bourdeaux

La classification sociologique est donc confirmée par l’implantation géographique des lieux de prostitution. Cependant, si celle-ci et son corollaire, la sociologie du quartier, constituent bien des éléments déterminants dans la classification et la hiérarchisation des bordels de Marseille au XVIIIè siècle, l’étude des conditions de vie des prostituées montre qu’ils ne suffisent pas à masquer la réalité : la taille des locaux, les gains, les conditions de travail, la fréquence des affaires judiciaires, qui viennent confirmer ou infirmer la première impression, sont autant de critères essentiels et probants. La nature du commerce comme la fréquentation de la clientèle (sauf forçats et mendiantes) apparaissent, en revanche, comme des éléments un peu plus secondaires dans la catégorisation des mauvais lieux. Il résulte de notre étude les conclusions suivantes :

-  la taille du lupanar apparaît indissociablement lié à la catégorie de l’établissement. Plus le personnel est nombreux, plus afflue la clientèle peu relevée et plus l’affaire est risquée : dans ce métier, la discrétion est en effet un gage de prospérité et de longévité. Pour autant que l’on puisse le déduire de la reconstitution des maisonnées, un lupanar employant entre 5 et 10 personnes était déjà un établissement de taille respectable, la majorité de ces derniers ne devant guère dépasser quatre personnes.

-  Le logement sur place paraît aussi un bon critère d’évolution de la catégorie du lupanar ; le déménagement fréquent laisse au contraire présager d’un mauvais diagnostic. (Il s’agit toujours d’une fuite).

-  Si la seule présence de forçats dans un lupanar suffit souvent à en détecter la catégorie, la forme de fréquentation classe aussi l’établissement : la maison de moyenne catégorie recevait simultanément sinon indifféremment habitués et gens de passage, tandis que la maison de première catégorie, plus proche de la maison de rende-vous, se limitait exclusivement à des clients réguliers, connus et triés. Cependant, certaines affaires mettent en évidence la difficulté de classer précisément un lupanar parce que des gens de condition sociale très différente se côtoyaient dans une promiscuité aujourd’hui étonnante.

-  Dans l’ensemble, il est très difficile de détecter et de connaître les établissements de luxe dans lesquels la discrétion était de règle et qui mettait en cause des personnes appartenant à un niveau élevé de la hiérarchie sociale. La découverte d’affaires mettant en cause des grisettes relève du hasard, de l’accident et ce, d’autant que la justice paraissait moins acharnée dans ses poursuites.

-  L’estimation des gains permet d’établir une typologie assez stricte des prostituées sinon du lupanar. Il convient de distinguer entre la prostituée et la maquerelle, la petite et la grande entreprise, le lupanar de première catégorie et le bouge de dernière classe et la structure éventuelle du réseau. Le monde sordide de la prostitution était très hiérarchisé : les niveaux de vie respectifs de la pâle travailleuse et de la demi-mondaine insinuée dans les hautes sphères de la société ou du propriétaire d’une chaîne de lupanars étaient sans commune mesure.

