Mots-clés

Autres Articles

Crises et droits des femmes

Article paru dans la revue Femmes-info n°75/76, printemps 1996.

XXème siècle : le féminisme d’Etat

La " contestation " de la jeunesse de mai soixante huit (1968) donna un élan au mouvement des (...)

XXème siècle : de la maternité triomphante aux pétrôleuses

Si, sous la pression des féministes, les françaises obtinrent enfin, en 1907, le droit de (...)

XIXème siècle : la bataille de l’enseignement

La lutte pour l’obtention de droits civils, personnels et politiques et la reconnaissance de (...)

Du naturalisme au féminisme

Du naturalisme et de ses conséquences

I Les représentations féminines dominantes au XVIIIème siècle

Évoquer l’histoire, non de la femme, - mais des femmes, - sur le long terme et dans toute sa diversité, est une gageure que je ne saurais tenir dans l’espace ou le temps qui m’est imparti. Je me bornerai donc à en envisager quelques moments significatifs de cette histoire qui n’est devenue collective que récemment. Je décrirai d’abord les représentations culturelles dominantes ayant servi de justification à l’infériorisation des femmes.

Dès l’âge classique, “ la ” femme, comme disent encore beaucoup d’hommes et de femmes, occupait tout le champ des représentations, qu’il s’agisse des fables et des sermons ou encore des discours philosophique et scientifique. Ces discours s’inscrivaient dans la continuité d’une querelle déjà ancienne.

La querelle des femmes

En effet, du XVIème au XVIIIème siècles, femmes et hommes s’étaient affrontés avec véhémence autour de textes, de dessins, de gravures et d’archives. La querelle des femmes, dite encore guerre des sexes avait fait rage comme le montre, par exemple, le recueil de gravures, poèmes et maximes très suggestives que l’archiviste-paléographe, Laure Beaumont-Maillet, a tiré du fonds des Estampes de la Bibliothèque nationale. [1] Des hommes y présentent “ la ” femme comme un être malicieux, imparfait, excessif, roué et influencé par le diable dont la douceur ou la soumission même s’effacent devant la cruauté et la sexualité excessive. Des dessins et gravures représentent des femmes et des hommes se disputant violemment le port de la “ culotte ” dont les femmes parviennent quelquefois à s’emparer symboliquement mais ridiculement puisque “ la règle à l’envers ” demeure l’expression de la règle. ” [2] La réaction féminine se manifesta au XVIIème siècle : Marie Le Jars de Gournay, [3] féministe de la première heure, et les Précieuses, aussitôt taxées de ridicules par Molière, répliquèrent aux détracteurs du sexe féminin. Cette résistance fut étouffée par la suprématie de Descartes (1596-1650) sur la vie intellectuelle française en sorte qu’il fallut attendre 1674 pour qu’émerge Poullain de La Barre, premier homme pro féministe et auteur de quatre ouvrages à l’accent très moderne sur l’égalité de l’homme et de la femme. [4] Le XVIIIème siècle, dont on a dit postérieurement qu’il était le siècle de la femme ou le siècle des Lumières a continué ces réflexions, et préparé la Révolution et les institutions du siècle suivant. Il a ouvert un débat très animé autour de la raison des femmes.

La formation du stéréotype de l’éternel féminin

Historiquement, le XVIIIème siècle a marqué l’apogée du stéréotype féminin ébauché au XVIème siècle. Les fondements de ce dernier résidaient dans le naturalisme, comme le montrent Yvonne Knibiehler et Catherine Marand-Fouquet dans La femme et les médecins, paru chez Hachette en 1983 et auquel le développement suivant doit tout.

Les naturalistes ont inventé l’anthropologie et ont commencé à disserter sur le moral autant que sur le physique en laissant entendre que tout venait du corps. Bien que Buffon (1707-1788) et ses collaborateurs n’aient placé aucune intention polémique dans ce propos, cette dernière considération s’est avérée lourde de conséquences pour les femmes.

