Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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CAZES-BENATHAR Hélène

1898-1979

Première avocate du Maroc

Rachel Hélène Cazes est née le 27 octobre 1898 à Tanger, au Maroc. Elle est la fille aînée des cinq enfants de Myriam Nahon et d'Amram Cazes, homme d'affaires séfarade qui fut aussi vice-consul du Brésil à Tanger. La famille d'Hélène s'installe en 1917 à Casablanca où se construit un nouveau port, et son père y devient un des notables de la communauté juive. Hélène, qui avait commencé sa scolarité à l'école des filles de l'Alliance israélite universelle (A.I.U.) de Tanger, poursuit ses études secondaires au lycée de jeunes filles de Casablanca. Reçue au Baccalauréat, elle est une des premières juives marocaines à obtenir ce diplôme français.
En 1920, Hélène a vingt-deux ans. Elle épouse Moses Benathar, philatéliste de renom. Son époux occupera d'importantes fonctions au sein de la communauté juive locale, notamment celle de Président de l'Association des anciens élèves de l'A.I.U. au Maroc. Ils ont trois enfants, Annette, qui meurt en bas âge, Myriam et Marc. Ses maternités n'empêchent pas Hélène Cazes-Bénathar de poursuivre des études de droit par correspondance. Après l'obtention des ses diplômes auprès de la faculté de Bordeaux., elle devient la première femme avocate du Maroc et exerce son métier avec passion pendant près d'un demi siècle.
Elle participe aussi à de nombreuses œuvres caritatives de la communauté juive de Casablanca : la Goutte de lait, la Maternelle, l'Aide scolaire… Elle s'engage dans le mouvement sioniste et contribue à la fondation de la section de la W.I.Z.O., l'association internationale des femmes sionistes, à Casablanca. Elle en sera la première présidente.
Lorsque son époux décède en 1939, elle s'engage sans répit dans des actions en faveur des victimes juives de la Seconde guerre mondiale. Elle se porte volontaire auprès de la Croix Rouge de Casablanca qui accueille de nombreux réfugiés européens, et elle se forme au travail d'infirmière. Sous l'égide du JointAmerican Joint Distribution Committee, plus couramment dit le Joint, organisation américaine d'aide aux réfugiés juifs fondé en 1914 à New York. Le Joint prit aussi une part importante à l'effort de reconstruction du judaïsme français après la Seconde guerre mondiale, l'organisme caritatif américain, elle organise un Comité d'Accueil des réfugiés d'Europe qui sont pour la plupart en transit à Casablanca vers les États-Unis. Elle devient ainsi mandataire du Joint pour l'Afrique du Nord et soutient également les organisations sionistes qui prennent en charge les émigrants pour la Palestine. A la création de l'Etat d'Israël en 1948, elle est étroitement associée aux processus d'émigration massive d'une grande partie des communautés juives d'Afrique du Nord vers Israël. Au cours des années 1953 et 1954, l'Appel juif unifié pour Israël l'envoie pour une tournée de conférences à travers les États-Unis pour collecter des fonds.
Après l'indépendance du Maroc en 1956, elle exerce parallèlement son métier d'avocate à Casablanca et à Paris. Quelques années plus tard, en 1962, elle s'installe définitivement dans la capitale, dans une petite maison proche du Panthéon. Elle devient la même année, membre du Conseil national du F.S.J.U. En 1967, elle est nommée Présidente de l'Association des Juifs du Maroc à Paris, malgré l'opposition de certains membres à la présence d'une femme à la tête de leur amicale.

En 1969, son fils Marc meurt prématurément à Nice, à l'âge de trente-neuf ans. Ce nouveau deuil affecte profondément Hélène. Progressivement, la fatigue et les insomnies la font renoncer à toute activité au sein du F.S.J.U. et de l'Association des Juifs du Maroc. Elle continue quelque temps à travailler opiniâtrement à ses dossiers d'avocate, mais démissionne finalement du Barreau de Paris en 1978. Elle décède un an plus tard, à son domicile parisien, le 7 juillet 1979.
Un représentant du Joint dépêché par le bureau de Genève et une délégation de l'Association nationale des Combattants Volontaires de la Résistance (A.N.C.V.R.) accompagnent ses obsèques au cimetière de Pantin. Sa fille Myriam et son gendre, Serge Lapidus, ont font graver sur sa tombe : " A notre mère, femme légendaire qui secourut tant de détresses ".

American Joint Distribution Committee, plus couramment dit le Joint, organisation américaine d'aide aux réfugiés juifs fondé en 1914 à New York. Le Joint prit aussi une part importante à l'effort de reconstruction du judaïsme français après la Seconde guerre mondiale.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.