Sarah Stern naît le 14 novembre 1885 à Gradzihsk en
Ukraine où vivent ses parents : Anne Terk et Elie Stern.
Le père de Sarah est directeur d'usine. Lorsqu'elle a cinq
ans, la fillette est adoptée par son oncle maternel Henri
Terk
,
avocat à Saint-Pétersbourg. C'est dans cette ville
que Sarah fait ses études secondaires. Elle part ensuite
pour l'Allemagne où elle entreprend une formation artistique
qu'elle va poursuivre à Paris où elle s'installe en
1906. Deux ans après son arrivée en France, elle épouse
le collectionneur allemand Wilhelm Uhde dont elle divorce peu de
temps après. En 1910, elle se remarie avec Robert Delaunay,
peintre d'avant-garde. Ils ont un fils, Charles. Pour lui, elle
réalise sa première uvre abstraite : une couverture
en tissus appliqués. En matière de peinture, Sonia
et Robert Delaunay partagent les mêmes goûts pour la
couleur, la lumière et l'abstraction. Ils ont tous deux leur
atelier rue des Grands-Augustins à Paris et le conservent
jusqu'en 1935.
A la veille de la Grande guerre, Sonia Delaunay participe pour la
première fois au Salon des Indépendants où
elle expose Les prismes électriques. Pendant la guerre,
elle et son mari séjournent en Espagne et au Portugal. Sonia
peint des toiles lumineuses dans lesquels des visages sont encore
présents. A leur retour à Paris, ils apprennent la
ruine de la famille de Sonia causée par la Révolution
russe. Ils se retrouvent sans aide financière, et c'est d'abord
Sonia qui va travailler pour assurer leur vie matérielle.
Elle se lance dans la décoration et transpose ses conceptions
de la peinture à des objets utilitaires. Elle réalise
aussi des décors de théâtre, des collages, des
reliures, des vêtements et illustre des poèmes. Pour
l'Exposition universelle de 1937, elle réalise des peintures
murales avec son époux et participe au premier Salon d'art
abstrait organisé la même année par la Galerie
Charpentier à Paris.
Lorsque les Allemands occupent Paris en 1940, les Delaunay décident
de gagner la zone libre. Gravement malade, Robert Delaunay décède
l'année suivante à Montpellier. Sonia rejoint alors
d'autres peintres accueillis à Grasse par Alberto Magnelli
et son épouse. Elle y retrouve Jean Arp et sa femme, Sophie
Taeuber-Arp*, Ferdinand Springer et François Stahly. Leurs
uvres sont réunies plus tard dans l'exposition Six
artistes à Grasse organisée par le Musée
régional d'art et d'histoire de Grasse en 1967.
Lorsque la guerre s'achève en 1945, Sonia Delaunay revient
à Paris et déploie beaucoup d'efforts pour promouvoir
l'uvre de son époux décédé. Elle
poursuit en même temps ses créations personnelles qui
vont faire d'elle, tardivement, une des femmes peintres les plus
honorées de sa génération.
Elle a soixante-dix ans lorsqu'elle est invitée pour une
exposition particulière à New York en 1955. Trois
ans plus tard, elle est nommée chevalier des Arts et Lettres
et la République démocratique Allemande l'invite à
exposer plus de deux cents de ses uvres au Kunsthaus de Bielefeld.
En 1962 et 1963, Sonia fait don au Musée d'Art moderne de
Paris d'une centaine d'uvres réalisées par elle
et par Robert Delaunay. L'année suivante le Musée
du Louvre organise une présentation de cette donation ; Sonia
Delaunay se trouve ainsi la première artiste honorée
de son vivant par ce musée national.
En 1967, le Musée d'Art moderne de Paris ouvre ses portes
à une grande rétrospective des uvres de Sonia
Delaunay. Trois ans plus tard, en voyage officiel aux Etats-Unis,
le Président de la République, Georges Pompidou, offre
une de ses toiles à son homologue Richard Nixon. En 1973,
le Grand prix de la ville de Paris lui est attribué pour
l'ensemble de son uvre. Elle est promue Officier de la Légion
d'honneur deux ans après. L'année 1975 est proclamée
" l'Année de la Femme " par l'Unesco : Sonia Delaunay
est chargée d'en concevoir l'affiche. Elle refuse cependant
de se faire interviewer par des magazines féminins, et déclare
dans un entretien avec Françoise Giroud : " la seule
libération à laquelle je me sois intéressée
est celle de la couleur "
.
Sonia Delaunay s'éteint le 5 décembre 1979 à
Paris, à l'âge de quatre-vingt quatorze ans. Elle repose
à Gambais, dans les Yvelines, auprès de son mari Robert
Delaunay.
Elle n'a semble t-il jamais fait état de ses origines juives
publiquement. Son fils semblait lui-même l'ignorer pendant
la guerre de 1939-1945. Dominique Desanti note en effet qu'en 1940,
Charles mobilisé tente d'obtenir un visa pour les U.S.A.
: " mais lorsque le vice-consul lui expliqua qu'il les réservait
en priorité aux juifs, il s'inclina "
. Il ne savait visiblement rien des origines de sa mère.
Sonia Delaunay signe ses premières peintures "Delaunay-Terk".
Cité dans Sonia et Robert Delaunay, 1977, p. 250.
Dominique Desanti, 1988, p. 281.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.