Nicole Dahan vient au monde à Alger, le 18 mars 1938, dans
une famille juive très attachée à la France.
Son père, Félix Dahan, est directeur d'une société
de transit maritime. Sa mère, Marcelle Cohen-Bacri, est directrice
d'école maternelle. Nicole a une sur aînée,
Paule.
Elle vient vivre à Paris en 1956, avant la grande vague des
rapatriés d'Algérie et y poursuit ses études
à l'Institut d'études politiques. En 1960, elle épouse
Claude Chouraqui, assureur, futur trésorier du F.S.J.U. (le
Fonds social juif unifié). De cette union naissent deux filles
: Judith en 1961, future Madame Goldnadel, et Florence en 1965, plus
tard épouse Suissa. L'année de son mariage est également
celle de son entrée à la Banque de l'Union Parisienne.
Elle se passionne pour son travail d'analyste financier, profession
qu'elle est une des rares femmes à exercer à cette époque
où la Bourse est encore interdite aux femmes. A la naissance
de sa seconde fille, elle suspend ses activités professionnelles
pour se consacrer à l'éducation de ses enfants. Cinq
ans plus tard, elle va mener de front sa vie familiale, son retour
professionnel et son entrée en politique.
Au début des années 1970, le Nouveau manifeste radical
de Jean-Jacques Servan-Schreiber l'a convaincue de rejoindre les rangs
de ce parti et de s'y investir. Elle y devient rapidement membre du
comité directeur, vice-présidente de la commission des
Droits de l'Homme, puis membre du bureau national. Engagée
en politique, Nicole Chouraqui n'en reste pas moins une économiste
et crée, avec d'autres spécialistes, un centre de formation
pour adultes. Les structures mixtes de cette formation s'avèrent
mal adaptées aux femmes. Elle met donc en place des sessions
d'initiation à l'économie et à l'Europe qui leurs
sont spécialement réservées. C'est ainsi que
naît son école, le Centre Eurofemme où, avec d'autres
intervenantes féminines, elle organise des séminaires
et des sessions d'études pour près de deux mille élèves
à Paris et en province.
Dans le même temps, Nicole poursuit son ascension au sein du
Parti Radical, sans parvenir à s'y imposer suffisamment pour
être reconnue éligible. Des dissensions idéologiques
la poussent à rompre avec ce mouvement. Elle présente
donc sa propre liste aux élections municipales de 1977, dans
les 2e et 3e arrondissements de Paris. Elle rejoint alors l'U.D.R,
l'Union pour la Défense de la République, futur R.P.R.,
le Rassemblement pour la République, présidé
Jacques Chirac. Ici encore, elle gravit rapidement les échelons
qui la mènent de membre du bureau politique au poste de secrétaire
général adjoint en 1978, puis à celui de secrétaire
national chargé du travail de 1981 à 1984. Elue conseillère
municipale dans le 19e arrondissement de Paris où réside
une importante population juive originaire d'Afrique du Nord, elle
est nommée en 1983 adjointe au maire de la capitale, Jacques
Chirac. Ses fonctions parisiennes ne l'écartent pas d'engagements
régionaux et européens. Membre du Conseil régional
d'Ile-de-France, elle se présente également aux premières
élections européennes de 1978. Élue députée
sur la liste de Simone Veil, puis réélue en 1984, elle
consacre son action aux problèmes de la Famille et aux relations
entre la C.E.E. et Israël. A la mairie de Paris, elle préside
la commission municipale de l'affichage. C'est à elle que les
Parisiens doivent la disparition de nombreuses enseignes inesthétiques
et la multiplication de fresques et de murs peints. Elle participe
également, avec le député Claude-Gérard
Marcus, à la création de l'association " Judaïsme
et liberté " et soutient la création de plusieurs
écoles juives dans la capitale.
Dotée d'une réelle présence, de charme et d'élégance,
Nicole Chouraqui s'est imposée en politique. Son talent d'oratrice
lui a valu d'être désignée " orateur national
" du R.P.R. pour la campagne électorale de 1981. Souffrant
d'un cancer depuis 1983, elle poursuit ses activités avec courage
jusqu'à sa mort quatre ans plus tard, le 31 août 1987,
à l'âge de quarante-neuf ans.
Après son décès, son compagnon de route, Claude-Gérard
Marcus, a souligné sa participation exceptionnelle, en tant
que femme, à la vie politique française : " La
communauté juive française est riche en personnalités,
mais cette richesse ne se retrouve guère dans le monde politique,
et encore moins chez les rares femmes engagées dans la vie
politique. Nicole Chouraqui n'était ni une suffragette, ni
une passionaria de la politique. Elle estimait qu'une femme
pouvait exercer de hautes fonctions et mener une vie familiale, elle
en était la preuve vivante.
" Sous l'égide de la Fondation du judaïsme français,
ses proches ont créé une fondation à son nom
afin de perpétuer sa mémoire, l'action qu'elle a menée
et les idées qu'elle a soutenues. Ses statuts stipulent que
la Fondation Nicole Chouraqui a pour objet de dispenser l'enseignement
et la formation au niveau universitaire sur la condition féminine,
de développer et d'approfondir la recherche sur le rôle
de la femme dans la tradition et l'histoire juives, et d'organiser
des colloques et cycles de conférences. Ainsi, dès 1988,
la Fondation Nicole Chouraqui organisé au Centre Rachi à
Paris, le colloque international " Femmes juives et pouvoirs.
Territoires des femmes de l'époque biblique à la modernité
". En 1990, dans le même lieu, la fondation organise le
festival cinématographique " Images de la femme juive
". La ville de Paris lui a aussi rendu hommage en donnant son
nom à une rue dans le 19e arrondissement qui l'avait élue.
Claude-Gérard Marcus, "Adieu Nicole", L'Arche, n° 366, 1987, p. 50.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.