Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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DELAUNAY Sonia née Sarah Stern

1885-1979

Peintre et décoratrice

Sarah Stern naît le 14 novembre 1885 à Gradzihsk en Ukraine où vivent ses parents : Anne Terk et Elie Stern. Le père de Sarah est directeur d'usine. Lorsqu'elle a cinq ans, la fillette est adoptée par son oncle maternel Henri Terk Sonia Delaunay, signe ses premières peintures "Delaunay-Terk", avocat à Saint-Pétersbourg. C'est dans cette ville que Sarah fait ses études secondaires. Elle part ensuite pour l'Allemagne où elle entreprend une formation artistique qu'elle va poursuivre à Paris où elle s'installe en 1906. Deux ans après son arrivée en France, elle épouse le collectionneur allemand Wilhelm Uhde dont elle divorce peu de temps après. En 1910, elle se remarie avec Robert Delaunay, peintre d'avant-garde. Ils ont un fils, Charles. Pour lui, elle réalise sa première œuvre abstraite : une couverture en tissus appliqués. En matière de peinture, Sonia et Robert Delaunay partagent les mêmes goûts pour la couleur, la lumière et l'abstraction. Ils ont tous deux leur atelier rue des Grands-Augustins à Paris et le conservent jusqu'en 1935.
A la veille de la Grande guerre, Sonia Delaunay participe pour la première fois au Salon des Indépendants où elle expose Les prismes électriques. Pendant la guerre, elle et son mari séjournent en Espagne et au Portugal. Sonia peint des toiles lumineuses dans lesquels des visages sont encore présents. A leur retour à Paris, ils apprennent la ruine de la famille de Sonia causée par la Révolution russe. Ils se retrouvent sans aide financière, et c'est d'abord Sonia qui va travailler pour assurer leur vie matérielle. Elle se lance dans la décoration et transpose ses conceptions de la peinture à des objets utilitaires. Elle réalise aussi des décors de théâtre, des collages, des reliures, des vêtements et illustre des poèmes. Pour l'Exposition universelle de 1937, elle réalise des peintures murales avec son époux et participe au premier Salon d'art abstrait organisé la même année par la Galerie Charpentier à Paris.
Lorsque les Allemands occupent Paris en 1940, les Delaunay décident de gagner la zone libre. Gravement malade, Robert Delaunay décède l'année suivante à Montpellier. Sonia rejoint alors d'autres peintres accueillis à Grasse par Alberto Magnelli et son épouse. Elle y retrouve Jean Arp et sa femme, Sophie Taeuber-Arp*, Ferdinand Springer et François Stahly. Leurs œuvres sont réunies plus tard dans l'exposition Six artistes à Grasse organisée par le Musée régional d'art et d'histoire de Grasse en 1967.
Lorsque la guerre s'achève en 1945, Sonia Delaunay revient à Paris et déploie beaucoup d'efforts pour promouvoir l'œuvre de son époux décédé. Elle poursuit en même temps ses créations personnelles qui vont faire d'elle, tardivement, une des femmes peintres les plus honorées de sa génération.
Elle a soixante-dix ans lorsqu'elle est invitée pour une exposition particulière à New York en 1955. Trois ans plus tard, elle est nommée chevalier des Arts et Lettres et la République démocratique Allemande l'invite à exposer plus de deux cents de ses œuvres au Kunsthaus de Bielefeld. En 1962 et 1963, Sonia fait don au Musée d'Art moderne de Paris d'une centaine d'œuvres réalisées par elle et par Robert Delaunay. L'année suivante le Musée du Louvre organise une présentation de cette donation ; Sonia Delaunay se trouve ainsi la première artiste honorée de son vivant par ce musée national.
En 1967, le Musée d'Art moderne de Paris ouvre ses portes à une grande rétrospective des œuvres de Sonia Delaunay. Trois ans plus tard, en voyage officiel aux Etats-Unis, le Président de la République, Georges Pompidou, offre une de ses toiles à son homologue Richard Nixon. En 1973, le Grand prix de la ville de Paris lui est attribué pour l'ensemble de son œuvre. Elle est promue Officier de la Légion d'honneur deux ans après. L'année 1975 est proclamée " l'Année de la Femme " par l'Unesco : Sonia Delaunay est chargée d'en concevoir l'affiche. Elle refuse cependant de se faire interviewer par des magazines féminins, et déclare dans un entretien avec Françoise Giroud : " la seule libération à laquelle je me sois intéressée est celle de la couleur " Cité dans Sonia et Robert Delaunay, 1977, p. 250.
Sonia Delaunay s'éteint le 5 décembre 1979 à Paris, à l'âge de quatre-vingt quatorze ans. Elle repose à Gambais, dans les Yvelines, auprès de son mari Robert Delaunay.

Elle n'a semble t-il jamais fait état de ses origines juives publiquement. Son fils semblait lui-même l'ignorer pendant la guerre de 1939-1945. Dominique Desanti note en effet qu'en 1940, Charles mobilisé tente d'obtenir un visa pour les U.S.A. : " mais lorsque le vice-consul lui expliqua qu'il les réservait en priorité aux juifs, il s'inclina " Dominique Desanti, 1988, p. 281. Il ne savait visiblement rien des origines de sa mère.

Sonia Delaunay signe ses premières peintures "Delaunay-Terk". Sonia Delaunay signe ses premières peintures "Delaunay-Terk".
Cité dans Sonia et Robert Delaunay, 1977, p. 250 Cité dans Sonia et Robert Delaunay, 1977, p. 250.
Dominique Desanti, 1988, p. 281. Dominique Desanti, 1988, p. 281.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.