Une tentative de hiérarchisation des établissements placerait au niveau le plus bas les baraques des Turcs et la sordide rue de l’Echelle, auxquelles il convient de faire un sort à part. Les Turcs employaient les services des passegavètes, ces enfants abandonnés ou orphelins laissés à la disposition des forçats par les hôpitaux de tutelle. Ils fréquentaient également un très mauvais cabaret un peu à l’écart de la Joliette. Cette prostitution était donc masculine et féminine. La prostitution des mendiantes constitue aussi un phénomène un peu marginal du point de vue de notre étude. La vieille mendiante, la chômeuse réfugiée dans un terrain vague ou une masure abandonnée, se logeant éventuellement à la nuit chez une marchande de sommeil de la butte des Carmes, constituent le premier niveau de prostitution. Ce sont celles qui ne se prostituent que pour survivre. Un peu au dessus, viennent les mauvais cabarets de l’esplanade de la Tourette et de la Place des Moulins, ou, plus ponctuellement encore, de l’infâme Coin Reboul, tous fréquentés par la soldatesque, les matelots,, les gens du petit peuple jusqu’aux forçats : les abords immédiats de la Tourette, les quais et la Place des Moulins semblent bien rassembler toute la « canaille. » Dans ces maisons d’abattage, les servantes de cabaret étaient incontestablement les plus surveillées et les plus maltraitées de toutes les prostituées. A la merci de toutes les exigences des tenanciers et des clients, elles n’avaient guère l’occasion de se dérober et n’obtenaient congé que lorsqu’elles étaient trop malades pour pouvoir continuer à servir ; ou plutôt, elles étaient jetées dehors avec pertes et fracas lorsque le mal vénérien les avait rongées au point de les rendre invendables. Quelques très mauvaises maisons de statut apparemment non commercial, situées à la Tourette ou aux Moulins notamment, présentaient ce même caractère carcéral. Les filles étaient battues, nourries de pain bis et d’eau ou de quelques médiocres pourboires. Même les boutiques des cordonniers des Carmes paraissent moins repoussantes. Aux Carmes même, les terrains situés derrière l’église et la Plateforme semblent délimiter un périmètre plus sordide avec les garnis à la nuit. Cependant que les chambres garnies aisées des quartiers moins populaires non surpeuplés, marquent en revanche un niveau supérieur à tout ce qui précède (par exemple, le pâté de maisons longeant l’Hôtel de Ville) puisque dans ces lupanars de meilleure catégorie, les prostituées étaient, contrairement à leurs homologues de la classe inférieure, apparemment libres de se déplacer à travers la ville d’un lieu de prostitution à un autre. Il semble néanmoins qu’elles aient suivi un itinéraire très contrôlé : Janneton, par exemple, appartenait à un réseau et exerçait pour son propre compte dans son garni où elle débitait du vin. Puissamment soutenue par plusieurs hommes, elle fréquentait quatre autres lupanars de la ville pour lesquels elle recrutait ou se prostituait elle-même. [3] Reboul et ses complices utilisaient les services d’Isnard, couturière de profession, pour débaucher des filles et employaient comme d’autres établissements deux catégories de personnel : un personnel permanent constitué d’une seule fille et un personnel saisonnier comprenant plusieurs filles. Officiellement, la permanente était la servante du logis, celle qui rabattait à l’occasion pour sa maîtresse, et les journalières se rendaient dans le garni en visite sous prétexte de « travailler à la couture blanche », de blanchir le linge, etc. On voit dans ce cas, apparaître le phénomène de la boutique ou du métier prétexte. Les permanentes étaient réservées aux clients réguliers ; les saisonnières, attribuées aux clients de passage. Ces prostituées, déjà mieux loties que les précédentes, obtenaient un pourcentage sur toutes les passes tandis que d’autres encore, d’un niveau un peu supérieur, percevaient un fixe en plus du logement et se situaient presque au sommet de la hiérarchie sociale des prostituées : ainsi Reboul, par exemple, louait-elle les services de sa servante Reynaud à trois habitués de la maison qui formaient une société en commandite. [4] Nous approchons ici de la prostitution de haut vol qui relève plutôt du domaine privé et n’apparaît guère. Deux exemples révélateurs des goûts et des mœurs de l’époque permettent de les évoquer. Un établissement bien tenu, une discrétion très rigoureuse, inspiraient la confiance de riches et honorables clients désireux de goûter anonymement et sans être inquiétés à des plaisirs raffinés dans un logis coquet et paisible : plaisirs de la chair mais aussi du bien boire et du bien manger et recherche d’un simulacre de séduction. Thérèse Prat, âgée de 40 ans, fille d’un notaire marseillais et veuve d’un marchand aixois, menait, sous prétexte d’un éventuel mariage, un assez mauvais train avec « des hommes portant épée et plumets » et avait accordé sa préférence à « un homme de qualité » logé au Cheval Rouge qui fréquentait sa maison de jour comme de nuit. Trois autres compères chantaient et dansaient en pleine nuit « disants des parolles sales ». Cette allure excitait la jalousie des voisins qui voyaient défiler les victuailles du traiteur sur un plateau d’argent. [5]

