C'est à Strasbourg, alors ville allemande, que Marcelle Cahn vient au monde le 1er mars 1895 dans une famille juive alsacienne de souche française, les Cahn-Debré. Marcelle commence à peindre dans sa ville natale, puis part à Berlin suivre des cours de perfectionnement. Lorsque l'Alsace redevient une province française, elle partage son temps entre Strasbourg et Paris où elle travaille à l'Académie Ranson et à celle de la Grande Chaumière.
Léonce Rosenberg, directeur d'une galerie parisienne, est le premier à remarquer sa peinture. Il lui présente Fernand Léger qui la prend comme élève, et il l'intègre à des expositions collectives. En 1925, Marcelle Cahn est invitée à se joindre à l'exposition " Art d'aujourd'hui ", une des premières manifestations internationales de la nouvelle tendance surréaliste. Ses toiles y côtoient celles de Picasso, Fernand Léger et Jean Arp. Cinq ans plus tard, elle participe à l'exposition internationale " Cercle et Carré " aux côtés de Kandinski, Léger, Ozenfant, Mondrian, Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp*.
Pendant la Seconde guerre mondiale, Marcelle Cahn se réfugie à Blois avec sa mère, puis à Toulouse où elle participe à une exposition de peintres régionaux. La guerre finie, elle expose à nouveau régulièrement en France et à l'étranger, seule ou collectivement. Reconnue et appréciée par ses pairs et par un public fidèle, elle sort cependant rarement de sa solitude. Tardivement, elle diversifie une uvre un peu austère et introduit progressivement dans ses peintures des collages photographiques, des reliefs, des mobiles... En 1962, à la suite d'un accident, elle souffre de problèmes de vision qui l'empêchent de peindre. Opérée en 1967, elle peut reprendre ses projets pour quelques années encore.
Marcelle Cahn avait plus de soixante-quinze ans lorsque le Centre national des Arts Contemporains organise une exposition itinérante de ses uvres. Pendant deux ans, de 1972 à 1974, ses créations sillonnent la France. Dans la préface du catalogue édité à cette occasion, elle évoque ses origines :
Mon père était dans les affaires,
mais il s'intéressait énormément à l'astronomie
Ma mère descendait de la famille des Ratisbonne, des banquiers
strasbourgeois convertis au catholicisme à la suite de visions
et fondateurs de la Congrégation de Notre-Dame de Sion. C'est
pourquoi il y a dans ma famille, du côté maternel,
même maintenant, un caractère très mystique
; mais moi, je ne suis pas mystique. Ces antécédents
expliquent peut-être la tendance très marquée
de mon travail vers la spiritualité.
Dix-huit mois avant sa mort, survenue à Neuilly-sur-Seine le 20 septembre 1981, Marcelle Cahn avait fait don au Musée d'Art Moderne de Strasbourg d'un important fonds d'archives privées. Elle léguait également au musée de sa ville natale, tout ce qu'elle détenait encore de ses uvres et de ses livres.
Marcelle Cahn, 1972, p. 48.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.