De son côté, le philosophe Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) estimait, dans la quatrième partie de l’Émile, paru en 1762, que la femme était, par ses fonctions spécifiques, plus proche de la nature que l’homme et il voyait en elle le modèle primordial de l’humain. Mais l’état de nature étant perdu, dans la société, la femme était devenue un être factice auquel il convenait de réapprendre sa vraie nature, source du seul bonheur possible. L’on n’y parviendrait pas par la pensée, qui était déjà dénaturation, mais par le retour au langage inarticulé des origines. Par ailleurs, la vraie nature s’était révélée grâce à la répartition des tâches imposées par les incommodités particulières de l’être féminin aux premiers temps de l’humanité : c’était donc la vocation physiologique qui dictait les lois morales de la condition féminine. Ces devoirs étaient doux pour la femme puisque son corps y consentait et elle n’existait naturellement que pour le bonheur de l’enfant et de l’homme. La pensée de Rousseau alimentait donc un nouveau finalisme : la femme n’existait que pour réaliser les vœux d’une nature qui avait remplacé un Dieu presque absent de sa philosophie. [5]

Or, aux XVIIIème et XIXème siècles, les médecins spécialisés dans la médecine des femmes et des enfants répandirent les idées du philosophe qui apparut comme leur référence obligée. Des ouvrages de vulgarisation de très haut niveau, des dictionnaires encyclopédiques et médicaux comme l’Encyclopédie de Diderot (1713-1784) et d’Alembert (1717-1783), parue en 1751-1772, Le dictionnaire des sciences médicales de Panckouke ou le Système physique et moral de la femme, de Pierre Roussel, paru en 1775 et réédité six fois jusqu’en 1845 eurent une influence capitale. Le “ best-seller ” médical de ce dernier consistait en une synthèse entre le domaine des naturalistes (caractérisant la femme comme la femelle de l’homme), [6] le domaine social (définissant la femme dans son rôle social d’épouse et de mère) et, enfin, le domaine des moralistes, le plus ancien, le plus traditionnel, jalonné par les fabliaux. Jean de Meung, Montaigne (1533-1592), La Rochefoucauld (1613-1680), Molière (1622-1673) et, en dernier lieu, Thomas appartenaient à cette dernière catégorie. De façon quasi invariable, les ouvrages médicaux abordaient l’être féminin au triple point de vue physique, moral et pathologique.

Pour les médecins naturalistes, la collusion chez la femme entre le physique et le moral était encore plus étroite que chez l’homme : Tota mulier in utero, répétaient-ils. Certes, les fondements théoriques de ce discours remontaient à l’Antiquité et au Moyen Age, l’aristolélisme ayant réduit le féminin à l’incomplétude d’un homme inachevé et, le galénisme l’ayant enfermée dans la spécificité inquiétante de l’utérus. Mais les médecins des XVIIIème et XIXème siècles y ajoutèrent la confusion entre le normal et le pathologique : avec ses menstrues, ses grossesses, ses accouchements, sa ménopause, pensaient-ils, la femme était une éternelle malade. En outre, ils tirèrent des progrès de l’anatomie et de la physiologie, qui mettaient en évidence les différences entre les sexes, des conclusions fâcheuses sur la faiblesse des femmes. En 1764, le “ Dictionnaire philosophique, ” de Voltaire (1694-1778) se faisait l’écho de ces conceptions en : “ Au physique, la femme est de par sa physiologie plus faible que l’homme, les émissions périodiques de sang qui affaiblissent les femmes et les maladies qui naissent de leur suppression, les temps de la grossesse, la nécessité d’allaiter les enfants et de veiller assidûment sur eux, la délicatesse de leurs membres les rendent peu propres à tous les travaux, à tous les métiers qui exigent de la force et de l’endurance. ” Pour les médecins, la sexualité féminine portait en elle comme une destinée misérable puisque c’était par le sexe, que l’infériorité féminine était légitimée : “ L’existence de la femme n’est qu’une fraction de celle de l’homme ; elle ne vit pas pour elle-même, mais pour la multiplication de l’espèce, conjointement avec l’homme ; voilà le seul but de la Nature, la société et la morale avouent. Il suit de là que la femme n’est qu’un être naturellement subordonné à l’homme par ses besoins, ses devoirs, et surtout par sa constitution physique [...] Si la femme est faible par sa constitution même, la Nature a voulu la rendre soumise et dépendante dans l’union sexuelle ; elle est donc née pour la douceur, la tendresse, et même pour la patience, la docilité ; elle doit donc supporter sans murmure le joug de la contrainte, pour maintenir la concorde dans la famille par sa soumission et par son exemple, ” écrivit le médecin Virey. [7]

On voit comment le discours scientifique et les propos communs se servaient de caution réciproque, reflétant par un jeu de miroir, toujours la même image, celle d’un corps féminin inachevé ou défectueux.