Voilà donc pour l’ambiance mais l’affaire Vicard [6] qui implique directement ou indirectement des personnalités marseillaises, touche un autre aspect de la réalité. Le sieur François Vicard, bourgeois marseillais est accusé de louer en toute connaissance de cause sa bastide, située rue de Rome, à des maquerelles et des prostituées et d’entretenir lui-même un commerce scandaleux avec sa nourrice. Accusation routinière mais l’identité du dénonciateur s’avère, cette fois-ci, intéressante. Il s’agit d’Henri Sbonsky de Passebon, écuyer chavalier militaire de l’ordre de Saint-Louis, capitaine d’infanterie et ingénieur du roi, issu d’une honorable famille d’origine polonaise ayant occupé de hautes fonctions religieuses, civiles et militaires dans son pays et jouissant de la considération des hautes personnalités de la société provençale. Le propriétaire Vicard et l’ingénieur du roi Sbonsky n’accusent pas les mêmes locataires. Pour le propriétaire, c’est Antoine Lombardon, ancien chevalier du Consulat de France en Sardaigne, âgée de 66 ans , sa sœur et la nommée Martin qui « sous prétexte te tenir chambre garnie reçoivent des filles dans la dite maison et des hommes et tiennent là un bordel public. » Vicard s’en prend quant à lui à la veuve Charrier qui pratique également la sous location et pour laquelle son homme d’affaires Louis Campon (personnage également tenu pour responsable puisqu’ex-consul de Marseille et changeur) aurait été trompé : en effet, la veuve Charrier, qui autrefois tenu un bureau de tabac à Sète avec sa fille, a eu suffisamment d’aplomb pour se faire passer pour une marchande d’huiles et d’indiennes et a obtenu un bail de trois ans. La bastide, haute de trois étages entièrement dévolus à l’exercice de la prostitution, était ordinairement fréquentée par des gens d’épée dont des spadassins, des artisans (maîtres ou compagnons ?), mais aussi des « gens d’un esprit plus respectable » tels les bourgeois, les fils de famille, un homme portant épée et même des religieux, moines ou abbés. Sbonsky e Passebon, auquel la veuve Grimaud a offert une maîtresse, semble y avoir aperçu un couple illégitime appartenant à la bonne société et venu y passer quelques heures en toute quiétude. Ces maisons de rendez-vous étaient-elles aussi des lieux dans lesquels les couples illégitimes mais réguliers espéraient se retrouver sans être reconnus et importunés ? Etaient-ils le refuge des amoureux persécutés ? La plupart des visites de déroulaient la nuit et le couloir de la maison (à double entrée, semble-t-il) remplissait la fonction de salle d’attente et disposait à cet effet d’un « banc dit aux galants ». Tout paraissait discret, paisible et aurait pu durer sans l’imprudence fatale du bailleur. On entrevoit combien l’intimité devait être un exercice difficile. Qu’en était-il ?

