Marie Dubas est née à Paris le 3 septembre 1894, dans une
famille juive ouvrière. Son père, Isaac Dubas, est
originaire de Pologne. Il s'était installé à
Paris avec sa femme en 1886. Marie et ses trois frères et
surs parlent yiddish à la maison et apprennent le français
à l'école. Les quatre enfants commencent à
travailler jeunes. Après une courte scolarité, Marie
devient apprentie couturière. Mais sa famille lui a aussi
donné le goût de la comédie et de la musique.
Elle suit des cours d'art dramatique au théâtre de
Grenelle et se présente au Conservatoire où elle est
admise, mais ne peut rester faute de moyens financiers suffisants.
En 1921, Marie Dubas débute dans la revue Dans un fauteuil
au Casino de Paris et poursuit sa carrière en se tournant
davantage vers la chanson. En 1927, elle se produit à l'Olympia
où son interprétation comique de la chanson Pedro
de Rodor et Gey lui gagne les faveurs du public. Le critique
musical Jean Claude Klein s'en fait l'écho : " Traits
vifs, prunelle franche, la femme est belle et tonique ; le public
s'emballe pour l'artiste
Il en sera ainsi chaque fois qu'elle
se produira, jusqu'à sa retraite en 1958. " 
Forte de ce succès, Marie Dubas perfectionne son jeu de scène. Elle enrichit son répertoire de romances, de poèmes et de musiques du folklore yiddish. En allongeant son temps de présence sur scène, elle devient une des pionnières du tour de chant. Elle chante successivement quinze à trente chansons, alors qu'à la même époque les autres artistes n'en chantent que sept ou huit.
Pendant quelques années, la jeune femme entretient une liaison amoureuse avec l'écrivain Pierre Benoît. Il lui présente ses amis : Colette, Pagnol, Mac Orlan et Francis Carco. Ce dernier écrit pour elle Le Doux Caboulot qui devient une chanson à succès en 1931. Six ans plus tard, Marie Dubas interprète pour la première fois la chanson de Raymond Asso, Mon légionnaire, un classique repris ensuite par Edith Piaf.
En 1938, Marie Dubas se convertit au catholicisme. Mais pendant la Seconde guerre mondiale, elle reste juive aux yeux des autorités allemandes d'occupation. C'est en tant que juive qu'elle est interdite sur les ondes françaises. Avec Marianne Oswald* et Mireille*, elle fait partie des chanteuses caricaturées dans l'exposition du palais Berlitz Le Juif et la France, qui attire des milliers de visiteurs. Marie Dubas est en tournée en Suisse lorsque la zone libre est à son tour envahie. Elle ne reviendra pas en France avant la fin de la guerre. Réfugiée en Suisse, elle participe à de nombreuses émissions radio et poursuit ses tournées à l'étranger, en Afrique du Nord notamment où elle chante pour les réfugiés. C'est lors d'une de ses tournées au Maroc qu'elle rencontre le lieutenant aviateur Georges Bellair. Ils se marient en 1941. Ils ont un fils, François-Robert, et divorcent quelques années plus tard.
A la Libération, Marie Dubas revient à Paris où elle apprend que sa famille a été très durement frappée. Sa sur Rachel a été fusillée. Stéphanie, une autre sur, ne survit pas à la disparition de son fils en déportation. Avec l'aide de son frère Paul devenu son régisseur, Marie Dubas remonte sur la scène. En 1945, elle fait son retour au théâtre de l'A.B.C. et continue à se produire les dix années suivantes avant d'être atteinte par la maladie de Parkinson. Elle fait ses adieux au public en mai 1958, après une ultime représentation. Marie Dubas meurt à Paris le 12 février 1972, entourée de sa famille juive et chrétienne.
Après une cérémonie religieuse à l'église Saint Honoré d'Eylau, elle est inhumée au cimetière du Père Lachaise. Un quart de siècle après sa mort, l'intégrale de ses interprétations est gravée sur des disques compact.
Jean Claude Klein, p. 67.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.