Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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BENDAHAN Blanche

1903-1975

Femme de lettres

Blanche Bendahan est née le 23 novembre 1903 à Oran, en Algérie, dans une famille juive originaire de la ville maroco-espagnole de Tétouan. Elle passe une grande partie de son enfance en France.

En 1926, elle fait paraître à Lyon un premier recueil poétique, La voile sur 1'eau. Quatre ans plus tard, le roman Mazaltob qui paraît à Paris est récompensé par un prix de l'Académie Française. Avec Elissa Rhais, Blanche Bendahan une des toutes premières juives d'Algérie à traiter de la condition de la femme juive dans le roman. Mazeltob, le prénom de l'héroïne qui sert aussi de titre au roman, signifie " bonne chance " en hébreu. Mais la chance n'est pas vraiment le lot de la jeune femme qui incarne le sort malheureux de jeunes juives d'Afrique du Nord mariées contre leur gré à des hommes riches, beaucoup plus âgées qu'elles. L'originalité de Blanche Bendahan est de décrire avec beaucoup de précision les anciennes mœurs et coutumes des juifs de Tétouan. Plus apprécié par les lecteurs de la métropole que par les juifs d'Algérie, Mazeltob ne sera réédité à Oran que vingt-huit ans après sa première parution.
En 1948, Blanche Bendahan est récompensée par le Prix de l'humour français pour ses Poèmes en short. Un second recueil, Poèmes du Mzab, obtient une médaille au prix franco-suisse Jean Martel. Dans un dernier roman, Sous les soleils qui ne brillent plus, publié huit ans après l'indépendance de l'Algérie, elle s'attache, comme beaucoup d'écrivains natifs de son pays, au thème de l'exil. Cette dernière œuvre reçoit le Prix de la ville de Nice où Blanche Bendahan finit sa vie et où elle décède le 21 juillet 1975.

Elle était Officier de l'Instruction publique et Commandeur des Arts, des Sciences et des Lettres. Blanche Bendahna avait créé au sein de la Société des gens de lettres de France, un prix de poésie à son nom.

Son poème " L'Odeur du Sud ", célèbre son Algérie natale

Cette odeur d'absinthe sauvage
Que le vide roux du désert dégage
Le matin, le soir, toujours,
C'est l'odeur du sud. Elle vous envoûte
Versant dans l'âme, goutte à goutte,
Et l'oubli de la haine et l'oubli de l'amour.

C'est comme l'odeur du silence
Qu'elle sait tuer la souffrance
Et nos désirs hurluberlus !
Et tous ces vains espoirs qui nous rendaient serviles
Là-bas, très loin, en d'autres villes
Qui nous semblent n'exister plus !

Etrange odeur du sud changeant d'inflexion
Suivant que dans le rêve ou la passion
La nuit ou le jour se démonte !
Elle fait oublier cet horizon sans heurt,
Et les rochers sans sources et ces terres sans fleurs
Et cette immensité que nulle ombre ne troue.

D'autres parfums, plus doux, quelquefois nous enlacent
Mais pourraient-ils avoir cette saveur d'espace, cette pureté
qu'on bénit ?
Odeur du sud odeur que jamais on n'oublie
Blanche comme la mort, rouge comme la vie et vierge comme
l'infini ! Blanche Bendahan, 1955, p. 18.

renvoi 1 Blanche Bendahan, 1955, p. 18.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.