Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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ARON Marguerite

1873-1944

Professeur, assassinée à Auschwitz

Marguerite Aron est née à Paris en 1873, dans une famille juive d’origine alsacienne. En 1893, l’année de ses vingt ans,elle est admise dans la treizième promotion de l’École Normale de jeunes filles de Sèvres. Reçue à l’agrégation en 1897, elle est nommée dans différents lycées de province puis à Paris. Dans la capitale, elle enseigne au lycée Molière puis au lycée Victor-Duruy jusqu’à sa retraite en 1933.
En 1912, Marguerite Aron publie le Journal d’une Sévrienne, qui lui vaut un prix de l’Académie française. Proche des milieux catholiques, elle participe l’année suivante à une retraite organisée par le Père Hébert réunissant étudiantes et enseignantes. Elle suit également les conférences données par le Père Hébert au Cercle Veritas. Peu de temps après, elle est baptisée le 20 juin 1944, et demande son admission dans le tiers ordre dominicain. Sa famille accueille mal cette conversion à laquelle est donné un certain retentissement. Plus tard, la mère de Marguerite Aron la suivra dans sa démarche et demandera le baptême avant de mourir en 1916.
Parallèlement à son enseignement, Marguerite Aron rassemble régulièrement un cercle de lycéennes pour les entretenir de la foi catholique. En 1930, elle achète dans la Sarthe une petite maison, voisine de l’abbaye dominicaine de Solesmes, où elle accueille ses élèves et ses amies. Marguerite Aron publie plusieurs travaux sur sa nouvelle foi. Elle réalise notamment une recherche sur les Prêtres et religieux de Notre-Dame de Sion, l’ordre fondé par les frères de Ratisbonne, juifs convertis, dont elle suit les traces en se rendant en Palestine.
Pendant la Seconde guerre mondiale, Marguerite Aron vit dans sa maison près de l’abbaye de Solesmes. Elle tente de nombreuses démarches pour venir en aide à des juifs. Elle-même s’est sans doute déclarée juive lorsque le gouvernement de Vichy l’a demandé et a reçu une étoile jaune à ce moment là : en 1942, elle dit en effet à des amis venus lui rendre visite :
« Impossible que je porte l’étoile ! D’ailleurs ils n’en donnent qu’une, et je suis une femme élégante. Je ne peux sans cesse la coudre et la découdre. Je la garde dans mon tiroir. » Cité par Madeleine Berthon, p. 82.
Le 26 janvier 1944, Marguerite Aron est arrêtée par la Gestapo à Solesmes, alors qu’elle sortait de la messe du matin. Selon le témoignage d’un voisin, elle aurait fait remarquer aux hommes venus l’arrêter qu’elle avait soixante et onze ans. Mais ils n’en tinrent pas compte, et rétorquèrent qu’ils arrêtaient les juifs jusqu’à quatre vingt ans. Toutes les démarches effectuées par le père abbé de Solesmes ne réussissent pas à la sauver. Marguerite Aron est déportée à Auschwitz par le convoi n° 68 qui part de Drancy le 10 février 1944 emmenant mille cinq cent personnes. A leur arrivée au camp trois jours plus tard, mille deux cent d’entre elles sont immédiatement dirigées vers la chambre à gaz. En raison de son âge, Marguerite Aron en fit certainement partie.

Un demi-siècle après sa mort, la biographie de Marguerite Aron a été retracée par son ancienne élève, Madeleine Berthon. Dans la préface de cet ouvrage, De Solesmes à Auschwitz. Marguerite Aron itinéraire d’une Sévrienne, l’historienne Françoise Mayeur note que le nom de Marguerite Aron a été oublié sur la plaque commémorative des anciennes élèves de l’École normale de Sèvres « mortes pour la France ».
Dans le corps de l’ouvrage, on apprend que juste avant la guerre, Marguerite Aron avait donné une conférence intitulée « Le Problème juif devant la conscience catholique ». Le journal La Sarthe qui avait publié cette conférence le 26 mars 1939 l’introduit ainsi :

Melle Aron prévient une objection : catholique militante, elle est d’origine juive. Peut-elle être impartiale ?
Oui. Rien de plus antisémite que le Juif assimilé, qui cherche à se confondre avec la nation adoptée par lui et souffre des défauts de ses coreligionnaires. Il faut être chrétien pour vénérer dans ces défauts mêmes le vestige des dons magnifiques du peuple élu : opiniâtre, ambitieux, optimiste au sein des pires persécutions, jamais vaincu, jamais supprimé, éternel et présent partout, « planté, a dit Léon Bloy, comme une écharde dans la chair des nations.Idem, pp. 74-75

L’article résume ensuite les propos de Marguerite Aron qui appellent instamment à la conversion des juifs :

Y a-t-il une issue à la question juive ?
C’est encore à l’Église qu’il faut le demander.
L’Église a toujours déclaré que dans la survivance et les épreuves singulières du peuple d’Israël, il y a un « mystère ».
On n’éclaircit un mystère que par un autre mystère.
Les Juifs le sentent. Depuis trente ans, beaucoup parmi eux se sont approchés de l’Eglise, de la personne de Jésus, avec un respect et une sympathie nouvelle.
Les conversions vraies, profondes, émouvantes, se sont multipliées et continuent à se multiplier.
Elle font entrevoir que la solution du problème juif est dans la « Réintégration d’Israël » selon la doctrine de Saint-Paul. […]
Et si leur infidélité a été bienfaisante, que ne donnera pas leur réintégration ? Ce sera un enrichissement pour l’église qui alors atteindra sa plénitude apostolique.
Que les catholiques fervents et éclairés s’émeuvent à cette perspective et travaillent de leurs prières, de leurs œuvres, à la conversion d’Israël.Ibidem

Cité par Madeleine Berthon, p. 82.
Idem, pp. 74-75
Ibidem

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.