Hannah Léonie Rodriguès-Henriques naît à
Paris le 31 janvier 1820. Elle est la troisième et l'enfant
tardive d'Esther Gradis et de Isaac Rodriguès-Henriques,
descendants tous deux de grandes familles juives du bordelais.
La sur aînée de Léonie est la romancière
Eugénie Foa* avec qui elle a plus de vingt ans d'écart.
Après le décès de son père, la jeune
Léonie s'installe avec sa mère dans un immeuble parisien
de la rue Montholon où habite déjà la famille
Halèvy. Le 27 avril 1842, elle épouse leur fils aîné,
Fromental. Elle a vingt-deux ans, il en a vingt et un de plus. Fromental
Halévy est professeur au Conservatoire et secrétaire
perpétuel de l'Académie des Beaux arts. L'opéra
La Juive qu'il a composé en 1835 l'a déjà
rendu célèbre. Il est un des illustres exemples de
la rapide ascension sociale des juifs émancipés quelques
décennies plus tôt. De leur union naissent deux filles
: Esther née en 1843, mais qui va mourir jeune, et Geneviève
née en 1849. Devenue Geneviève Strauss*, elle tiendra
un des célèbres salons parisiens de la " Belle
époque ".
Hannah Léonie et Fromental Halévy mènent la vie mondaine des célébrités parisiennes ; la jeune femme collectionne les uvres d'art. Le peintre Eugène Delacroix qui fréquente leur demeure est toujours étonné par la foule de musiciens, d'acteurs et d'artistes qui s'y presse. Après le décès de son mari en 1862, elle se consacre plus intensément à la sculpture. Elle suit des cours avec Emmanuel Frémiet et fait ses débuts au Salon des Indépendants de 1877. Elle y expose notamment un buste de l'actrice Madame Krauss. Elle participe au Salon les années suivantes. Son époux reste une source d'inspiration ; un des bustes qu'elle réalise de lui orne une niche de la façade de l'Hôtel de ville à Paris, un autre est visible au musée de Versailles. Mais sa vie mondaine et ses talents sont maintes fois interrompus par des problèmes de santé. Elle séjourne à plusieurs reprises dans les cliniques du Docteur Blanche, spécialisé dans les maladies mentales.
Très affectée par la mort de sa fille aînée Esther, disparue à l'âge de vingt-deux ans, Hannah Léonie Halévy a des relations difficiles avec sa seconde fille. En 1867, elle s'oppose à l'union de Geneviève avec le musicien Georges Bizet, non juif et sans fortune. Leur mariage, auquel elle n'assiste pas, a quand même lieu. Elle sème souvent la discorde au sein du couple et exprime le souhait que son petit fils, Jacques Bizet, revienne à la religion de sa mère et épouse une israélite. Mais son vu ne se réalisera pas. Tout au long de sa vie, Hannah Léonie Halévy est active au sein de différentes institutions caritatives juives, notamment au Comité de bienfaisance israélite de Paris. Elle note aussi dans son livre de compte les sommes qu'elle verse à l'association Terre Promise en faveur des juifs de Palestine.
Elle s'éteint à Saint-Germain-en-Laye, le 16 juillet 1884. C'est le grand rabbin de Paris, Zadok Kahn, qui prononce son éloge funèbre.
Ses parents sont évoqués plus longuement dans la notice consacrée à sa soeur aînée, la femme de lettres Eugénie Foa.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.