Le cadre urbain

Le cadre urbain de la ville de la Marseille des XVIIè et XVIIIè siècles était sans doute assez étrange. Il faut s’imaginer, malgré les représentations assez exactes et trop rectilignes des plans, un lacis de rues en pente raide, entrecoupé d’escaliers impraticables aux attelages, le long duquel les édifices hauts et étroits étaient bâtis sans aucun soucis d’alignement et créaient des recoins obscurs, enjambant la chaussée par des poutres et arcades. Même l’axe principal de la vieille ville, dite rue Droite, était en fait constitué de segments raboutés. Ces rues étroites de quelques cannes (trois à quatre mètres) avaient un aspect sale. Au milieu du pavé boueux et jonché de fumiers et de déchets divers, s’écoulaient les eaux. La rue de la Pisette, transformée par l’entreprise de moralisation du XIXè siècle en rue de la Piquette devait, selon l’historiographie, son nom évocateur à une habitude locale. La rue de l’Escale se présentait comme une véritable cour des miracles. Un « lumpen prolétariat » y régnait en maître incontesté. Si l’on s’en remet au jugement de quelques contemporains, le voyageur devait éprouver un sentiment étrange en contemplant cet entassement formidable et désordonné. Un dessin à la plume représentant Marseille du côté de Midy après 1643 et attribué à Israël Sylvestre [7] en reste sans doute la meilleure évocation et l’intendant Arnoul écrivait en 1667 : « Je ne m’étonne point si la peste les ravage, leurs maisons estant sans air, assez mal basties, habitées depuis la cave jusqu’au grenier et fort sales... n’y ayant pas un escalier sur lequel on voye clair, et pas cent maisons où il y ait une cour ; tous les uns sur les autres. » Quant à la partie neuve de la ville, bien moins densément peuplée, dès la seconde partie du XVIIIè siècle, la spéculation immobilière ne laissa pas davantage place aux espaces verts, la quasi-totalité des ruelles étant réservée à la partie bâtie. Notons la quasi absence de ségrégation sociale jusqu’à la moitié du XVIII7 siècle où toutes les couches sociales se partageaient les étages des immeubles. Une toile de Michel Serre représentant une scène de la peste de 1720 à la Tourette permet d’imaginer ces maisons généralement hautes de quatre étages et étroites, de deux ou trois fenêtres. Dans ce contexte architectural, il est évident que toutes les pièces étaient requises à l’exercice de la prostitution, tant « l’appartement du premier cours » (situé en façade) que celui du « deuxième cours » donnant sur une « courette intérieure. » Le « trois-fenêtre » apparaît dans les nouveaux quartiers qui restent surtout habités par des artisans.

Malgré les conséquences du mouvement de renfermement commencé en 1630, la rue restait continuellement occupée par une foule de vendeuses de rues, d’artisans dont la boutique s’ouvrait et débordait sur la rue, d’enfants perdus ou abandonnés qui jouaient au milieu des bohémiens et des mendiants poursuivis par les chasseurs de gueux, de prostituées, de pauvres et d’errants à la recherche d’un emploi et d’un gîte, de passants pressés et de badauds attroupés devant les jeux des amuseurs ambulants. Espace de circulation, de travail et de loisir, la rue était aussi l’espace que les plus pauvres occupaient sans l’avoir choisi, faute d’avoir pu en trouver un autre. Spectacle permanent et gratuit, la rue était l’ultime refuge des plus démunis. Elle retentissait entièrement d’éclats divers, de clameurs lourdes, rires gras d’hommes volontiers enivrés, mêlées aux plaisanteries obscènes, aux sottises ordurières aux accompagnaient un bon repas, aux chants paillards et aux danses tapageuses et joyeuses, aux rixes brutales et sanglantes qui opposaient les hommes pour une fille, aux coups de pistolet tirés au hasard, aux vociférations, hurlements, jurements, blasphèmes, aux cris des fillettes que l’on violait ou au bruit des fers que l’on croisait. Bref, c’était un épouvantable vacarme tout le jour et jusqu’à une heure avancée de la nuit.

