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Dossier Femmes et techniques. Article paru dans Femmes-info n°83, 1998.

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Dossier culture sexiste

Le sexisme ordinaire des media

Des femmes journalistes [1] ont relevé et comptabilisé pendant plusieurs mois à quels moments et dans quelles conditions les femmes apparaissent dans la presse écrite, radiophonique et télévisuelle. Le résultat de leur enquête montre la misogynie ordinaire des médias et comment la faible représentation des femmes participe à leur invisibilité sociale et politique. Elle révèle aussi le machisme foncier du milieu journalistique et l’héroïsme de celles qui combattent “ l’objectivité ” universelle DU BON journaliste.

Dossier culture sexiste. Article paru dans Femmes-info n°91/92, automne 2000.

Elles boudent l’information...

Six lecteurs de quotidiens nationaux sur dix sont des hommes et si les femmes lisent beaucoup, elles ne lisent pas de quotidiens. Situation préoccupante car qui dispose de l’information détient un double pouvoir : celui d’aggraver la discrimination envers les femmes mais aussi celui d’assurer“ le verrouillage financier, social et symbolique des moyens d’information ainsi que leur dépolitisation : il ne s’agit plus d’informer mais de vendre. Place à la communication du discours dominant. Les autres voix, comme celles des femmes, sont priées d’aller se faire entendre ailleurs, prévient Monique Perrod-Lanaud. ” [2]

Les femmes boudent parce qu’elles ne se reconnaissent pas dans la presse démontrent avec force argumentation les quatre journalistes. Car, la presse féminine [3] montre des images de super-women ou de femmes à la Rousseau [4] et la presse d’information générale construit l’information sur un mode souvent étranger aux femmes en usant à profusion de stéréotypes véritablement caricaturaux, voire d’images féminines dégradantes.

Rares, anonymes, sans profession, victimes...

La proportion de femmes dans l’information générale, constate Monique Trincart, est de une pour cinq hommes. Et encore la rescapée encoure-t-elle le risque de se voir traiter au masculin par absence de féminisation des titres et des fonctions ou d’être reléguée au rang de “ représentation décorative ” dont l’auteure relève la surabondance : femmes nues, en maillot de bain et juchée sur des patins à roulettes...

Qui sont-elles ?Une femme sur trois est anonyme pour un homme sur sept et une femme sur treize est nommée par son prénom pour un homme sur cinquante. ” [5] Sans parler d’une familiarité excessive à l’égard des femmes (tutoiement, appellation d’une femme politique par son prénom). Des femmes qui apparaissent plus fréquemment comme des victimes que les hommes : sur les 9 % de victimes des deux sexes apparaissant dans l’étude, 36 % sont des femmes, alors qu’elles ne constituent que 17,25 % du total des personnes citées.

Que font-elles ? Les femmes citées ou représentées sont le plus souvent inactives (34,5 % contre 24 % des hommes) et alors que l’Insee compte 40 % de femmes cadres supérieurs ou moyens, les médias n’en interrogent ou n’en citent que 15 %. Même les étudiants pourtant moins nombreux que les étudiantes sont plus souvent cités.

De quoi parlent-elles ? Le choix des sujets où figurent respectivement les deux sexes est éloquent. En effet, les femmes sont le moins mal représentées dans des sujets tels que le logement (33 %), la religion (30 %), les questions sociales, d’éducation et de garderie (28 %), les crises internationales (25 %) et les arts et variétés (25 %) tandis que les hommes représentent au moins 90 % des personnes citées dans des domaines tels que “ la défense nationale, les négociations internationales, ”“ l’économie, les affaires, ” “ la politique ” et “ les guerre, guerre civile et le terrorisme. ”Par ailleurs, les personnages politiques (parmi lesquels figurent évidemment peu de femmes) se taillent la part du lion. Et le traitement des questions politiques, qui tend à privilégier l’information à portée internationale, accentue encore la sous représentation des femmes en politique en laissant une piètre place aux élues des collectivités territoriales.

Belles plutôt qu’intelligentes...

La grammaire française veut que le masculin l’emporte toujours sur le féminin et la force de l’usage nous oblige à batailler pour arracher la féminisation des titres et des fonctions. Sans revenir sur ce débat déjà abordé par le CODIF et Femmes-Info, rappelons que l’un des enjeux de cette féminisation est la mixité. Mais les journalistes résistent et de leurs plumes coulent des perles que je vous laisse découvrir.

Arrêtons-nous avec Natacha Henry sur le portrait type des femmes des médias : “ on aime les femmes belles plutôt qu’intelligentes, on les aime fragiles, sexy, sexuelles, ingénues, virginales... ” [6] Représentations sexistes parfois naïves comme dans le Monde (15-16/08/98) relatant une promenade en rollers à Paris. Marie patine “ pour se faire les fesses ” et Liliane pour faire plus rapidement son marché tandis qu’Arnaud va draguer, comme Bernard d’ailleurs. [7] Femmes aussi, évidemment, flanquées d’enfants, ensorceleuses, maîtresses, mijaurées irresponsables, madones, telles sont les figures féminines qui défilent dans les médias.

Et Natacha Henry de remarquer aussi que les appels à la haine ne sont pas absents.

Qui est vu à la télévision ?

