C'est dans la petite ville d'Enghien-les-Bains, à une vingtaine de kilomètres de Paris, que Cécile Kahn est née le 19 juillet 1877. Son père, Albert Kahn, grand industriel juif, est opposé à une instruction trop poussée pour les femmes. Elle réussit cependant à se présenter au Brevet supérieur, un des rares examens proposés aux jeunes filles de son époque. En 1899, l'année de ses vingt-deux ans, elle épouse Léon Brunschvicg, d'origine juive et libre penseur comme elle. Elève à l'École Normale Supérieure, il deviendra plus tard professeur de philosophie à la Sorbonne. Le couple aura quatre enfants.
Soutenue par son époux, Cécile Brunschvicg s'engage activement dans les combats menés pour les droits des femmes, pour l'égalité dans l'enseignement et le travail, et pour la protection des enfants. Elle est alors membre du Parti radical et milite dans le mouvement suffragiste. En 1910, elle est nommée Secrétaire générale de l'Union Française pour le Suffrage des Femmes (U.F.S.F.) dont elle devient la Présidente en 1924. Dans le même temps, elle dirige le journal La Française. Une de ses préoccupation majeure est la formation professionnelle des femmes. Elle préside pour cela la section travail du Conseil national des femmes françaises et participe, dès 1917, à la création à Paris de l'Ecole des surintendantes d'usines.
En 1936, Cécile Brunschvicg est nommée Secrétaire d'État (rang actuel de Ministre) à l'Education nationale. Avec Irène Joliot-Curie à la Recherche scientifique et Suzanne Lacore à la Santé publique, elle est une des trois femmes nommées par Léon Blum au gouvernement du Front populaire. Ce gouvernement où, paradoxalement, le Parti radical qu'elle représente est un des principaux opposants au droit de vote des femmes, ne reste en place que quelques mois. Durant son mandat qui ne dure que du 6 juin 1936 au 22 juin 1937, Cécile Brunschvicg a malgré tout le temps de prendre diverses mesures en faveur des femmes et des enfants. Elle fait notamment supprimer l'autorisation maritale pour l'obtention d'un passeport, favorise l'instauration de cantines scolaires et développe l'instruction des enfants handicapés. En 1937, elle est promue Officier de la Légion d'honneur.
Devant la montée du nazisme, Cécile Brunschvicg rejoint
les premiers comités créés pour l'accueil des réfugiés
et pour le reclassement des intellectuels exilés. Au début
de la Seconde guerre mondiale et de l'occupation allemande, reconnue
comme juive et ayant participé au gouvernement du " Juif
Blum ", elle est particulièrement exposée aux menaces
antisémites. En 1940, alors que ses deux fils sont mobilisés
et que sa fille, Adrienne Weil, rejoint le général de
Gaulle à Londres, elle quitte Paris occupé avec son mari
et sa fille cadette. Tous trois se réfugient d'abord dans le
Gers, puis, après la démobilisation des fils aînés,
la famille se réunit provisoirement à Aix-en-Provence.
Jugeant plus prudent de se disperser, ils se séparent à
nouveau. Dans la longue notice que lui consacre le Dictionnaire des
parlementaires français
, ses origines juives ne sont spécifiées à aucun
moment. Des lecteurs non avertis pourraient se demander pourquoi, en
1942, Cécile Brunschvicg " juge prudent de disperser son
foyer, et chacun du vivre dans la clandestinité ".
Son époux, Léon Brunschvicg est malade et doit être hospitalisé ; il décède à Aix-les-Bains en 1944. Cécile Brunschvicg prend une fausse identité, et sous le nom de Madame Léger, elle se réfugie dans un établissement pour jeunes filles près de Valence. C'est dans cette ville qu'elle vivra la Libération avant de regagner Paris.
Le droit de vote des femmes pour lequel elle avait lutté avait enfin été instauré en avril 1944 par le gouvernement provisoire installé à Alger. De retour dans la capitale à la fin de la guerre, Cécile Brunschvicg va encore quelques temps poursuivre ses activités militantes. Elle collabore à la formation des électrices qui doivent se prononcer pour la première fois aux élections municipales de 1945. Malgré des problèmes de santé, elle assiste au Conseil international des femmes qui se tient en juin 1946 à Interlaken en Suisse. En septembre de la même année, elle est Présidente d'honneur du Conseil national des femmes radicales-socialistes et participe à ce titre au congrès du Parti Radical qui a lieu à Paris. Elle décède quelques jours plus tard à Neuilly-sur-Seine, le 5 octobre 1946.
Pendant la Seconde guerre mondiale, les archives de Cécile Brunschvicg ont été, comme celles de bien d'autres personnalités juives, transférées en Allemagne, puis à Moscou en 1945. Elles ont été récemment récupérées et déposées au Centre des Archives du Féminisme inauguré à l'Université d'Angers le 18 avril 2001. Cette inauguration fut l'occasion d'un colloque sur " Archives et Histoire du Féminisme " au cours duquel deux de ses petits-enfants, Marianne Baruch, sa petite-fille, et Marc-Olivier Baruch, son arrière petit-fils, ont évoquée cette grande figure du féminisme français qui avait été aussi une grand-mère très attentionnée.
Jean Jolly (dir.), 1962, p. 801.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.