France Bloch est née à Paris, le 21 février 1913, dans
une famille d'intellectuels juifs. Son père, Jean-Richard Bloch,
écrivain antifasciste, sera conseiller de la République
en 1946. Sa mère, Marguerite Herzog, sur de l'académicien
André Maurois (pseudonyme de Émile Wilhelm Herzog) sera
membre du Conseil National des Femmes françaises après
la Seconde guerre mondiale.
France Bloch fait ses études secondaires au Collège
Sévigné, passe une licence de physique-chimie puis travaille
à partir de 1934 à l'Institut national de chimie. Parallèlement,
elle s'engage dans des actions de solidarité avec la jeune
république espagnole et adhère en 1937 au Parti communiste
français, à la section du 14e arrondissement de Paris.
C'est là qu'elle rencontre Frédo Serazin, ouvrier métallurgiste
à l'usine de voitures Hispano-Suiza, et responsable syndical.
Ils se marient en 1939, et un an plus tard ils ont un enfant, Roland.
En février 1940, son époux Frédo est arrêté
avec d'autres communistes. En octobre de la même année,
la promulgation du statut des juifs interdit à France de travailler
dans un institut d'état. Elle se réfugie alors à
Bordeaux avec son fils, puis regagne la capitale. A Paris, elle reprend
contact avec les communistes entrés dans la clandestinité
et s'engage dans un des premiers groupes des Francs Tireurs Partisans
(F.T.P.). A l'aide d'une ronéo installée dans sa cave,
elle fabrique d'abord des tracts et prend une part active à
l'impression et à la diffusion de la littérature clandestine
contre les occupants allemands. Mais ce sont surtout ses connaissances
de chimiste qui vont servir la Résistance. Dans son appartement
parisien, Place du Danube dans le 19e arrondissement, elle installe
un véritable laboratoire dans lequel elle fabrique des détonateurs,
des explosifs et des poisons. Une autre résistante, Marie-Elisa
Nordmann, a rappelé ses faits d'armes dans un témoignage
à Ania Francos* : " France a fabriqué aussi l'explosif
utilisé en novembre 1941 pour faire sauter un pylône
électrique dans la région d'Orléans
Elle
avait parfois dans son appartement des stocks de dynamite et de cheddite,
différents stocks d'armes
Elle n'hésite pas à
participer aussi aux actions armées lorsqu'il manque un partisan
: aussi se joint-elle à l'attaque d'une cartonnerie à
Saint-Ouen qui travaillait pour les Allemands ; de même elle
accompagne les premiers F.T.P. qui dynamitent les voies ferrées
sous prétexte de vérifier la qualité de son explosif.
"
Le 16 mai 1942, France Bloch-Serazin est arrêtée par
la police française à son domicile, puis emprisonnée
pendant quatre mois à la Santé avant de comparaître
devant un tribunal spécial allemand. Elle est jugée
en septembre 1942 à l'hôtel Continental à Paris
avec d'autres résistants qui sont tous condamnés à
mort et fusillés. Elle-même est déportée
en Allemagne et enfermée dans la forteresse de Lübeck.
Juive, communiste et accusée de terrorisme, elle sait qu'elle
va mourir. Après plusieurs séjours dans différentes
prisons, elle est transférée à celle de Hambourg
où, le 12 février 1943, un procureur allemand lui lit
le texte de sa condamnation à mort par décapitation
décidée pour le soir même à 21 heures.
Ce jour là, France avait écrit à ses parents
et à son mari (qui sera assassiné en 1944 par la milice
à Saint-Etienne). Madame Sommer, directrice, à la prison
de Hambourg, de la section des prisonnières " Nuit et
Brouillard " dont les noms ne devaient pas être connus,
a assisté France Bloch-Serazin pendant ses dernières
heures. C'est elle qui fera parvenir ses dernières lettres
à sa famille. Dans celle destinée à ses amis,
France avait écrit :
Mes amis,
Ce soir, je vais mourir ; à 9 heures, on m'exécutera.
Je n'ai pas peur de quitter la vie, je ne veux seulement pas attacher
ma pensée sur la douleur atroce que cela m'est de vous quitter
tous, mes amis.
J'écris en même temps deux lettres, à papa et
maman et à Frédo
- arriveront-elles ? - Je pense
aussi à Berthe et à tous ceux que j'ai aimés.
Madame Dreyfus est la dernière amie que j'aie vue avant de
quitter le so1 français. Je l'embrasse.
Beaucoup de camarades vous renseigneront sur ce qu'a été
notre, ma captivité. Je ne vous la raconte pas. Je n'en ai
d'ailleurs pas envie. Ce que je veux, c'est vous dire au revoir.
Je meurs sans peur. Encore une fois, la seule chose affreuse, c'est
de se quitter. Je serai très forte jusqu'au bout. Je vous
le promets. Je suis très fière de tous ceux qui sont
déjà tombés. de tous ceux qui tombent chaque
jour pour la libération.
Je vous demande à tous d'entourer maman et papa, de rester
près de Frédo, de m'élever mon fils adoré.
Il est à vous. Si tante Maimaime continue à avoir
Éliane, j'en suis heureuse. Merci à tous, mes amis
biens aimés. Vous savez que j'ai eu une vie heureuse, une
vie dont je n'ai rien, rien à regretter.
J'ai eu des amis et un amour, vous le savez, et je meurs pour ma
foi. Je ne faillirai pas. Vous verrez tout ce que je ne verrai pas.
Voyez-le, et pensez à moi sans douleur. Je suis très,
très calme, heureuse, je n'oublie personne. S'il y en a que
je n'ai pas nommés, cela ne veut pas dire que je les oublie.
Je pense à vous tous, tous. Je vous aime, mes amours, mes
chéris, mon Roland. 
Ania Francos, p. 130.
David Diamant, pp. 124-125
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.