Née à Paris, le 24 décembre 1924, Louise Jacobson est la dernière des trois enfants de Salman Jacobson et Golda Veldzland, tous deux juifs d'origine russe. Son père, ouvrier et militant politique, avait émigré à Paris en 1907. C'est là qu'il rencontra sa future femme, la mère de Louise, en transit pour les Etats-Unis, mais qui resta finalement en France. Mariés en 1913, ils sont naturalisés français en 1925, un an après la naissance de leur fille. Le couple divorce à la veille de la Seconde guerre mondiale. Louise, étant la plus jeune, reste avec sa mère et poursuit sa scolarité. Son frère, sa sur et leurs conjoints se réfugient à Lyon et proposent en vain à Louise et à sa mère de les rejoindre.
En 1942, Louise est en classe de terminale au Cours Vincennes et prépare
le baccalauréat. Recalée à la session de juin,
elle suit des cours de rattrapage d'été au lycée
Henri-IV pour se représenter en septembre. Elle ne porte pas
l'étoile jaune pour se rendre au lycée. Le 31 août
1942, deux policiers français l'arrêtent à son domicile
avec sa mère. La jeune lycéenne est incarcérée
à la Petite-Roquette, puis transférée à
la prison de Fresnes, dans la section des mineures. De là, elle
va écrire à sa famille aussi souvent qu'elle le peut.
Dans ses premières lettres, son moral ne semble pas encore entamé
lorsqu'elle dit familièrement : " Mon bachot est dans l'eau
Je suis la seule pucelle et la seule détenue politique
" Assisté par un avocat, son père est autorisé à
lui rendre visite et à lui faire parvenir des colis. Six semaines
plus tard, le 14 octobre 1942, Louise est transférée à
Drancy et déportée à Auschwitz par le convoi n°
48 du 13 février 1943. Elle a été probablement
gazée à son arrivée. Sa mère est déportée
quelques mois après elle, le 20 novembre 1943. Elle sera gazée
elle aussi.
Pendant les cinquante ans qui suivent la disparition de Louise et de sa mère, Nadia Kaluski-Jacobson, la sur aînée de Louise, rassemble toutes les lettres que la jeune fille avait envoyées aux différents membres de sa famille. Elle se bat aussi pour faire corriger sur les registres d'état civil la mention " morte à Drancy " et la faire remplacer par " morte à Auschwitz " (aujourd'hui encore, des corrections en ce sens continuent à apparaître au Journal Officiel). En 1988, Nadia fait lire les lettres de Louise à l'avocat Serge Klarsfeld. Un an plus tard, il les fait publier par l'Association des fils et filles des déportés juifs de France en les préfaçant. Les Lettres de Louise Jacobson attirent le metteur en scène Alain Gintzburger qui les adapte pour le théâtre. D'abord jouée en 1991 au théâtre Marie Stuart à Paris, son adaptation est ensuite traduite et montée en Allemagne. Elle l'est également en Italie où le journal l'Unita diffuse des lettres de Louise Jacobson dans un des suppléments dominicaux tirés à près de 300.000 exemplaires.
Le Cours Vincennes où Louise avait étudié est devenu depuis le lycée Hélène-Boucher. Une plaque y rappelle que Louise Jacobson fut parmi les treize élèves de l'établissement arrêtées par la police de Vichy, déportées et assassinées à Auschwitz. Dans l'immeuble qu'elle habitait au 8 rue des Boulets, dans le 11e arrondissement de Paris, une autre plaque signale aux passants que " Dans cet immeuble furent arrêtées Louise Jacobson âgée de dix-sept ans et sa mère Olga Jacobson. Elles furent déportées et assassinées à Auschwitz en 1943 parce qu'elles étaient juives. "
En 1997, une nouvelle édition des Lettres de Louise Jacobson et de ses proches paraît aux éditions Laffont. La première des lettres que Louise écrivit de Drancy le 29 décembre 1942 fut pour son père. Elle la lui adressa sur une de ces minuscules cartes qui étaient les seules autorisées pour la correspondance :
Je te préviens : prends une bonne loupe. Tout
d'abord, je te souhaite, mon cher papa, une bonne année (elle
n'aura pas de peine à être meilleure), une bonne santé
et tout ce que tu peux désirer. J'ai reçu ta carte avec
un immense plaisir.
Ça y est, j'ai dix-huit ans ! Moi aussi, j'espérais les
fêter près de toi, mais tant pis. Le pyjama est splendide
et me sied épatamment. Lorsque je l'ai mis, on m'a déclarée
la plus élégante de la chambre. Je n'y touche pas. Je
le mettrai lorsque je serai libre. J'ai réveillonné, tu
sais. A six, nous avons fait un très bon dîner et nous
nous sommes quittés à 11 heures. Nous sommes une bonne
bande de copains qui nous entendons très bien.
Je te remercie aussi pour le médicament, pour la crème,
enfin pour tout ce que tu m'as envoyé. Je suis très bien
montée en affaires. Non, je n'ai pas besoin de mon corsage blanc.
Ici, tout se salit à une vitesse effrayante.
Dans sa dernière carte, du 12 février 1943, Louise s'efforce de ne pas montrer son inquiétude. Elle pense même à préserver sa mère en demandant qu'on ne l'avertisse pas de son départ :
Triste nouvelle, mon cher papa, après ma tante
c'est mon tour de partir. Mais ça ne fait rien. J'ai un moral
excellent comme tout le monde d'ailleurs. II ne faut pas te faire de
bile, papa. D'abord, je pars dans d'excellentes conditions. Je me suis
très, très bien nourrie cette semaine. J'ai eu deux colis
par procuration, l'un d'une camarade déportée, l'autre
de ma tante et maintenant ton colis qui est arrivé juste pile.
Je vois d'ici ta tête, mon cher papa, et, justement, je voudrais
que tu aies autant de courage que moi. Je sentirais, j'en suis sûre,
que tu supportes bien cette nouvelle tuile. Écris cette nouvelle
en zone libre avec des ménagements. Quant à maman, il
vaudrait peut-être mieux qu'elle ne sache rien. C'est absolument
inutile qu'elle se fasse du mauvais sang surtout que je peux très
bien revenir avant qu'elle ne sorte de prison.
C'est demain matin que nous partons. Je suis avec mes amis car il y
en a beaucoup qui partent. J'ai confié ma montre et le reste
de mes affaires à d'honnêtes gens de ma chambre. Mon papa,
je t'embrasse cent mille fois de toutes mes forces.
Courage et à bientôt.
Ta fille Louise. 
Ce seront ses derniers baisers : elle sera assassinée avant d'atteindre sa vingtième année.
Les lettres de Louise Jacobson et de ses proches - Fresnes, Drancy 1942-1943, 1997, p. 25.
Idem, 113.
Ibidem, p. 141.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.