Le portrait de la femme morale confirmait évidemment celui de la femme physique. Pour les médecins, le psychisme féminin était axé sur la sensibilité due à ses tissus souples, à sa peau fine, à ses nerfs et vaisseaux admirablement ramifiés. Il aurait pu s’en suivre une vitalité remarquable de l’intelligence, puisque l’on admettait depuis John Locke (1632-1704) et Condillac (1715-1780), que la sensation était le point de départ de la pensée. “ Mais deux facteurs, selon Cabanis, bloquent l’essor des facultés mentales : les facteurs organiques et les facteurs sociaux. D’une part, les sensations internes exercent une action très puissante sur le moral. Or chez la femme il existe une exceptionnelle densité de l’innervation dans les organes génitaux, et leur relation est étroite avec l’ensemble du système nerveux ; l’extrême sensibilité de ces organes influence constamment les glandes, les humeurs, les cerveaux. Nul ne peut penser contre son corps, la femme encore moins que l’homme. D’autre part, engagée dans la vie sociale d’une toute autre manière que l’homme, pour des raisons qu’elle ne peut éluder, la femme ne peut pas tirer de ses “ sensations externes ” le même profit que lui. La multiplicité même de ses sensations en réduit l’intensité : assaillie en permanence de tous côtés, elle ne peut parvenir à une maturation suffisante de ses idées, encore moins à une pensée d’ensemble profonde, suivie. ” [8] Quant à la grossesse, elle engourdissait l’esprit et faisait baisser les capacités intellectuelles. Bref, le génie était inaccessible à tout le sexe féminin. D’ailleurs cette faiblesse intellectuelle, loin d’être une infériorité, était le signe d’une parfaite adaptation aux fonctions, naturelles prétendaient Cabanis et Roussel car la femme était supérieure dans l’ordre du bonheur. “ L’esprit des femmes, inculte mais pétillant, brille d’autant plus qu’il n’est pas étouffé par un savoir indigeste. Son caractère original le rend piquant, sa liberté lui donne des grâces [...]. Leurs idées n’ont rien de gêné, de contraint ; leurs expressions sont la véritable image de leur âme, irrégulières, mais pleines de naturel et de vie ; leur conversation, toujours vive et animée, peut se passer de la science, et a par elle-même un intérêt que toutes les ressources de l’érudition ne sauraient lui donner. Tout lui sert d’aliment. [...] Une femme en sait toujours assez ” en conclut Pierre Roussel. [9] Napoléon (1769-1821) renchérit plus tard “ Je ne crois pas qu’il faille s’occuper d’un régime d’instruction pour les jeunes filles : elles ne peuvent être mieux élevées que par leurs mères ; l’éducation publique ne leur convient point puisqu’elles ne sont point appelées à vivre en public.

Car les médecins débattirent de l’utilité d’instruire des créatures aux aptitudes intellectuelles si médiocres. “ Qu’on se borne dans leur éducation à leur faire éviter l’inconvénient d’un contraste trop marqué avec l’instruction et l’éducation des hommes dont elles partagent et embellissent la destinée, ” estimait le médecin Lachaise. [10] Des études trop longues ne pouvaient que détériorer cette brillante sensibilité qui constituait l’essence même de la femme morale et en assurait le bonheur puisqu’elle la poussait vers des penchants conformes à sa nature.

De telles conceptions ont eu des conséquences fâcheuses sur l’éducation des jeunes filles jusqu’au XXème siècle : les féministes n’ont obtenu l’unification des programmes scolaires et la création d’un baccalauréat identique pour les deux sexes qu’en 1924.

Pour les tenants de l’éternel féminin, la femme régnait dans l’ordre du sentiment et son exquise sensibilité développait en elle les qualités sociales les plus précieuses : la pitié, la compassion, la tendresse, la bienfaisance qui la qualifiaient pour soigner et consoler et se dévouer au sein de la famille. Toutefois cette sensibilité pouvait aussi engendrer de redoutables passions et même des dépravations. Alors, la femme devenait jalouse, vindicative, elle détestait les autres femmes ; sa haine, sa cruauté, sa débauche dépassaient celles de l’homme. La poltronnerie, l’avarice, l’envie complètent ce portrait galant. [11] On le voit les médecins ont couvert de leur autorité fondée sur un discours pseudo scientifique les préjugés les plus misogynes développés par les fabliaux et les moralistes.

