Katia Granoff naît le 16 juillet 1895 à Nicolaëv
en Ukraine dans le foyer de Théodore Granoff et Eudoxie Feldman.
Lorsque ses parents décèdent, Katia a tout juste seize
ans. Leurs tuteurs les envoient, elle et sa sur Rose, poursuivre
leurs études en Suisse où Katia passe une licence de lettres.
Elle se marie avec un médecin dont elle divorce peu de temps
après.
Lorsqu'elle arrive à Paris en 1924, Katia Granoff travaille d'abord
comme secrétaire au Salon des Tuileries. Elle ouvre ensuite sa
première galerie d'art à Paris, au 166 boulevard Haussman.
Découvreuse de talents, elle expose Georges Bouche, Marc Chagall
Elle redécouvre les Nymphéas de Claude Monet, réputés
invendables. La Galerie Katia Granoff devient célèbre
et déménage Quai Conti. Sa propriétaire est naturalisée
française en 1937.
L'occupation de Paris par les Allemands la force à fuir la capitale.
Elle se réfugie avec sa sur, son neveu et le peintre Georges
Bouche dans un château médiéval, à la Voulte-sur-Rhône,
en Ardèche. La guerre finie, elle ouvre deux galeries en province,
à Honfleur et à Cannes, ainsi qu'une nouvelle galerie
à Paris, place Beauvau. Katia Granoff choisit souvent d'exposer
des artistes femmes, parmi lesquelles la sculptrice Chana Orloff*, d'origine
russe comme elle.
Katia Granoff est aussi une femme de lettres aux multiples facettes.
En 1964, elle reçoit le Prix Georges Dupau de l'Académie
française pour son Anthologie de la poésie russe.
Dans son introduction elle écrit : " Les poètes russes,
prestigieux traducteurs, ont enrichi leur patrimoine de chefs-d'uvre
étrangers ; je souhaite que les trésors de la poésie
russe entrent à leur tour dans le domaine poétique français.
Traductrice-messagère, je voudrais que ces versions françaises
des poèmes russes fussent à la fois des traductions littérales
et des correspondances lyriques.
".
Son uvre poétique personnelle est éditée
en plusieurs recueils. Certains poèmes sont aussi enregistrés
sur des disques, lus par elle-même, par Pierre Brasseur ou par
Monique Morelli. A la fin de sa vie, elle se livre davantage dans des
ouvrages autobiographiques. En 1986, elle consacre son dernier livre
aux relations entre juifs et chrétiens.
C'est à l'âge de quatre-vingt treize ans que Katia Granoff décède le 16 avril 1989 à Paris. Chevalier de la Légion d'honneur, Officier de l'Ordre national du mérite, elle avait également reçu la Médaille nationale des Arts, Sciences et Lettres.
La poésie de Katia Granoff est simple et généreuse. Elle y aborde souvent des thèmes liés à ses visites en Israël et à l'histoire juive. Elle a consacré ce sonnet à Anna Frank, la jeune martyre juive d'Amsterdam dont le Journal a fait le tour du monde :
Tu t'étioles dans ta cage, Tu te cognes à tes barreaux ; Mais il te faut demeurer sage Pour échapper à tes bourreaux [ ]
Tu vois, par échappée, un monde, Le marronnier, l'oiseau, l'azur Dans ta prison, quelques secondes, Filtre un rayon, un peu d'aire pur
Vaine prudence, vaine fuite, C'est eux Ils montent l'escalier Forcés comme un gibier au gîte, Vous quittez l'abri familier.
La mort au bout d'un long calvaire,
Là-bas, au camp d'agonisants
Dans l'abandon et la misère,
Anna Frank succombe à quinze ans !

Katia Granoff, 1993, introduction, n.p.
Katia Granoff, 1980, pp. 678-679.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.