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Rue de Sion en 1926

L’impossible intimité

Au milieu de ce tumulte, l’intimité était-elle possible ? Cette question s’impose à la lecture des affirmations des dénonciateurs des prostituées. Ceux-ci révèlent bien la promiscuité totale devant résulter de cette situation sociale explosive. En effet, la première cause des dénonciations relève des nuisances de voisinage consécutives à la prostitution. La clientèle, souvent peu choisie de ces dames défilait toute la nuit dans les immeubles, heurtait violemment et parfois vainement les portes, lançant des injures raffinées et jetant des pierres et des cailloux sur les fenêtres de la prostituée qui refusait de les recevoir ou les avait prétendument contaminés. Une généreuse pluie de pierres arrosait alors les fenêtres des voisins ou inquilins dont les vitres volaient en éclats. Cet inconvénient survenait avec une fréquence telle que les lieutenants généraux chargés de l’instruction des affaires de prostitution l’inscrivirent systématiquement dans toutes les premières questions des interrogatoires. Espace ouvert sur la rue, l’habitat paraît entièrement perméable aux regards des voisins. La promiscuité était de chaque instant, source d’indiscrétions continuelles et de sempiternelles querelles. Certains, trop pauvres pour louer un domicile fixe, se logeaient en chambre garnie, voire en garni à la nuit. A l’intérieur de ces logements, exigus et mal tenus, habitaient une grande partie des dénoncées mais aussi des témoins dont le peuple formait l’essentiel du bataillon. Toutefois, ces logements, plus ou moins miséreux, qui protégeaient contre les intempéries et la patrouille du Roi, ne constituaient pas vraiment un enclos privilégié ni même un espace approprié ; ils interdisaient toute vie professionnelle ou familiale. D’ailleurs l’intimité était une notion très neuve dont seuls quelques bourgeois privilégiés commençaient à jouir. Les pièces n’avaient pas encore reçu de fonction précise et souvent, plusieurs personnes partageaient une pièce unique ou deux pièces. Aurait-on plus facilement dissimulé ses secrets dans le désordre des rues obscures que dans les maisons ? La minceur des portes, des cloisons ou des planchers que l’on perçait ou enfonçait avec une surprenante facilité, l’incroyable perméabilité acoustique des locaux, l’encombrement invraisemblable des parties communes de l’immeuble, empêchaient la moindre vie privée. Car on circulait ou stationnait sur les degrés, dans les couloirs et même dans les escaliers. Sur les paliers minuscules, on écoutait derrière les portes. Rien ne pouvait demeuré caché dans cet univers. A l’intérieur, observant l’extérieur, une quantité d’hommes et de femmes se tenait constamment aux fenêtres, comme postés aux aguets. Il existait des guetteurs occasionnels et professionnels attachés à rassembler les moindres détails susceptibles de nuire à celles qu’ils voulaient perdre. Les détails rapportés sont si précis qu’il semble que les témoins se soient exactement concertés avant de déposer. L’habitat et la rue s’interpénètrent sans que l’on puisse déterminer ce qui appartient à l’espace public ou privé. La jalousie, les inévitables et intarissables commérages causaient des procès en diffamation (et, éventuellement en prostitution). A ces conflits créés par une promiscuité quotidienne, s’ajoutaient les tensions opposant les propriétaires aux locataires, ceux-ci habitant souvent le même immeuble que leur propriétaire. Les incursions chez les voisins à toute heure du jour et de la nuit pour des motifs très divers étaient continuelles. Les rapports de voisinage qui impliquaient des services et une assistance obligatoires, l’importance du travail à domicile, le phénomène de la domesticité et du service à domicile en général, expliquent ces allées et venues incessantes à l’intérieur de l’immeuble et les relations complexes liant l’intérieur et l’extérieur. Les blanchisseuses venaient chercher le linge qu’elles rapportaient ensuite, les couturières, ravauder et coudre à domicile. Les domestiques faisaient les courses ; les porteurs d’eau montaient les seaux, etc. Il y avait mille prétextes pour s’introduire chez le voisin. L’on demeure quelquefois frappé de leur apparente futilité. On entrait réclamer du feu à la nuit tombante, ou simplement faire des « représentations » dont profitait tout le quartier. La conception couramment admise voulait qu’une vie régulière fût limpide et transparente à tous les regards. Vouloir se cacher était déjà la manifestation évidente d’un crime. Ce comportement anormal éveillait les soupçons et telle qui avait suspendu quelques chemises et quelques hardes aux fenêtres de sa maison au XVIIIè siècle fut accusée à raison par son voisinage d’essayer de mener la vie la plus dissolue. [8] La tentative de se procurer un peu d’intimité était déjà suspecte et l’on demeure frappé à la lecture des textes de la précision des détails apportés par certains témoins oculaires ou auditifs. Dans un tel contexte, l’on n’est pas surpris de trouver exposé un certain nombre de flagrants délits. L’intimité n’existait aucunement, on l’aura deviné, dans des lupanars de bas étage.