L’effet de loupe Cotta-Ockrent-Sinclair

C’est à tort que l’on perçoit souvent le métier de journaliste comme très féminisé, explique Virginie Barré. En réalité, les femmes journalistes ne détiennent que 38,5 % des cartes de presse alors que les femmes représentent 44 % de la population active. Mais “ l’effet de loupe Cotta-Ockrent-Sinclair ” déforme la perception de la profession. Tolérée, la présence des femmes est d’ailleurs inversement proportionnelle au prestige (local ou national) du média dans lequel elles exercent. Et “ Dans les postes de sténographes, de traducteurs ou de réviseurs, la proportion de femmes peut atteindre 100 % dans la catégorie pigiste. A l’inverse, elles sont presque absentes des postes de photographes, de dessinateurs, de cameramen et de reporteurs d’images contrairement à l’illusion du nombre qui prévaut. Cette division se retrouve en radiotélévision où les assistants de production sont des assistantes à 90 %, et les techniciens de l’image et du son des hommes dans la même proportion. (...) L’entrée en force des femmes dans les rédactions n’a pas fondamentalement modifié la répartition entre les postes et les rubriques selon qu’ils étaient connotés “ virils ” (et visibles) ou “ féminins ” (et invisibles)” [8]

La sur représentation des articles signés par les femmes est nette dans les domaines de la santé publique, de l’exclusion, des politiques de protection de l’enfance et de la famille, de la consommation. Elles sont d’ailleurs plus nombreuses dans la presse magazine que dans les quotidiens. Mais c’est dans les agences de presse - là où la signature de l’auteur reste le plus souvent inconnue du public - que les femmes sont les plus nombreuses (36 %). Les sommets (rédactrices en chef, chefs de service, postes de décisionnaire) sont évidemment la chasse gardée des hommes. Ainsi les femmes journalistes sont-elles absentes des réunions où se décident les sujets... Et elles restent moins promues, moins payées et plus précaires que les hommes journalistes.

La crise que traverse la presse touche plus durement les femmes que les hommes : certaines pigistes n’obtiennent pas leur carte de presse faute de revenus réguliers suffisants et parmi les journalistes au chômage figurent 45 % de femmes. Cette précarité - prolétarisation pour certaines - les empêche souvent de protester contre leurs conditions de travail. La très franche et foncière misogynie du milieu vient leur rappeler que leur présence n’est tolérée que dans l’exacte mesure où elles se montrent “ BONS ” journalistes, c’est-à-dire objectifs, conformes aux normes sociales et culturelles édictées par le référent masculin. Effet de mimétisme, certaines journalistes en viennent à accabler les femmes des mêmes discours misogynes que leurs confrères. Toutefois, d’autres se battent et font émerger de nouveaux sujets : l’excision, les viols de guerre par exemple.

Un monde de publicistes

Les analystes tiennent les jeunes et les femmes pour “ responsables ” de l’effondrement des ventes des quotidiens depuis 1973 (- 19 %). Et les femmes boudent la presse quotidienne nationale qui recrute justement son lectorat parmi les “ forts lecteurs ” (qu’elles sont) tandis que la presse régionale dite de proximité s’en tire mieux.

La presse magazine, dont les français sont les plus gros consommateurs au monde, reproduit la même opposition. Manque de temps sans doute mais aussi production journalistique en décalage avec leurs attentes. Que lisent les femmes ? Pour 45 % d’entre elles un “ féminin ” et des magazines de télévision. De la presse haut de gamme à la presse populaire en passant par la presse de cœur, le secteur de la presse féminine est vaste. Répond-elle mieux à leurs attentes ? Cette presse s’adresse d’abord aux publicitaires, lesquels s’emploient à cibler “ la ménagère .” L’étude détaillée de vingt féminins généralistes les plus diffusés montre qu’ils comportent jusqu’à 45 % de publicité “ foliotée. ” Avec la “ simili-publicité ”, c’est-à-dire les rubriques shopping, mode, beauté décrivant des produits dont les modalités de vente sont spécifiées, on peut arriver jusqu’à 70 % du volume total du magazine en publicité (Dépêche Mode, Madame Figaro, Marie-Claire).

Qu’en pensent les femmes ? Une enquête menée en 1996 auprès de 165 Franc-comtoises révélait que les lectrices ne sont pas toujours contentes de l’image des femmes qui s’en dégage. “ Les journaux féminins font passer les femmes pour “ des cruches, des débiles, des poupées sans jugeote, des futiles ” ; ils montrent “ une femme objet, superficielle, idéale, infantile, peu intelligente, des images d’une femme niaise prête à servir ” ; ce qu’ils proposent, c’est “ une omniprésence du look à avoir ” ; ils sont de “ faible niveau intellectuel ” et “ manquent d’information. ” [p. 125]

Alors pourquoi l’achètent-elles ? Parce qu’elles y sont mal présentées mais présentes quand même. Mais pour elles “ le journal idéal doit traiter de la place des femmes dans la société, de leur rôle, de leurs activités sociales, politiques, professionnelles, associatives, artistiques, en un mot : de leur vie... et pas seulement telle que la conçoivent de multiples journaux féminins considérant les femmes comme des cuisinières, tricoteuses, consommatrices de cosmétiques, de parfums et de vêtements. [9]

jeudi 27 avril 2006, par Annick Riani

Notes

[1] Association des femmes journalistes, Maison de l’Europe, 35, rue des Francs-Bourgeois - 75004 Paris

[2] pp. 9-10.

[3] dont 20 % du lectorat est constitué par des hommes...

[4] “ Toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce. Voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu’on doit leur apprendre dès l’enfance. ”dans Émile et l’Éducation (1762). Cité par Sylvie Debras.

[5] p. 23

[6] p. 62.

[7] p. 63

[8] pp. 76, 77.

[9] p. 130.

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