Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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BENICHOU Marguerite née Zermati

1902-1995

Conférencière et journaliste d'Algérie

Marguerite Zermati naît à Alger en 1902, dans le foyer de Clémentine Aboulker et de Moïse Zermati. Son grand-père paternel est un des rabbins éminents de la ville. A l'instar des autres femmes de la bourgeoisie juive d'Algérie, Marguerite reçoit une bonne éducation française. Elle a dix-huit ans quand elle épouse, en1920, l'écrivain philosophe Raymond Bénichou, frère de Berthe Bénichou-Aboulker*. Marguerite et Raymond Bénichou auront deux enfants : Adeline et Marcel.
Au début des années vingt, Marguerite Bénichou est membre de la Société des conférences juives d'Alger. Elle intervient sur des écrivains contemporains comme Armand Lunel ou Israël Zangwill. Les textes de ses conférences paraissent dans les Bulletins de la Société. Elle écrit également pour divers journaux locaux : L'Africain qui publie plusieurs de ses contes et Messages d'Israël qui diffuse ses poèmes. A partir de 1955, Marguerite Bénichou est chargée de la rubrique de critique littéraire du journal algérois Information juive. Elle collabore ponctuellement à la revue Mahberet qui paraît à Jérusalem. Contrainte comme d'autres à quitter l'Algérie en 1962, elle s'installe à Lyon. Elle s'adonne alors principalement à la peinture, en tant qu'amateur Elle termine sa vie dans cette ville en 1995.
Son fils, Marcel Bénichou, nous a aimablement communiqué des contes et des articles écrits par sa mère. Nous avons choisi ces quelques lignes de " Petite chronique d'un temps révolu ". Un article qui fut d'abord publié en 1957 à Alger, dans Information juive, puis repris dix ans plus tard par La Voix Sépharade de Lyon. D'une plume alerte et chargée d'émotion, Marguerite Bénichou fait revivre l'atmosphère de la maison de son grand-père lorsqu'il reçut à Alger en 1908 la visite d'un rabbin-quêteur de Palestine :

La belle saison nous ramenait le rabbin de Jérusalem. Comment nous arrivait-il ? Par quels moyens ? Nous ne pouvions l'imaginer autrement qu'à pied , oui, " à pied " depuis la terre de Chanaan, c'est ainsi que s'inscrivait dans nos cervelles enfantines le prodigieux voyage. […]
Ce n'était pas toujours le même rabbin et tous, peut-être, n'étaient pas si démunis, mais une seule image où se fondent toutes les autres gît très loin dans mes souvenirs, et celle-là ne me rend, les décennies écoulées, qu'une impression où s'emmêlent misère, vieillesse et noblesse. […]
Grand-père et son saint compagnon prenaient l'allée des bananiers, à vrai dire, d'allée il n'y en avait point, sauf une petite côte où deux personnes pouvaient à peine tenir de front ; quant aux bananiers, mon grand-père en avait planté neuf, tout autant qu'il avait d'enfants : il en faisait, en montant, les honneurs à son hôte, avec une souriante urbanité, comme s'il présentait ses enfants. Déjà parvenaient à nos oreilles curieuses un dialogue d'arabe et d'hébreu dont nous ne comprenions goutte. Dodelinant du chef, l'un sous son turban sans âge, l'autre sous son cronstadt de feutre noir, ils s'entretenaient avec force gestes et acquiescements, ponctuant de courtes pauses leurs démarches incertaines.
L'enfance est irrévérencieuse : l'envie nous démangeait d'aller émietter dans les draps frais ces boules que nous appelions " poil à gratter " : et nous l'eussions fait sans vergogne, s'il ne se fût agi de tout autre que ce rabbi, de si loin venu. Les égards de grand-père pour cet homme si las, si misérable, et pas seulement les égards, mais la joie, la jubilation nous confondaient. Juda ZERMATI, maître et prêtre en sa demeure, courbait la tête devant le regard pâli, auréolé de trachome ! Et tout s'évanouissait de nos intentions farceuses, nous étouffions nos rires dans un calme inhabituel, participant par un silence insolite à tout ce cérémonial. […]
Assis en face de son hôte, la calotte de velours de guingois, les yeux mi-clos, les mains croisées sur un gilet haut-boutonné, grand-père se sentait tout éclaboussé de merveilleux, à ouïr la voix monocorde, embrumée, qui parlait (nous le sûmes plus tard), de ce petit pays où ne coulait plus ni le miel, ni le lait, mais seulement des larmes de pauvres rabbins venus de tous les coins du monde pour cogner leurs fronts obstinés aux dernières pierres du Temple…Marguerite Bénichou, 1967, pp. 17-18.

Marguerite Bénichou, 1967, pp. 17-18. Marguerite Bénichou, 1967, pp. 17-18.

Bibliographie :