Sigmund Freud (1856-1939), le “ père ” de la psychanalyse, vint naïvement conforter ces visions. Enfermées entre la force de leurs pulsions sexuelles naissantes et un mélange de pudeur (qui est par ailleurs très largement une création culturelle médicale), de dégoût et de morale, des femmes refoulaient leur libido. Comme la société leur interdisait de chercher une dérivation ou un exutoire (un transfert) dans l’activité publique ou la création artistique, la sublimation s’avérait impossible. Ce mur d’interdits provoquait chez elles les symptômes de l’hystérie : [12] douleurs, paralysie, agitation, évanouissements. Cette double frustration sexuelle et sociale entraînait chez ces femmes “ l’envie du pénis ”. En ce sens l’hystérie peut apparaître comme la manifestation historique de l’exacerbation de la puissance phallique. Pour le courant freudien, les petites filles sont des garçons châtrés (théorie du “ complexe de castration ”) et l’identité féminine se construit en négatif de l’identité masculine. La petite fille découvrirait sa propre infériorité en comprenant qu’elle ne possède pas de pénis. C’est en ce sens que Freud a décrit la femme comme le “ ‘continent noir de l’humanité. ” L’utérus était un “ trou noir ” à la sexualité insondable, sources d’associations irrationnelles et colonisatrices. La femme est définie comme l’autre et le négatif de l’homme. Quand l’envie du pénis s’empare d’elle, elle ne peut la surmonter qu’en la remplaçant par le désir d’enfant. La nature la contraint alors à s’épuiser jusqu’à la ménopause, à enfanter pour réaliser sa féminité.

La fixation du stéréotype féminin aux XIXème et XXème siècles

Sous la Révolution et, tout au long du XIXème siècle, le stéréotype médical de la nature féminine élaboré depuis 1760, se fige en théorie et survit aux conditions qui l’ont vu naître. Malgré les transformations économiques, sociales, culturelles, “ la ” femme, type universel et éternel, reste encore officiellement, en plein XXème siècle, définie par une fonction de reproduction et de production au sein de la famille.

La place consentie aux femmes par les institutions nées de la Révolution est si réduite que leur situation au XIXème siècle apparaît dégradée à bien des égards par comparaison avec celle d’avant la Révolution. Comment s’en étonner après un tel état des lieux ? D’autant que les valeurs universalistes nées de la Philosophie des Lumières et de la Révolution, qui opposaient espace privé et espace public, n’ont pas contribué à améliorer cette représentation culturelle. L’espace public est l’espace dévolu au genre masculin, assimilé au genre humain ; c’est celui de l’échange, du travail, de la liberté, de l’égalité, de la citoyenneté et de la visibilité. L’espace privé, au contraire, est l’espace imparti au genre féminin. C’est celui de la famille, de la dépendance, de la naturalité, des tâches matérielles et de l’invisibilité. Autour de la notion philosophique de l’universalisme, s’est construite la hiérarchie, non des sexes, mais des genres comme disent les anglo-saxonnes : le masculin est l’Universel et englobe le féminin.

En 1793, au moment de l’instauration du suffrage masculin, les femmes étaient exclues de la citoyenneté [13] avant d’être évincées de toute vie politique deux années plus tard. En 1804, le code civil, qui consacrait l’incapacité de la femme mariée, ne pouvait envisager les femmes qu’assujetties à une tutelle masculine. En 1808, on interdisait l’enceinte des lycées aux filles et aux femmes. En 1810, le Code pénal punissait de réclusion ou de travaux forcés les personnes qui pratiquaient, aidaient ou subissaient un avortement. En 1816, la loi supprimait le divorce. Ces dernières mesures s’inscrivaient dans le cadre d’une politique sanitaire et nataliste engagée par les pouvoirs publics. La chute précoce de natalité et le spectre de la dépopulation amena les gouvernants à protéger la famille et à encourager la diffusion d’un discours génitalement centré. La régression de la situation des femmes, à partir de la Révolution, puis au moment de la montée de l’ordre moral républicain, s’explique très largement par cette croisade hygiéniste.

