Rachel Hélène Cazes est née le 27 octobre 1898
à Tanger, au Maroc. Elle est la fille aînée des
cinq enfants de Myriam Nahon et d'Amram Cazes, homme d'affaires séfarade
qui fut aussi vice-consul du Brésil à Tanger. La famille
d'Hélène s'installe en 1917 à Casablanca où
se construit un nouveau port, et son père y devient un des notables
de la communauté juive. Hélène, qui avait commencé
sa scolarité à l'école des filles de l'Alliance
israélite universelle (A.I.U.) de Tanger, poursuit ses études
secondaires au lycée de jeunes filles de Casablanca. Reçue
au Baccalauréat, elle est une des premières juives marocaines
à obtenir ce diplôme français.
En 1920, Hélène a vingt-deux ans. Elle épouse Moses
Benathar, philatéliste de renom. Son époux occupera d'importantes
fonctions au sein de la communauté juive locale, notamment celle
de Président de l'Association des anciens élèves
de l'A.I.U. au Maroc. Ils ont trois enfants, Annette, qui meurt en bas
âge, Myriam et Marc. Ses maternités n'empêchent pas
Hélène Cazes-Bénathar de poursuivre des études
de droit par correspondance. Après l'obtention des ses diplômes
auprès de la faculté de Bordeaux., elle devient la première
femme avocate du Maroc et exerce son métier avec passion pendant
près d'un demi siècle.
Elle participe aussi à de nombreuses uvres caritatives
de la communauté juive de Casablanca : la Goutte de lait, la
Maternelle, l'Aide scolaire
Elle s'engage dans le mouvement sioniste
et contribue à la fondation de la section de la W.I.Z.O., l'association
internationale des femmes sionistes, à Casablanca. Elle en sera
la première présidente.
Lorsque son époux décède en 1939, elle s'engage
sans répit dans des actions en faveur des victimes juives de
la Seconde guerre mondiale. Elle se porte volontaire auprès de
la Croix Rouge de Casablanca qui accueille de nombreux réfugiés
européens, et elle se forme au travail d'infirmière. Sous
l'égide du Joint
,
l'organisme caritatif américain, elle organise un Comité
d'Accueil des réfugiés d'Europe qui sont pour la plupart
en transit à Casablanca vers les États-Unis. Elle devient
ainsi mandataire du Joint pour l'Afrique du Nord et soutient
également les organisations sionistes qui prennent en charge
les émigrants pour la Palestine. A la création de l'Etat
d'Israël en 1948, elle est étroitement associée aux
processus d'émigration massive d'une grande partie des communautés
juives d'Afrique du Nord vers Israël. Au cours des années
1953 et 1954, l'Appel juif unifié pour Israël l'envoie pour
une tournée de conférences à travers les États-Unis
pour collecter des fonds.
Après l'indépendance du Maroc en 1956, elle exerce parallèlement
son métier d'avocate à Casablanca et à Paris. Quelques
années plus tard, en 1962, elle s'installe définitivement
dans la capitale, dans une petite maison proche du Panthéon.
Elle devient la même année, membre du Conseil national
du F.S.J.U. En 1967, elle est nommée Présidente de l'Association
des Juifs du Maroc à Paris, malgré l'opposition de certains
membres à la présence d'une femme à la tête
de leur amicale.
En 1969, son fils Marc meurt prématurément à Nice, à l'âge de trente-neuf ans. Ce nouveau deuil affecte profondément Hélène. Progressivement, la fatigue et les insomnies la font renoncer à toute activité au sein du F.S.J.U. et de l'Association des Juifs du Maroc. Elle continue quelque temps à travailler opiniâtrement à ses dossiers d'avocate, mais démissionne finalement du Barreau de Paris en 1978. Elle décède un an plus tard, à son domicile parisien, le 7 juillet 1979. Un représentant du Joint dépêché par le bureau de Genève et une délégation de l'Association nationale des Combattants Volontaires de la Résistance (A.N.C.V.R.) accompagnent ses obsèques au cimetière de Pantin. Sa fille Myriam et son gendre, Serge Lapidus, ont font graver sur sa tombe : " A notre mère, femme légendaire qui secourut tant de détresses ".
American Joint Distribution Committee, plus couramment dit le Joint,
organisation américaine d'aide aux réfugiés juifs
fondé en 1914 à New York. Le Joint prit aussi une
part importante à l'effort de reconstruction du judaïsme
français après la Seconde guerre mondiale.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.