Fille aînée de deux universitaires juifs allemands, Marianne Cohn naît à Mannheim, le 17 septembre 1922. Ses parents, Margaret et Alfred Cohn, s'installent à Berlin en 1929 puis, en 1934, ils décident de quitter l'Allemagne pour fuir la montée de l'hitlérisme. La famille se réfugie alors en Espagne où la tourmente de la Guerre civile les pousse à nouveau à l'exode. Après la prise de pouvoir par Franco, Marianne et sa sur Lisa sont envoyées chez un oncle à Paris, et leurs parents les rejoignent un peu plus tard. En France, parce que Juifs et Allemands, les Cohn sont arrêtés en 1940 et internés au camp de Gurs, dans les Pyrénées. Marianne et Lisa sont, elles, accueillies dans la maison d'enfants des Eclaireurs Israélites de France (E.I.F.), à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, où elles poursuivent leur scolarité. Libérés du camp de Gurs, leurs parents louent une maison à Moissac pour se rapprocher d'elles. Marianne va avoir dix-huit ans, elle travaille sur place au Centre de documentation juive créé par Simon Lévitte. Lorsque le Centre est transféré à Grenoble, elle le suit. Elle se met alors au service de la " Sixième ", branche clandestine des E.I.F. qui se donne pour mission de sauver les enfants avec le Mouvement des Jeunes Sionistes (M.J.S.). Pour agir plus librement, elle falsifie son identité en effaçant une partie du H de COHN sur ses papiers, et devient ainsi Marianne COLIN. Arrêtée une première fois durant l'été 1943 avec Jacques Klaussner, un camarade du M.J.S., elle reprend ses activités clandestines dès qu'elle est relâchée. Le 21 octobre 1943, ses camarades de réseau, Mila Racine* et Roland Epstein sont arrêtés lors d'un convoyage d'enfants. Marianne Cohn prend le relais et accompagne à son tour des enfants pour passer la frontière suisse. Elle effectue plusieurs passages, certains avec Rolande Birgy des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes. Le 31 mai 1944, Emmanuel Racine, le frère de Mila, lui " envoie " de Limoges un groupe de vingt-huit enfants âgés de quatre à quinze ans. Marianne les accueille à la gare d'Annemasse et les fait monter dans un camion bâché pour les conduire en Suisse. Mais quelques kilomètres plus loin, un contrôle allemand intercepte et arrête les voyageurs. Grâce à l'intervention de Jean Duffaugt, le maire d'Annemasse, dix-sept enfants sont rapidement libérés. Les onze autres enfants et Marianne sont incarcérés au Pax d'Annemasse, un ancien dépôt de commerce transformé en quartier général de la Gestapo et en maison d'arrêt. Jean Duffaugt propose à Marianne de l'aider à s'évader. Elle refuse, craignant de mettre en danger la vie des enfants qu'elle accompagne. Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, des membres de la Gestapo venus de Lyon la sortent de la prison avec d'autres résistants.
Nul ne savait ce qu'elle était devenue après cette
nuit. Ce n'est que le jour de la libération d'Annemasse,
le 23 août 1944, que son corps massacré a pu être
identifié par Emmanuel Racine et par le maire d'Annemasse.
Retrouvée avec d'autres résistants dans un charnier
près de Ville-la-Grande, à quelques kilomètres
d'Annemasse, Marianne Cohn avait été violée
puis assassinée à coups de bêche. Elle est enterrée
le 26 septembre 1944 à Grenoble, au cimetière du Petit
Sablon, en même temps qu'Ernest Lambert, un dirigeant de l'Armée
juive assassiné en 1944. Après les prières
juives rituelles, Georges Sehenec, l'ancien responsable local du
M.J.S., leur rend hommage au nom des Éclaireurs israélites
et de la Jeunesse sioniste de France.
Un an plus tard, le gouvernement militaire de Lyon décore
Marianne Cohn de la Croix de guerre à titre posthume. En
1956, son nom est donné à une rue de Ville-la-Grande
et une stèle est érigée à l'endroit
où elle a été assassinée avec cinq autres
résistants
.
A l'occasion du quarantième anniversaire de la
Libération, la ville d'Annemasse lui rend hommage en donnant
son nom à un groupe scolaire. Une plaque y rappelle qu'elle
a sauvé du massacre trente-deux enfants juifs, et les vers
de Pierre Seghers y rappellent à la vigilance : " Jeunes
gens qui regardez / Pensez-y ! / Les bûchers ne sont jamais
éteints et le feu pour vous peut reprendre.
" En Allemagne, le nom de Marianne Cohn est donné une école de handicapés de Berlin. En Israël, il est donné à un jardin inauguré en 1982 par François Mitterrand à Yad Vachem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem.
Ce poème que Marianne Cohn avait écrit en captivité est publié dès 1946 dans une anthologie d'uvres de résistants :
Je trahirai demain pas aujourd'hui.
Aujourd'hui arrachez-moi les ongles
Je ne trahirai pas
Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues
Vous avez aux pieds des chaussures avec des clous.
Je trahirai demain pas aujourd'hui.
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne me faut pas moins d'une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis
Pour abjurer le pain et le vin
Pour trahir la vie
Pour mourir.
Je trahirai demain pas aujourd'hui.
La lime est sous le carreau
La lime n'est pas pour le barreau.
La lime n'est pas pour le bourreau.
La lime est pour mon poignet.
Aujourd'hui je n'ai rien à dire.
Je trahirai demain. 
Le monument érigé à Ville-la-Grande rappelle le martyr de Marianne Cohn et de cinq autres résistants dont les corps ont été retrouvés dans un charnier le 23 août 1944 : Marthe Louise Perrin, Félix François Debore, Julien Edmond Duparc, Henri François Jacaz et Paul Léon Regard.
Cité par Pierre Seghers, la Résistance française et ses poètes, Paris, 1946, p. 450.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.