Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Denise Baumann

Denise Baumann

BAUMANN Denise

1921-1988

Résistante et témoin sur la Shoah

Denise Baumann est née en 1921 à Vitry-le-François, dans la Marne, où vivent ses parents, tous deux de familles juives alsaciennes ayant choisi la France en 1870. Son père était libre penseur, sa mère, plus respectueuse des traditions religieuses. Elle a une sœur aînée, Simone.
A la fin des années trente, Denise Baumann est étudiante en lettres et participe à des manifestations anti-fascistes. Mais au début de l'occupation allemande, elle doit interrompre ses études et se réfugier à la Ferté-sous-Jouarre avec sa famille. En 1943, atteinte de pneumonie, Denise se sépare de ses parents pour se faire soigner à Pau. Elle ne reverra plus jamais aucun membre de sa famille : son père, sa mère, sa sœur son mari et leur trois petites filles seront arrêtés, internés à Drancy et déportés sans retour à Auschwitz.
Pendant la guerre, pour gagner sa vie, Denise est d'abord monitrice dans une maison d'enfants de l'O.S.E. Mais elle réalise rapidement qu'il faut mettre en place d'autres moyens pour sauver les enfants. Elle entre alors dans la clandestinité et rejoint dans un premier temps, le réseau de résistance juive dit " Réseau Garel " Du nom de l'ingénieur Georges Garel, dont le réseau assure notamment la dispersion des enfants juifs, en les confiant à des institutions scolaires laïques mais surtout chrétiennes, et à des familles où elle est agent de liaison. Elle participe ensuite aux actions du Mouvement national contre le racismeEn 1949, le M.N.C.R. deviendra le M.R.A.P., Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et pour la paix. En 1977, il devient, le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les peuples. . Par modestie, Denise Baumannn n'a pas confié à ses proches davantage de détails sur ses activités de résistante.
Après la guerre, elle reprend ses études et devient Conseillère d'orientation. Elle entre ainsi au Service d'orientation professionnelle de l'O.S.E. qui avait fusionné avec le service d'accueil et d'information du Service social des Jeunes (S.S.J.). Ce service d'orientation professionnelle (O.P.) s'est plus particulièrement occupé des enfants orphelins de la Shoah. Denise Baumann y travaille avec Denise Kahn qui avait été appelée par le professeur Eugène Minkowski, médecin de l'O.S.E., à diriger ce service à sa création. Au fil des ans, l'O.P. a largement débordé le cadre de la communauté juive, et il a été reconnu par les services sociaux laïques et religieux de toutes obédiences.
Denise Baumann continue à se former professionnellement. Elle passe un diplôme de psycho-pathologie, puis elle est appelée, en 1956, à diriger le Centre d'Orientation de la Caisse d'Allocation familiales de Paris. Elle développe ce service en y introduisant des consultations familiales et psychologiques et le dirige jusqu'à sa retraite en 1982.
Elle n'oublie jamais la disparition des siens, et à côté de son travail, elle est un membre actif de l'Association des Fils et Filles de déportés juifs de France (F.F.D.J.F.). Elle soutient les actions de Serge Klarsfeld, président de cette association, qui dédicacera son second ouvrage.
Le premier ouvrage de Denise Baumann, Une famille comme les autres, paraît en 1973. Quarante ans après la disparition des siens, elle rassemble dans cet ouvrage les lettres que les membres de sa famille, tous disparus, ont écrites pendant l'occupation. Mais c'est plus qu'un simple recueil de lettres : elle les annote et les fait précéder d'explications mettant en lumière les méthodes nazies et vichyssoises de destruction des juifs.
Son deuxième ouvrage parait en 1988, peu de temps avant son décès. C'est La mémoire des oubliés. Grandir après Auschwitz, une enquête sur les diverses réactions des survivants de la Shoah interrogés plus de quarante après la fin de la guerre. Elle y décrit notamment l'attitude de ces hommes et de ces femmes face à leurs enfants et leurs petits enfants, se demandant s'il fallait leur inculquer le malheur qui les avait frappés dans leur enfance. Ce fut une enquête longue et difficile, conduite avec la F.F.D.J.F., la première à être menée systématiquement auprès des rescapés de la Shoah. Pour la mener à bien elle envoya quatre cent questionnaires. Elle en reçut cent en retour, et les compléta dans la mesure du possible par des entretiens personnels. Ce travail de Denise Baumann reste une référence sur le devenir des rescapés de la Shoah. C'est un élément de transmission exceptionnel, souvent utilisé par les enseignants.
Les personnes qui ont connu Denise Baumann appréciaient son amitié chaleureuse et sa générosité. Elle se savait malade, et avait préparé sa succession par testament en créant une fondation individualisée au nom de ses parents : la fondation Renée et Léon Baumann, et une bourse Denise Baumann, toutes deux gérées par la Fondation du Judaïsme français.
Après une longue maladie, elle décède à Paris le 20 août 1988. Quelques mois plus tard, comme elle l'avait souhaité, ses amis se réunissent le jour de son anniversaire, le 16 octobre 1988, pour écouter ensemble la musique qu'elle aimait. La rencontre se déroulait au centre communautaire israélite du Boulevard Poissonnière, et plus de trois cent personnes s'étaient réunies pour entendre sa musique préférée, Mozart et Albinoni.