En outre certains protagonistes l’auraient-ils voulu, qu’ils n’auraient pu éviter cette promiscuité. Car les Turcs étaient lâchés dans la ville, ferrés deux à deux et sous la surveillance d’un argousin souvent défaillant. Ils ne pouvaient donc échapper à la vie collective. Aussi Anne Martin a-t-elle été « ... trouvée sur l’action charnelle avec le dit forçat, lequel était enchaîné à un Turc. » [9] En 1714, Ravel, sergent des pertuisaniers de galères, surprit en flagrant délit « un couple qui estoit sur la Realle Bleue » chez Blanche au Grand Horloge. Malgré l’avertissement que la maquerelle donna de l’arrivée du sergent aux contrevenants, Ravel et l’argousin de « La Perle » gravirent promptement jusqu’au deuxième étage où ils trouvèrent... « le forçat qui descendait du lit et la femme encore couchée dedans et le compagnon assis sur une chaise à boyre et à manger... » [10] En 1694, un matelot accusait une femme qu’il avait vue « de ses propres yeux ... commettre le péché avec un forçat de galère françois tout enchaîné qu’il estoit avec un Turc, leur gardien se tenant sur la porte de la maison... » [11] L’amour se faisait donc aussi sur le pavé des ruelles obscures, (et pas seulement de la rue Pavé d’amour) dans les recoins des édifices. En 1725, Astier et Maurin ont été appréhendées par la patrouille dans leur lit de fortune, improvisé. Le sergent de la ville « ... a trouvé deux hommes dont l’un est un soldat sur les gallères de sa Majesté et l’autre un matellot avec deux femmes couchés ensemble sur le pavé, les justaucorps des dits hommes servant de matellas et les robes de chambre des femmes de couverture... » [12] Les escaliers, les couloirs, les paliers, les portes cochères étaient aussi occasionnellement le refuge de ces amours à la sauvette. [13] La charrette de foin, la grange, étaient autant de décors possibles. Les calanques et les bateaux offraient un refuge aux amateurs de parties carrées.

La technique au secours de la vertu

Au XIXè siècle, le relèvement moral et l’enfermement systématique et obligatoire de la prostitution et, plus largement, de toute manifestation extérieure d’une vie affective ou sexuelle, fait disparaître ces amours de rue. Mais il est incontestable que les progrès de l’éclairage public contribuèrent beaucoup au redressement moral, à la restauration des mœurs et à l’instauration d’un ordre moral. Par l’édit royal de 1697, il fut décidé que Marseille devait être dotée d’un éclairage public. Cette ordonnance ne reçut de début d’application qu’en décembre 1783, date de l’inauguration du premier système d’éclairage à huile connu à Marseille. Ce modeste éclairage public constitué par 693 lanternes fournissant 1796 becs ne concernait primitivement que les nouveaux quartiers aisés de l’Est et du Sud et quelques grands axes du Lacydon tels que l’ancienne voie gallo-romaine qui traversait toute la ville d’Est en Ouest (la Grand rue ou la rue Coutellerie et le Quai de la Rive Nord). Mais de Saint-jean à Saint-Martin, la vieille ville restait dans l’obscurité totale : les secteurs chauds de la Tourette, des Moulins et de la Butte des Carmes restèrent sombrent jusqu’au XIXè siècle. Le nombre des lampadaires augmenta régulièrement jusqu’en 1789 et l’on commença à éclairer quelques rues privées et à rapprocher les becs là où ils étaient trop espacés. C’est sous la Révolution, dans un souci évident de maintien de l’ordre que progressa réellement l’éclairage public à marseille. Celui-ci s’inscrit dans un contexte d’insécurité permanente et comme remède à la violence urbaine : avec l’ilotage, l’éclairage permettait une surveillance accrue et plus efficace du citoyen. [14] Aussi n’est-ce pas un hasard si l’un des derniers flagrants délits parvenus à notre connaissance date du tout début du XIXè siècle. [15]

