Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Olga Bancic

Cimetière d'Ivry - Cliché Alain imonnet

BANCIC Olga

1912-1944

Résistante, décapitée en prison à Stuttgart

Résistante, décapitée en prison à StuttgartC’est à Kichinev, en Bessarabie, qu’Olga (Golda) Bancic est née le 10 mai 1912. La Bessarabie faisait alors partie de l’Empire russe, avant d’être occupée par l’armée roumaine en 1917. Olga est la sixième enfant d’une famille juive modeste. Très jeune, elle commence à travailler comme matelassière et s’engage activement dans des luttes ouvrières. Elle participe à des grèves, ce qui lui vaut d’être arrêtée à plusieurs reprises par la police roumaine et emprisonnée. Elle épouse un communiste roumain, plus tard membre actif dans la résistance française sous le nom d’Alexandre Jar. Mais auparavant, le couple s’installe à Bucarest, où tous deux participent à l’organisation des jeunes communistes. Olga est à nouveau arrêtée en 1933, lors de manifestations dénonçant la montée d’Hitler au pouvoir. Après plusieurs mois d’emprisonnement, elle quitte la Roumanie pour la France.
Elle a vingt-six ans lorsqu’elle arrive à Paris en 1938. Elle s’engage alors dans l’aide aux républicains espagnols. En 1939, elle met au monde une fille qu’elle appelle Dolorès, probablement en hommage à la combattante républicaine espagnole, Dolorès Ibarruri. Lorsque la guerre éclate, Olga demande à être affectée au mouvement des Francs-tireurs Partisans Main d’Oeuvre Immigrée, le F.T.P.M.O.I. Tout juste créé, ce corps est composé en majorité de juifs étrangers. Sous le pseudonyme de Pierrette, Olga Bancic y est d’abord responsable d’un service de liaison et gère ensuite le dépôt d’armement et la distribution des armes aux combattants en se rendant sur le lieu des affrontements. Son mari est également un membre actif du F.T.P.M.O.I. Par mesure de sécurité, le couple décide de vivre séparé et de mettre à l’abri leur fille Dolorès en la confiant à une famille française. Olga peut ainsi se consacrer à son action avec abnégation et courage, comme en témoignent plus tard ses compagnons de lutte, Arsène Tchakarian, Simon Rayman et Boris Holban : « Sa ponctualité, sa vigilance, mais aussi son sourire, lumineux, aidèrent les combattants dans des moments décisifs. »Boris Holban, p. 123.
Le 16 novembre 1943, Olga est arrêtée rue du Docteur Brousse à Paris par une brigade spéciale de la préfecture, en même temps que Marcel Rayman et Josef Svec. Au total soixante-huit membres des F.T.P.M.O.I. sont interpellés et vingt-trois d’entre eux sont emprisonnés pour être jugés. Avant le procès, des milliers d’exemplaires de « l’Affiche rouge » montrant le visage de dix d’entre eux sont placardés dans tout Paris. Olga Bancic, qui ne figure pas sur l’Affiche rouge, est la seule femme parmi les vingt-trois membres du groupe de Missak Manouchian alors jugés. Le 19 février 1944, elle est condamnée à mort comme ses compagnons, par une cours martiale allemande réunie à Paris. Deux jours plus tard, les vingt-deux hommes du groupe Manouchian sont fusillés au Mont Valérien tandis qu’Olga est transférée en Allemagne. Emprisonnée à Stuttgart, elle est décapitée à la hache le 10 mai 1944, le mois de son trente deuxième anniversaire.

Avant de mourir, elle avait écrit une lettre à remettre à sa fille. Simplement adressée à « La Croix Rouge Française », et jetée au hasard pendant son transport vers la mort, cette missive datée du 9 mai 1944 est bien parvenue à la Croix-Rouge. Une copie nous en a été adressée par Alain Simonnet qui s’est attaché à retrouver toutes les traces qui pouvaient concerner Olga Bancic et d’autres étrangères engagées dans la Résistance. Le français de Olga Bancic n’est pas toujours sûr, mais d’autant plus émouvant, lorsqu’elle écrit : « Chère Madame. Je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. C’est le dernier désir d’une mère qui va vivre encore 12 heures. Merci. » Olga Bancic avait écrit (en mauvais français) : "Cher madamme. Je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. Ce la derniere desire d'une mère, qui va vivre encore 12 heurs. merci." Copie de la lettre fournie par Alain Simonnet.

A l’intérieur de l’enveloppe allemande réglementaire, la lettre adressée par Olga Bancic à sa fille, retranscrite correctement :

Ma chère petite fille, mon cher petit amour.
Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serai plus.
Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi.
Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon cœur. Tous les deux vous m’êtes chers. Ma chère enfant, ton père est, pour toi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup.
Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec l’espérance que tu seras heureuse pour toute ta vie, avec ton père, avec tout le monde.
Je vous embrasse de tout mon cœur, beaucoup, beaucoup.
Adieu mon amour.
Ta mère.Lettre d'Olga Bancic, citée par Diamant

L’Union des Résistants et Déportés juifs de France a voulu rendre hommage à cette victime, symbole des femmes étrangères engagées volontaires dans la Résistance. A la demande de l’Union, une plaque à la mémoire d’Olga Bancic réalisée par la Ville de Paris a été apposée en 1995 sur un des murs du Carré des fusillés du cimetière d’Ivry, juste derrière les tombes de ses camarades de combat, Missak Manouchian et Marcel Rayman.
Quatre ans plus tard, le 26 octobre 1999, lors d’une cérémonie à l’école militaire de Paris, le Conseil supérieur de la Mémoire auprès du président de la République a honoré la mémoire d’Olga Bancic avec celle de cinq autres résistants, Jean Moulin, Jean Eboué, Pierre Brossolette et l’amiral Le Trolley de Prévaux.

Boris Holban, p. 123.Boris Holban, p. 123.
Olga Bancic avait écrit (en mauvais français) : "Cher madamme. Je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à  ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. Ce la derniere desire d'une mère, qui va vivre encore 12 heurs. merci." Copie de la lettre fournie par Alain Simonnet. Olga Bancic avait écrit (en mauvais français) : "Cher madamme. Je vous prie de bien vouloir remettre cette lettre à ma petite fille Dolorès Jacob après la guerre. Ce la derniere desire d'une mère, qui va vivre encore 12 heurs. merci." Copie de la lettre fournie par Alain Simonnet.
Lettre d'Olga Bancic, citée par Diamant.Lettre d'Olga Bancic, citée par Diamant.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.