Célestine Aboulker est née à Alger en 1874. Son père, le docteur Moïse Aboulker, dont elle est la fille unique, meurt quelques années après sa naissance. Fils dun juge rabbinique, il avait été un des premiers juifs dAlgérie à entreprendre des études de médecine à Paris. En 1865, un décret de Napoléon III lavait fait personnellement citoyen français, cinq ans avant le décret Crémieux qui étend ce privilège à la presque totalité des juifs dAlgérie. La mère de Célestine, Adélaïde Azoubib, est issue dune lignée de rabbins et de poètes. Femme lettrée à une époque où les juives algériennes létaient encore rarement, elle a rédigé des commentaires poétiques de la Bible, illustrés par sa fille et publiés à Paris. Devenue veuve, Adélaïde Azoubib épouse en secondes noces Mardochée Bénichou, président de la communauté juive dOran, avec qui elle a trois enfants : Berthe, laînée sera femme de lettres. Célestine grandit dans un milieu traditionnel, mais liberté lui est laissée dapprendre la peinture. En 1896, Célestine Aboulker épouse Jules Harburger, fils dun juif alsacien établi en Algérie après la guerre de 1870, avocat au Barreau dOran. Ils ont deux fils : Adrien, qui sera médecin, et Francis Harburger, qui deviendra peintre et Secrétaire général du Salon des Indépendants à Paris. En 1929, après le décès de son fils aîné, Célestine sinstalle à Paris auprès de son fils Francis. Elle retourne vivre en Algérie durant la Seconde guerre mondiale, puis revient à Paris où elle finit sa vie et décède en 1954 En Algérie comme à Paris, Célestine écrit et peint. Elle illustre plusieurs ouvrages et expose régulièrement des toiles dinspiration biblique dans divers Salons, notamment celui des Orientalistes. Après la guerre, elle exécute quinze aquarelles illustrant le Cantique des Cantiques traduit par Édouard Dhorme.
La plupart des uvres de Célestine Aboulker se trouvent dans des collections privées. Quelques unes ont néanmoins trouvé place dans des musées. Le Musée dart et dhistoire du judaïsme à Paris ainsi que les musées de Ein Harod et de Dimona (Israël) possèdent quelques unes de ses créations. En 1984, son demi-frère, Raymond Bénichou, avait organisé au Centre Rachi à Paris, une exposition rendant hommage à ses talents. Cétait aussi un hommage à la première des femmes peintres juives dAlgérie. Célestine Aboulker a également laissé des contes pour enfants inspirés de la Bible, écrits et illustrés et qui restent à ce jour inédits.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.