Conclusion

La vie s’organisait à l’intérieur d’un espace public multiforme où existait une interaction entre l’infrastructure et la sociologie urbaine, chacune modelant l’autre à son tour. Toutefois, si ces facteurs sont déterminants, il faut recourir à une étude plus fine pour tenter une esquisse de hiérarchisation des mauvais lieux. L’espace privé débordait constamment sur l’espace public et l’espace public s’insinuait continuellement dans l’espace privé. Il s’en suit fréquemment une confusion totale entre espace public et espace privé et l’émergence d’une forte violence urbaine. La notion même d’intimité est une notion historiquement récente et, en la matière, elle apparaît au XIXè siècle avec l’instauration des maisons closes et du quartier réservé.

vendredi 24 février 2006, par Annick Riani

Portfolio

Plan de Pierron, 1785, derrière la Bourse

P.-S.

Bibliographie :
- Bernicot (Astrid). - Etude de la délinquance à Marseille au XVIIIè siècle. - Mémoire de maîtrise, Aix, 1973.

- Boulaya d’Arnaud (André) : Evocation du Vieux Marseille, Paris, Ed. de Minuit, 1969, 445 p.

- Chancel Jean-Marc : Particularités architecturales et évolution urbaine. Marseille au XVIIème siècle. Marseille, 1980.

- D’Portas : La condition féminine dans les milieux populaires marseillais au XVIIIème siècle. Mémoire de Maîtrise, Aix .

- Etchepare Monique : L’Hôpital de la Charité à Marseille et la répression de la mendicité et du vagabondage (1641-1750). Thèse de droit, dactylog., Aix, 1962.

- Fabre Augustin : Les rues de Marseille. E. Camoin, Marseille, 6 vol., 1867-1869.

- Farge Arlette : Les marginaux et les exclus de l’’histoire. Cahiers de Jussieux, U.G.E., Paris, 1979.

- Fruteau Marie Solange : Les mendiants à Marseille au XVIIIème siècle.Mémoire de Maîtrise, Aix, 1972.

- Guerriero & Fiori : Les structures de la famille à Marseille en 1793. Mémoire de Maîtrise, Aix, 1974.

- Henin Béatrice : L’agrandissement de Marseille (1666-1690) : un compromis entre les aspirations monarchiques et les habitudes locales. Annales du Midi, tome 98, n° 173, janv.-mars 1986, pp. 7-20.

- Olivier Anne-Marie : La condition féminine à Marseille au XVIIIème siècle d’après les registres des déclarations de grossesses illégitimes. Mémoire de Maîtrise, Aix, 1973, 174 p., 46 pl.

- Picard M.H. : Les naissances illégitimes et les attitudes devant la vie dans les milieux populaires marseillais au XVIIIème siècle. Mémoire de Maîtrise, Aix, 1971.

- Reynaud-le-Faucheur : Les domestiques à Marseille pendant la première moitié du XVIIIème siècle. Mémoire de Maîtrise, Aix, 1973.