Tirés d'Une famille comme les autres, deux courts extrait donnent le ton de l'ouvrage : celui d'une analyse minutieuse de témoignages sur cette 'époque, et celui de l'humanité profonde de Denise Baumann. Dans ce commentaire particulier, elle explique le dilemme des " missionnaires ", ces personnes choisies par les S.S. pour qu'ils persuadent leurs parents de les rejoindre à Drancy :

Brunner, mettant en pratique les méthodes des camps allemands, créé le " bureau des missions ", début juillet. Les S.S. choisissent les internés ayant leur famille à Drancy et, sous la menace de la déportation immédiate de celle-ci, leur fait exécuter des " missions ". il s'agit généralement de persuader des personnes encore libres de rejoindre Drancy dans l'intérêt de leur parents prisonniers et dans le leur. Albert W. avec sa femme et ses trois petites filles, dans un Drancy coupé du reste du monde, est une victime toute désignée. […]
Trente ans après qu'Albert W. accepta le marché, il est facile de le juger sévèrement. En avons-nous le droit ? A sa place, croyant sauver non sa vie, mais celle de ses enfants, comment aurions-nous agi ? Denise Baumann, 1973, pp. 138-139.

La lettre citée, écrite de Drancy le 13 août 1943, est celle de Simone W., la femme du " missionnaire " précédemment évoqué. Elle est adressée à Madame Papillon, une aide-ménagère devenue une amie sûre et efficace, grâce à qui une partie des lettres familiales furent conservées. Sachant que les adresses des correspondants sont relevées, elle écrit à cette amie chrétienne afin de ne pas risquer l'arrestation d'autres membres juifs de sa famille et tente de la persuader que les conditions du camp sont supportables :

Nous allons tous les cinq aussi bien que possible. Francine devient une grande poupée, elle a dix-sept mois aujourd'hui. Comme le temps passe ! Elle commence à bien trotter ; elle marche en se tenant à son petit lit et en fait le tour… Ses deux grandes sœurs sont très diables, et heureusement que les maîtresses les gardent une bonne partie de la journée dans une cour à l'air, on en est débarrassés. Surtout que nous sommes au troisième étage du bloc.
On vient d'emménager il y a quelques jours dans les locaux repeints, toutes les femmes au troisième, et les hommes au premier et deuxième. Mon mari est au premier étage. Nous sommes assez bien : 12 par chambre, cela va. Mon mari occupe mon ancienne chambre de la pouponnière autrefois. Il travaille toute la journée et a peu de temps de libre, aussi m'a t-il chargée d'écrire sa lettre à sa place.
Je vais vous donner sur celle-là toutes les indications pour l'envoi des colis Courrier et colis servent à repérer les adresses de familles juives encore libres, afin de les arrêter sous prétexte de regroupement familial. Cette fois, les internés ont compris et n'écrivent plus directement. Lors des interrogatoires de Brunner et de ses S.S., ils donnent de fausses adresses ou " ne savent pas ", ce qui fait dire à Brunner, furieux, : " Il n'y a que des orphelins dans ce camp ! ", note faisant partie de l'ouvrage de D. Baumann. que vous voudrez bien nous envoyer. Nous sommes beaucoup mieux nourris maintenant, la soupe est bonne, mais les colis sont toujours les bienvenus ! Denise Baumann, 1973, op. cit., pp. 152-153.

Du nom de l'ingénieur Georges Garel, dont le réseau assure notamment la dispersion des enfants juifs, en les confiant à des institutions scolaires laïques mais surtout chrétiennes, et à des familles Du nom de l'ingénieur Georges Garel, dont le réseau assure notamment la dispersion des enfants juifs, en les confiant à des institutions scolaires laïques mais surtout chrétiennes, et à des familles
En 1949, le M.N.C.R. deviendra le M.R.A.P., Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et pour la paix. En 1977, il devient, le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les peuples. En 1949, le M.N.C.R. deviendra le M.R.A.P., Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et pour la paix. En 1977, il devient, le Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les peuples.
Denise Baumann, 1973, pp. 138-139. Denise Baumann, 1973, pp. 138-139.
Courrier et colis servent à repérer les adresses de familles juives encore libres, afin de les arrêter sous prétexte de regroupement familial. Cette fois, les internés ont compris et n'écrivent plus directement. Lors des interrogatoires de Brunner et de ses S.S., ils donnent de fausses adresses ou " ne savent pas ", ce qui fait dire à Brunner, furieux, : " Il n'y a que des orphelins dans ce camp ! ", note faisant partie de l'ouvrage de D. Baumann. Courrier et colis servent à repérer les adresses de familles juives encore libres, afin de les arrêter sous prétexte de regroupement familial. Cette fois, les internés ont compris et n'écrivent plus directement. Lors des interrogatoires de Brunner et de ses S.S., ils donnent de fausses adresses ou " ne savent pas ", ce qui fait dire à Brunner, furieux, : " Il n'y a que des orphelins dans ce camp ! ", note faisant partie de l'ouvrage de D. Baumann.
Denise Baumann, 1973,</i>op. cit., pp. 152-153. Denise Baumann, 1973,op. cit., pp. 152-153.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.