Née à Marseille, le 4 septembre 1894, Benjamine Crémieux
est le fruit de l'alliance de deux vieilles familles judéo-comtadines.
Son père, Raoul-Aaron Crémieux, déclaré
courtier de commerce à sa naissance, partage son patronyme
avec son coreligionnaire ministre de la justice, Adolphe Crémieux
,
la mère de Benjamine, Noémie Mossé* est la
fille aînée de Benjamin Mossé, premier Grand
rabbin nommé en Avignon en 1860.
Le 2 août 1917, Benjamine épouse, à Marseille,
Isaac Léon Esdra avec qui elle a deux enfants, Raphaël
et Georgette. Elle est agent immobilier, profession qu'elle exerce
dans l'immeuble appartenant à ses parents, au 61 boulevard
de la Madeleine (aujourd'hui de la Libération) à Marseille.
Parallèlement à ses activités familiales et
professionnelles, elle s'engage dans la vie municipale et politique.
Au début des années trente, Benjamine Esdra est membre
de la S.F.I.O. (Section Française de l'Internationale ouvrière).
Elle soutient les activités des Amis de l'Instruction laïque,
une des plus importantes organisations marseillaises de l'époque
sur laquelle s'appuient les politiques socialistes. Reçue
par l'antenne de cette organisation du quartier de la Blancarde,
elle déclare : " Les enfants d'aujourd'hui sont les
hommes de demain. Nous ne nous occuperons jamais assez des enfants
et n'oublions pas la parole de notre grand Jaurès qui disait
''C'est l'éducation qui tient entre ses mains, le cerveau
et l'âme des enfants'' "
Militante tout aussi active de la lutte pour le droit de vote des
femmes, Benjamine Esdra est Secrétaire locale des Femmes
socialistes en 1933 et leur déléguée pour le
sixième canton de Marseille. Elle est ensuite secrétaire
du groupe des Femmes socialistes pour le département des
Bouches-du-Rhône. En 1935, au lendemain d'un scrutin où
28.000 marseillaises ont voté symboliquement aux élections
municipales, le journal Le Petit Provençal publie
un encadré de son appel " Femmes, à l'action
". Elle y exhorte ses consurs, qui n'ont pas le droit
de vote, à convaincre les hommes de voter socialiste :
Les femmes socialistes font appel aux femmes marseillaises
qui ont manifesté dimanche leur désir d'entrer dans
l'arène politique en déposant un bulletin symbolique
dans l'urne féminine. Elles leur jettent un cri d'alarme.
" Femmes ! Mères ! Il dépend de vous que le cauchemar
de la guerre se dissipe ! Faites voter socialiste si vous voulez
que vos enfants grandissent dans un univers pacifique. Conscientes
de votre mission, faites respecter la vie que vous avez créée,
persuadez vos compagnons que tout leur espoir d'une vie plus heureuse
doit être dans le succès des listes socialistes."
Jusqu'en 1939, Benjamine Esdra participe avec opiniâtreté aux combats des femmes socialistes pour l'obtention des droits de vote et d'éligibilité des femmes, des droits qui ne seront acquis qu'à la fin de la Seconde guerre mondiale. Pendant cette guerre, Benjamine Esdra reste à Marseille avec sa famille, et s'associe à des activités de la Résistance. A la Libération, elle est nommée membre du Conseil supérieur du Mouvement unifié de la Résistance de son département et se retrouve aux premiers rangs de la S.F.I.O. locale. Elle s'engage dans la campagne électorale de 1945 aux côtés des socialistes Philip Gouin et Gaston Defferre. Pendant cette campagne, elle s'adresse plus particulièrement aux femmes qui vont voter pour la première fois. En avril 1945, sous l'étiquette S.F.I.O., Benjamine Esdra est une des six conseillères élues sur la liste du Rassemblement démocratique Defferre-Billoux. Après la crise municipale marseillaise qui voit la démission de Gaston Defferre et de ses amis, c'est le communiste Jean Cristofol qui est élu à la Mairie de Marseille pour deux ans. Benjamine Esdra démissionne alors du parti socialiste, rejoint le Parti communiste et reste néanmoins à son poste de conseillère municipale. Elle y restera encore après 1947, lorsque le parti communiste passera dans l'opposition marseillaise. C'est sous l'étiquette communiste à laquelle elle va ensuite rester fidèle jusqu'à sa mort, qu'elle est réélue conseillère municipale de Marseille en 1947, en 1953, puis en 1959. Au début de ce dernier mandat qu'elle ne termine pas pour des raisons de santé, elle est, à soixante-quatre ans, un des plus anciens membres du Conseil municipal de la ville. Sans avoir jamais occupé le devant de la scène politique, sa longévité aux affaires municipales est exemplaire. Ses cinq mandats successifs témoignent de la confiance et de l'estime que lui ont accordés les Marseillais et les Marseillaises. C'est à Marseille, sa ville natale, qu'elle s'éteint le 19 janvier 1981, vingt ans après avoir quitté ses fonctions de conseillère municipale.
En 1870, Adolphe Crémieux fit adopter le Décret Crémieux qui donnait la citoyenneté française à presque tous les juifs d'Algérie.
"LesAmis de l"Instruction laïque de la Blancarde...", p. 3.
Benjamine Esdra, p. 3.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.