- Riani Annick : Pouvoirs et contestations. La prostitution à Marseille au XVIIIème siècle (1650-1830), thèse de Doctorat de 3ème cycle, Université de Provence, déc. 1982, 2 T.

- Riani (Annick) - Le Grand Renfermement vu à travers le Refuge de Marseille, Provence Historique, 1980, n° pp.283-294.

- Rouger, Sauty et Patouillard : La population marseillaise en 1793. Mémoire de Maîtrise, Aix, 1971.

- Vovelle (Michel). - Le prolétariat flottant à Marseille sous la révolution française. Annales de démographie historique, 1968.

- Vovelle (Michel). - Gavots et italiens : les Alpes et leur bordure dans la population marseillaise au XVIIIème siècle Provence Historique, t. XXVIII, fasc. 114, 1978, p. 323 - 331.

- Vovelle (Michel). - De la mendicité au brigandage. Actes du Colloque des sociétés savantes de Montpellier, 1961.

Notes

[1] André Zysberg. - « Marseille, cité des galères à l’Age classique ». - Marseille n°122, 1980, pp. 71-92. Selon les calculs, le monde des galères et des soldats peut être estimé à 30 000 hommes. A partir de 1749, Marseille ne comptait plus qu’une douzaine de galères et 2000 forçats seulement, les galères ayant disparu au profit du bagne à terre de Toulon.

[2] Michel Vovelle. - Le prolétariat flottant à Marseille sous la Révolution française. - Annales de démographie historique, 1968.

[3] AC. FF 238. Aff. Jeanneton, 28/06/1717.

[4] AC. FF 230. Aff. Reboul 28/06/1717.

[5] AC. FF230. Aff. Thérèse Prat, Cabaret des Trois Malouins, 18/10/1690.

[6] AC. FF 234. Aff. Vicard. Procédure très complète. Dénonces du 28/08/1724, Cahier d’interrogatoire du 16/11/1724, cahier d’information des 04/08/1724 et 30/08/1724 et comparant du 29/09/1724.

[7] Israël Silvestre - Marseille du côté de Midy » (après 1643). Musée Cantini à Marseille. Ancienne collection du Marquis de Chenevières. Cité par Arnaud Ramière de Fortanier, - Illustration du vieux Marseille - Aubanel, Avignon, 1978, p. 14.

[8] AC. FF 241. Aff. Anne Martin, 09/02/1722.

[9] AC. FF 238. 21/02/1724.

[10] AC. FF 233. Aff. Sandrine Laure,. 09/02/1722.

[11] AC. FF 240. Aff. Astier et Marin. 13/06/1725.

[12] AC. FF 244. Aff. Madeleine Tinière. 12/08/1739. Madeleine Tinière est « interrogée s’il n’est pas véritable qu’il y a environ une année, sur les huit à neuf heures du soir, elle fut surprise en flagrant délit à la place Saint-Jean couchée à terre et sur l’action charnelle avec un matelot au grand scandale de tous les passants. »

[13] AC. FF 251. Aff. Marie Laget. 13/11/1767. Marie Laget a été « surprise dans une allée de maison couchée avec deux hommes qui jouissoient d’elle charnellement. »

[14] Paul Masson. - Encyclopédie départementale des Bouches-du-Rhône- Archives départementales, Marseille, 1820.

[15] AC. II 725 Rap. Com. de police. 11/07/1809. Le 2 août 1806, le Lieutenant Nana en avisait son supérieur hiérarchique : « Je soussigné, officier de garde au poste de l’Hôtel-de-Ville, déclare que ce matin à 4 heures, il a été surpris et arrêté la nommée Marie Demeure, femme de mauvaises mœurs, en flagrant délit avec un grenadier de garde, et l’a de suite fait conduire au violon. La dite femme, qui paraît ne point avoir de domicile, avait passé la nuit à la porte du corps-de-garde, et se tenait dans la guérite afin de pouvoir y faire plus facilement son métier. »