Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Sarah Bernhardt

BERNHARDT Sarah

pseudonyme de Henriette Rosine Bernard

1844-1923

Actrice

Henriette Rosine Bernard est née à Paris, le 22 octobre 1844. Sa mère, Judith Youle Van Hard, juive originaire d'Amsterdam, s'installe à Paris au début des années 1840 avec sa sœur. Les deux jeunes femmes vivent davantage de leurs charmes que de leur art musical. Henriette Rosine est reconnue à sa naissance par l'amant de sa mère, Edouard Bernard. Sa mère aura plusieurs autres enfants nés de père inconnu. Henriette Rosine est d'abord placée chez une nourrice. Elle reçoit ensuite une éducation chrétienne au couvent de Grands-champs à Versailles où elle est baptisée. Elle y est pensionnaire jusqu'à l'âge de quatorze ans. De retour à Paris elle suit des cours au Conservatoire.

Sarah Bernhardt commence sa carrière d'actrice en 1862 par des prestations peu remarquées à la Comédie française, puis au théâtre du Gymnase. Mais elle est déjà une femme libre et indépendante dont la beauté est saluée par de très nombreux admirateurs. Elle met au monde son fils, Maurice en 1864, sans père déclaré. L'actrice connaît son premier triomphe cinq ans plus tard, en 1869, lorsqu'elle joue dans Le Passant de François Coppée, au théâtre de l'Odéon. Dès lors, la gloire et le succès ne la quitteront plus. Riche et adulée, elle s'autorise toutes les extravagances mais aussi toutes les générosités. Pendant la guerre de 1870 contre les Prussiens, elle prend la tête de l'action humanitaire et transforme le théâtre de l'Odéon en hôpital de campagne.

En 1872, elle entre à la Comédie française qu'elle quitte après un procès retentissant. Sarah Bernhardt monte alors sa propre compagnie théâtrale. Les tournées triomphales se succèdent dans le monde entier, en France, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Australie... En 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance, puis rachète le théâtre des Nations auquel elle donne son nom et qu'elle dirigera jusqu'à sa mort. Travestie en homme, elle y joue Hamlet de Shakespeare, Lorenzaccio de Musset. Elle crée l'Aiglon de Rostand, un personnage de vingt et un ans, alors qu'elle-même est âgée de cinquante-cinq ans ! En 1898, après la parution du " J'accuse " d'Emile Zola, elle prend fait et cause pour le capitaine Dreyfus. Ce soutien lui vaut une virulente campagne antisémite où fleurissent les caricatures de la " Sarah Barnum ".

Au début du XXe siècle, elle se produit au cinéma. Héroïne de plusieurs films, elle joue notamment dans La Dame aux Camélias d'André Calmette en 1911. En 1915, l'amputation d'une jambe gangrenée ne réussit pas à lui faire quitter la scène. Elle jouera jusqu'au bout, et décède d'une crise d'urémie à Paris le 26 mars 1923, à l'âge de quatre-vingts neuf ans. Cinquante mille Parisiens suivent ses funérailles. Elle avait été nommée Chevalier de la Légion d'honneur à la veille de la Première guerre mondiale. Elle avait posé pour de nombreux peintres et photographes, notamment pour Naddar qui fit d'elle de magnifiques portraits.

Vingt ans après sa mort, les Allemands occupent Paris. Ils traquent les juifs et les demi-juifs et s'en prennent même aux défunts. Ils débaptisent le théâtre Sarah Bernhardt et font retirer sa statue de la place Malesherbes. Après la guerre, en 1946, l'émission d'un timbre à son effigie la réintègre au rang des gloires nationales.

Consacré par le théâtre et le cinéma, Sarah Bernhardt avait aussi quelques talents de sculpteur et d'écrivain. Elle avait écrit des poèmes, des pièces de théâtre et un essai sur sa profession d'actrice. Elle publia aussi ses mémoires, Ma double vie, dans lesquels elle reste discrète sur ses origines juives. Origines qu'elle avait par ailleurs revendiquées publiquement.

Son art théâtral étant difficile à illustrer ici, voici un court poème, " Fatalité ", qui lui est attribué dans un recueil consacré aux Poétesses du peuple de la Bible :

Pour mieux vivre, sans hâte,
Au milieu du silence,
Dans la paix solitaire
Où Dieu mûrit les cœurs,
J'aurais voulu cueillir,
Lorsque le cœur s'élance,
Cet instant frêle et pur
Où s'éveillent les fleurs.
La lumière a jeté,
Dans les espaces vides,
Ses ondes sans limite
Et le défi du feu :
Dans ce voyage blanc
où nous irons sans guides,
nous ne gagnerons pas
sans jouer notre jeu. Cité dans Paul V. Lebourg, Poétesses du peuple de la Bible et du Décalogue, Paris, éd. La Menora, 1954, p.12.

Cité dans Paul V. Lebourg, Poétesses du peuple de la Bible et du Décalogue, Paris, éd. La Menora, 1954, p.12. Cité dans Paul V. Lebourg, Poétesses du peuple de la Bible et du Décalogue, Paris, éd. La Menora, 1954, p.12.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.