Simultanément s’étaient développés des théories populationniste, économique et militaire qu’un discours hygiéniste et moralisateur des médecins vint opportunément conforter. La diminution précoce des naissances en France, les ravages causés par la syphilis et l’exode des campagnes vers les villes, qui commença au XIXème siècle, firent émerger le thème des “ classes dangereuses. ” [14] Cette idéologie eut pour conséquence l’instauration d’un ordre moral qui aboutit au renfermement des épouses au gynécée et des prostituées dans les “ maisons closes. ” Les médecins participèrent très activement à l’hygiénisme et au populationnisme ambiant mais l’on ne comprendrait pas leur ascension sociale vertigineuse et le rôle prédominant de la médecine au XIXème siècle si l’on ne remarquait parallèlement, leur importance croissante dans le domaine juridique. Après les grands procès du XVIIIème siècle, commença une réflexion épistémologique et philosophique à l’issue de laquelle l’on créa une chaire de médecine légale. L’historien de la médecine Jacques Lecuir constate alors “ l’inscription collective de détenteurs d’un savoir — les médecins — comme les directeurs de conscience d’une société, au travers notamment d’un champ nouveau de savoir qu’ils élaborent et qu’ils nomment la médecine légale. ” Au terme de cette réflexion médicale, l’on finit par confondre le corps de la victime avec le corps social lui-même et l’on ne peut dissocier le malade des institutions et de la société dans laquelle il baigne. Devenus indispensables à l’ordre moral, social et politique, les médecins ont négocié avec le pouvoir l’organisation de leur profession et leur position sociale contre des services rendus : l’on est frappé de la concomitance entre le développement de cette réflexion et l’avènement du réglementarisme comme de celle de la campagne néo-réglementariste et de l’installation définitive du corps médical sous la IIIème République.

Le discours hygiéniste, qui soufflait au bordel et dans les foyers bourgeois et ouvriers, préconisait l’enfermement des prostituées comme celui des épouses mères, les premières étant désignées comme les négatifs des secondes. A partir de la révolution pastorienne (1865), le nouveau discours médical sur l’élevage des enfants renforça encore la pression en faveur de la femme au foyer. En effet, la mise en œuvre d’une prophylaxie antimicrobienne rigoureuse pour les nourrissons accentua encore la pression sociale au nom de la “ race ” et de la nation. Au nom de l’indispensable lutte contre la mortalité infantile, on culpabilisa les mères que l’on voulait éduquer. La mère, sauf à être dénaturée, ne pouvait abandonner son enfant à des mains mercenaires et le vouer au biberon mortifère. L’allaitement et la dépendance qui en résultaient l’obligeaient donc à rester à la maison. Les journaux comme les romans ou les hommes politiques présentaient la tâche maternelle comme la plus noble des carrières. La défense de l’enfant entraînait l’interdiction, implicite puis explicite, du travail féminin, surtout en France, où les femmes mariées exerçaient souvent un métier.

En période de crises, et jusqu’à une période récente, des lois vinrent rappeler leurs devoirs aux femmes : en 1934, le ministère du travail attaquait le travail des femmes ; en 1936, on prenait des mesures contre les femmes dans les ministères et, en 1938, on instituait une prime pour la femme au foyer. En 1940 et 1942, des lois limitaient ou interdisaient encore les emplois publics aux femmes mariées et disposaient que les emplois privés ne devaient pas causer de licenciement. Ce n’est qu’en 1965, que les femmes mariées obtinrent le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari. Aujourd’hui encore, le travail à temps partiel non choisi, qui touche essentiellement les femmes, est une forme courante de chômage partiel utilisé comme régulateur du chômage.

dimanche 14 janvier 2007, par Annick Riani

Notes

[1] Albin Michel, 1984.

[2] Davis (Nathalie Z.)

[3] L’Ombre de Mademoiselle de Gournay, 1626, recueil de vers et d’œuvres morales et de textes polémiques.

[4] De l’égalité des sexes (1673), De l’éducation des dames (1674).

[5] Knibiehler (Yvonne) et Marrand-Fouquet (Catherine), La femme et les médecins, pp. 83-84.

[6] dans L’Encyclopédie

[7] Virey. - De l’éducation. - 1802, pp. 74-75. Cité par Y. Knibiehler et C. Marrand-Fouquet, op. cité, p. 106.

[8] Knibiehler (Y.) et Marand-Fouquet (C.), op ; cité ;

[9] Système physique et moral de la femme, p. 65. Cité par Knibiehler (Y.) et Marand-Fouquet (C.), op. cité.

[10] Knibiehler (Y.) et Marand-Fouquet (C.), op. cité.

[11] Knibiehler (Y.) et Marand-Fouquet (C.), op. cité, p. 102-103.

[12] cf. le développement remarquable d’ Y. Knibiehler et C. Marand-Fouquet à ce sujet.

[13] La constitution n’est pas appliquée

[14] Chevallier

Répondre à cet article