Résistante, décapitée en prison à StuttgartCest à Kichinev, en Bessarabie, quOlga
(Golda) Bancic est née le 10 mai 1912. La Bessarabie faisait alors
partie de lEmpire russe, avant dêtre occupée
par larmée roumaine en 1917. Olga est la sixième enfant
dune famille juive modeste. Très jeune, elle commence à
travailler comme matelassière et sengage activement dans
des luttes ouvrières. Elle participe à des grèves,
ce qui lui vaut dêtre arrêtée à plusieurs
reprises par la police roumaine et emprisonnée. Elle épouse
un communiste roumain, plus tard membre actif dans la résistance
française sous le nom dAlexandre Jar. Mais auparavant, le
couple sinstalle à Bucarest, où tous deux participent
à lorganisation des jeunes communistes. Olga est à
nouveau arrêtée en 1933, lors de manifestations dénonçant
la montée dHitler au pouvoir. Après plusieurs mois
demprisonnement, elle quitte la Roumanie pour la France.
Elle a vingt-six ans lorsquelle arrive à Paris en 1938. Elle
sengage alors dans laide aux républicains espagnols.
En 1939, elle met au monde une fille quelle appelle Dolorès,
probablement en hommage à la combattante républicaine espagnole,
Dolorès Ibarruri. Lorsque la guerre éclate, Olga demande
à être affectée au mouvement des Francs-tireurs Partisans
Main dOeuvre Immigrée, le F.T.P.M.O.I. Tout juste créé,
ce corps est composé en majorité de juifs étrangers.
Sous le pseudonyme de Pierrette, Olga Bancic y est dabord responsable
dun service de liaison et gère ensuite le dépôt
darmement et la distribution des armes aux combattants en se rendant
sur le lieu des affrontements. Son mari est également un membre
actif du F.T.P.M.O.I. Par mesure de sécurité, le couple
décide de vivre séparé et de mettre à labri
leur fille Dolorès en la confiant à une famille française.
Olga peut ainsi se consacrer à son action avec abnégation
et courage, comme en témoignent plus tard ses compagnons de lutte,
Arsène Tchakarian, Simon Rayman et Boris Holban : « Sa ponctualité,
sa vigilance, mais aussi son sourire, lumineux, aidèrent les combattants
dans des moments décisifs. »
Le 16 novembre 1943, Olga est arrêtée rue du Docteur Brousse
à Paris par une brigade spéciale de la préfecture,
en même temps que Marcel Rayman et Josef Svec. Au total soixante-huit
membres des F.T.P.M.O.I. sont interpellés et vingt-trois dentre
eux sont emprisonnés pour être jugés. Avant le procès,
des milliers dexemplaires de « lAffiche rouge »
montrant le visage de dix dentre eux sont placardés dans
tout Paris. Olga Bancic, qui ne figure pas sur lAffiche rouge, est
la seule femme parmi les vingt-trois membres du groupe de Missak Manouchian
alors jugés. Le 19 février 1944, elle est condamnée
à mort comme ses compagnons, par une cours martiale allemande réunie
à Paris. Deux jours plus tard, les vingt-deux hommes du groupe
Manouchian sont fusillés au Mont Valérien tandis quOlga
est transférée en Allemagne. Emprisonnée à
Stuttgart, elle est décapitée à la hache le 10 mai
1944, le mois de son trente deuxième anniversaire.
Avant de mourir, elle avait écrit une lettre à remettre
à sa fille. Simplement adressée à « La Croix
Rouge Française », et jetée au hasard pendant son
transport vers la mort, cette missive datée du 9 mai 1944 est
bien parvenue à la Croix-Rouge. Une copie nous en a été
adressée par Alain Simonnet qui sest attaché à
retrouver toutes les traces qui pouvaient concerner Olga Bancic et dautres
étrangères engagées dans la Résistance.
Le français de Olga Bancic nest pas toujours sûr,
mais dautant plus émouvant, lorsquelle écrit
: « Chère Madame. Je vous prie de bien vouloir remettre
cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après
la guerre. Cest le dernier désir dune mère
qui va vivre encore 12 heures. Merci. » 
A lintérieur de lenveloppe allemande réglementaire, la lettre adressée par Olga Bancic à sa fille, retranscrite correctement :
Ma chère petite fille, mon cher petit amour.
Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère
petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.
Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je
meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que
demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère.
Tu nauras plus à souffrir. Sois fière de ta mère,
mon petit amour. Jai toujours ton image devant moi.
Je vais croire que tu verras ton père, jai lespérance
que lui aura un autre sort. Dis-lui que jai toujours pensé
à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cur.
Tous les deux vous mêtes chers. Ma chère enfant,
ton père est, pour toi, une mère aussi. Il taime
beaucoup.
Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je
finis ma lettre avec lespérance que tu seras heureuse pour
toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde.
Je vous embrasse de tout mon cur, beaucoup, beaucoup.
Adieu mon amour.
Ta mère.
LUnion des Résistants et Déportés juifs de France a voulu rendre hommage à cette victime, symbole des femmes étrangères engagées volontaires dans la Résistance. A la demande de lUnion, une plaque à la mémoire dOlga Bancic réalisée par la Ville de Paris a été apposée en 1995 sur un des murs du Carré des fusillés du cimetière dIvry, juste derrière les tombes de ses camarades de combat, Missak Manouchian et Marcel Rayman. Quatre ans plus tard, le 26 octobre 1999, lors dune cérémonie à lécole militaire de Paris, le Conseil supérieur de la Mémoire auprès du président de la République a honoré la mémoire dOlga Bancic avec celle de cinq autres résistants, Jean Moulin, Jean Eboué, Pierre Brossolette et lamiral Le Trolley de Prévaux.
Boris Holban, p. 123.
Olga Bancic avait écrit (en mauvais français) : "Cher madamme. Je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. Ce la derniere desire d'une mère, qui va vivre encore 12 heurs. merci." Copie de la lettre fournie par Alain Simonnet.
Lettre d'Olga Bancic, citée par Diamant.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.