Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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CHOURAQUI Nicole née Dahan

1938-1987

Adjointe au maire de Paris

et députée au Parlement européen

Nicole Dahan vient au monde à Alger, le 18 mars 1938, dans une famille juive très attachée à la France. Son père, Félix Dahan, est directeur d'une société de transit maritime. Sa mère, Marcelle Cohen-Bacri, est directrice d'école maternelle. Nicole a une sœur aînée, Paule.
Elle vient vivre à Paris en 1956, avant la grande vague des rapatriés d'Algérie et y poursuit ses études à l'Institut d'études politiques. En 1960, elle épouse Claude Chouraqui, assureur, futur trésorier du F.S.J.U. (le Fonds social juif unifié). De cette union naissent deux filles : Judith en 1961, future Madame Goldnadel, et Florence en 1965, plus tard épouse Suissa. L'année de son mariage est également celle de son entrée à la Banque de l'Union Parisienne. Elle se passionne pour son travail d'analyste financier, profession qu'elle est une des rares femmes à exercer à cette époque où la Bourse est encore interdite aux femmes. A la naissance de sa seconde fille, elle suspend ses activités professionnelles pour se consacrer à l'éducation de ses enfants. Cinq ans plus tard, elle va mener de front sa vie familiale, son retour professionnel et son entrée en politique.
Au début des années 1970, le Nouveau manifeste radical de Jean-Jacques Servan-Schreiber l'a convaincue de rejoindre les rangs de ce parti et de s'y investir. Elle y devient rapidement membre du comité directeur, vice-présidente de la commission des Droits de l'Homme, puis membre du bureau national. Engagée en politique, Nicole Chouraqui n'en reste pas moins une économiste et crée, avec d'autres spécialistes, un centre de formation pour adultes. Les structures mixtes de cette formation s'avèrent mal adaptées aux femmes. Elle met donc en place des sessions d'initiation à l'économie et à l'Europe qui leurs sont spécialement réservées. C'est ainsi que naît son école, le Centre Eurofemme où, avec d'autres intervenantes féminines, elle organise des séminaires et des sessions d'études pour près de deux mille élèves à Paris et en province.
Dans le même temps, Nicole poursuit son ascension au sein du Parti Radical, sans parvenir à s'y imposer suffisamment pour être reconnue éligible. Des dissensions idéologiques la poussent à rompre avec ce mouvement. Elle présente donc sa propre liste aux élections municipales de 1977, dans les 2e et 3e arrondissements de Paris. Elle rejoint alors l'U.D.R, l'Union pour la Défense de la République, futur R.P.R., le Rassemblement pour la République, présidé Jacques Chirac. Ici encore, elle gravit rapidement les échelons qui la mènent de membre du bureau politique au poste de secrétaire général adjoint en 1978, puis à celui de secrétaire national chargé du travail de 1981 à 1984. Elue conseillère municipale dans le 19e arrondissement de Paris où réside une importante population juive originaire d'Afrique du Nord, elle est nommée en 1983 adjointe au maire de la capitale, Jacques Chirac. Ses fonctions parisiennes ne l'écartent pas d'engagements régionaux et européens. Membre du Conseil régional d'Ile-de-France, elle se présente également aux premières élections européennes de 1978. Élue députée sur la liste de Simone Veil, puis réélue en 1984, elle consacre son action aux problèmes de la Famille et aux relations entre la C.E.E. et Israël. A la mairie de Paris, elle préside la commission municipale de l'affichage. C'est à elle que les Parisiens doivent la disparition de nombreuses enseignes inesthétiques et la multiplication de fresques et de murs peints. Elle participe également, avec le député Claude-Gérard Marcus, à la création de l'association " Judaïsme et liberté " et soutient la création de plusieurs écoles juives dans la capitale.
Dotée d'une réelle présence, de charme et d'élégance, Nicole Chouraqui s'est imposée en politique. Son talent d'oratrice lui a valu d'être désignée " orateur national " du R.P.R. pour la campagne électorale de 1981. Souffrant d'un cancer depuis 1983, elle poursuit ses activités avec courage jusqu'à sa mort quatre ans plus tard, le 31 août 1987, à l'âge de quarante-neuf ans.
Après son décès, son compagnon de route, Claude-Gérard Marcus, a souligné sa participation exceptionnelle, en tant que femme, à la vie politique française : " La communauté juive française est riche en personnalités, mais cette richesse ne se retrouve guère dans le monde politique, et encore moins chez les rares femmes engagées dans la vie politique. Nicole Chouraqui n'était ni une suffragette, ni une passionaria de la politique. Elle estimait qu'une femme pouvait exercer de hautes fonctions et mener une vie familiale, elle en était la preuve vivante.Claude-Gérard Marcus, "Adieu Nicole", L'Arche, n° 366, 1987, p. 50 " Sous l'égide de la Fondation du judaïsme français, ses proches ont créé une fondation à son nom afin de perpétuer sa mémoire, l'action qu'elle a menée et les idées qu'elle a soutenues. Ses statuts stipulent que la Fondation Nicole Chouraqui a pour objet de dispenser l'enseignement et la formation au niveau universitaire sur la condition féminine, de développer et d'approfondir la recherche sur le rôle de la femme dans la tradition et l'histoire juives, et d'organiser des colloques et cycles de conférences. Ainsi, dès 1988, la Fondation Nicole Chouraqui organisé au Centre Rachi à Paris, le colloque international " Femmes juives et pouvoirs. Territoires des femmes de l'époque biblique à la modernité ". En 1990, dans le même lieu, la fondation organise le festival cinématographique " Images de la femme juive ". La ville de Paris lui a aussi rendu hommage en donnant son nom à une rue dans le 19e arrondissement qui l'avait élue.

Claude-Gérard Marcus, "Adieu Nicole", L'Arche, n° 366, 1987, p. 50.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.