Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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BENMUSSA Simone

1932-2001

Metteur en scène et femme de lettres

Simone Benmussa est née en 1932 à Tunis où on père est médecin. Sa famille est française, juive et peu pratiquante. La jeune fille poursuit sa scolarité dans l'institution privée catholique Notre-Dame de Sion, d'abord à Tunis, puis à Paris où la famille s'installe après l'indépendance de la Tunisie en 1956.
Passionnée de théâtre, Simone Benmussa commence à travailler comme conseillère littéraire de la Compagnie Renaud-Barrauld. Elle anime des conférences-spectacles au théâtre de l'Odéon et assume en même temps la fonction de rédactrice en chef des Cahiers Renaud-Barrault jusqu'à leur disparition en 1989.
En 1968, Jean-Louis Barrault n'est plus chargé de la direction du théâtre de l'Odéon. Simone Benmussa quitte alors elle aussi ce théâtre. Pendant deux ans, de 1969 à 1970, elle va diriger l'Action théâtrale. Elle retrouve ensuite les Madeleine Renaud et Jean Louis Barrault au théâtre d'Orsay puis au Rond-Point. En 1976, Simone Benmussa réalise sa première mise en scène au théâtre du Petit Orsay avec Le Portrait de Dora d'Hélène Cixous. C'est le début d'une longue série de spectacles toujours attachés à une grande exigence littéraire. Elle adapte ensuite et met en scène Apparences de James Joyce et La vie singulière d'Albert Nobbs en 1979, puis plus tard, La voix humaine de Jean Cocteau en 1989. Particulièrement attachée aux textes de Nathalie Sarraute*, Simone Benmussa adapte son autobiographie Enfance en 1984 et Pour un oui pour un non en 1988. Elle fait également paraître des entretiens qu'elle a eus avec Nathalie Sarraute.
Affaiblie par plusieurs années de maladie, Simone Benmussa s'éteint à Paris le 5 juin 2001, à l'âge de soixante-neuf ans. Ericka Kralik, sa compagne, fait paraître l'annonce de son décès dans le journal Le Monde. Ses parents, le docteur Maurice Mussat et son épouse font de même. Le Monde, 8 juin 2001, le carnet.

En 1976, les Nouveaux Cahiers consacraient un numéro spécial aux femmes juives. Simone Benmussa y répondait aux questions de Jacqueline Sudaka sur les réactions de sa famille face à son célibat :

Et même dans les fêtes de famille, quand on me disait " à l'année prochaine ", c'était toujours " à l'année prochaine, mariée ". C'était un tic familial, une expression toute faite. On m'a toujours présentée à des gens abominables, inregardables mais c'était des maris possibles. Sans mêmes me dire " quel est ton goût ? ". On me présentait. Quand n fait une distribution au théâtre, on choisit, on connaît le style des gens, là, pas du tout [...]
Je ne voulais pas avoir d'enfant. Je me sens si déracinée qu'il n'y a pas de trace que je veuille laisser. Ce n'est pas un hasard que je sois dans le théâtre qui est le lieu de l'éphémère. J'ai le désir d'écrire, mais je n'écris pas, ou je ne finis jamais [...] C'est une question qui me déchire. Les traces, je n'en veux pas derrière moi. Je déteste le passé. L'avenir, on a peur, et le présent est toujours difficile à vivre. Je ne sais pas si cette angoisse est juive ou pas, sans doute. La diaspora, c'est vraiment le " sans-racine ", cette contradiction entre le désir de se regrouper, et la nécessité de se disperser. JacquelineSudaka, p. 91.

En 1979, Simone Benmussa avait également répondu aux questions de Jean Liberman dans le cadre d'une enquête sur les femmes juives face au courant féministe lancée par l'hebdomadaire juif Presse Nouvelle :

Chaque fois que je fais quelques chose, on me dit que c'est féministe : outre Dora, on l'a dit à propos de La Traversé du temps perdu et de La vie singulière d'Albert Nobbs... Au départ ce doit être un hasard, mais je réagis sans doute en tant que femme et juive... quoi que je fasse.
J'ai aussi de grandes affinités avec Kafka qui n'est pas femme mais qui est juif ou avec une Nathalie Sarraute également femme et juive.[...]
Sans doute les prescriptions de cette Loi étaient-elles nécessaires à l'origine, mais le texte de la Bible me paraît plus important que la religion. Et je me sens dans ce texte là. De plus quelquefois, par exemple vis-à-vis de l'histoire de Jeanne d'Arc, je ne me sens pas française. Alors, d'où suis-je ? Finalement, c'est être doublement, triplement, voire quadruplement marginale que d'être à la fois femme et juive. Jean Liberman, p. 5.

Le Monde, 8 juin 2001, le carnet. Le Monde, 8 juin 2001, le carnet.
JacquelineSudaka, p. 91. JacquelineSudaka, p. 91.
Jean Liberman, p. 5. Jean Liberman, p. 5.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.