Hélène Jakubowicz est née à Paris le 8 février 1925. Ses parents, Samuel Jakubowicz et Blima Holender sont des juifs originaires de Pologne émigrés à Paris dans les années vingt. Son père est ouvrier métallurgiste, sa mère finisseuse en confection. Elle a sept frères et surs. Hélène fréquente l'école des filles du 291 rue des Pyrénées et obtient son certificat d'études. Dans le vingtième arrondissement où elle vit avec sa famille, les immigrés sont nombreux. Beaucoup, dramatiquement atteints par les conditionsde vie imposées aux juifs par le gouvernement de Vichy, vont rejoindre la Résistance. Le frère aîné d'Hélène, Marcel Jakubowicz, combattant dans l'armée française, est démobilisé et rejoint sa famille. Il entre dans la résistance communiste. Arrêté, il périra à Auschwitz. Charles, un autre de ses frères, est arrêté au cours d'un combat qu'il mène avec les F.T.P. Il survivra. Le fiancé d'Hélène, Jacques Arbizer, est arrêté par la police française. Il est fusillé au Mont Valérien le 31 mars 1942. Malgré ces arrestations, Hélène poursuit son engagement dans la Résistance. En juillet 1942, elle est envoyée à Troyes pour livrer des tracts antinazis. Probablement dénoncée, elle est arrêtée à sa descente du train et internée à Drancy. De Drancy, Hélène Jakubowicz est déportée sans retour à Auschwitz le 23 septembre 1942 par le convoi n° 36. Elle meurt dans le camp d'extermination peu de jours après, le 30 septembre 1942, assassinée à 17 ans par les séides de la barbarie nazie.
Il faudra de longues années et beaucoup de démarches
pour qu'Hélène Jakubowicz, dont l'acte de décès
a été complété par la mention " Mort
pour la France "
soit honorée publiquement. Une première plaque à
sa mémoire, apposée sur un immeuble de son quartier avait
été retirée pour cause de travaux. Lorsqu'elle
fut replacée, en novembre 1995, la plaque fut immédiatement
saccagée
.
L'année suivante, le Conseil du 20e arrondissement vote le 10
septembre 1996, à l'unanimité moins une voix du Front
National, l'attribution du nom d'Hélène Jakubowicz à
une rue du quartier. Dans un premier temps la commission de dénomination
des rues de Paris avait refusé ce nom parce qu'il serait trop
difficile à prononcer !
Il est finalement accepté pour désigner une nouvelle rue
qui coupe en deux la cité HLM dans laquelle Hélène
Jakubowicz avait vécu avec sa famille. Grâce à cette
nouvelle voie, les habitants de la cité sont mieux reliés
au reste de la ville.
Comme pour toute stèle commémorative, il a fallu beaucoup
d'efforts avant de pouvoir inaugurer la plaque de la rue Hélène
Jakubowicz. Elle est finalement dévoilée le 11 mai 1998
et on peut y lire : " Rue Hélène Jakubowicz. 1925-1942.
Résistante membre des Jeunesses Communistes. Déportée
à Auschwitz le 25 septembre 1942 ".
Alain Simonnet, un parisien sans aucun lien de parenté avec la Résistante, a aussi uvré pour que le nom d'Hélène Jakubowicz et son portrait soient ajoutés à un additif du Mémorial des enfants juifs déportés publié par Serge Klarsfeld en 1995. C'est Alain Simonnet qui nous a également fourni divers documents relatifs à Hélène Jakubowicz, et notamment le texte du discours prononcé par le député-maire Michel Charzat lors de l'inauguration de la rue Hélène Jakubowicz. Lors de cette cérémonie, Michel Charzat a particulièrement insisté sur la jeunesse et les origines étrangères d'Hélène :
La Seconde guerre mondiale a été l'occasion
de rappeler que la diversité de notre peuple faisait la force
de notre pays. [
]
Trop peu d'entre nous se remémorent le combat de ces roumains,
hongrois, polonais, italiens, espagnols, allemands, de tous ces combattants
étrangers de la liberté, juifs, musulmans, catholiques,
orthodoxes, libre-penseurs, agnostiques, qui ont mêlé et
versé leur sang pour que la liberté refleurisse sur notre
continent.
Ces combattants étaient pour la plupart des adolescents, de jeunes
adultes. Hommes et femmes ils ont décidé de pendre les
armes pour défendre un pays, leur pays. Et pourtant, nombre d'entre
eux se sont vu dénié le titre de combattant mort pour
la France, sous prétexte qu'ils n'étaient pas naturalisés
!
Les nombreuses plaques honorant leur mémoire dans notre arrondissement
témoignent que leur sacrifice n'a pas été vain.
Mesdames et Messieurs, l'inauguration de la rue Hélène
Jakubowicz constitue un témoignage de la fidélité
indéfectible que notre arrondissement voue à ces combattants
de l'ombre qui ont lutté et péri pour que nos enfants,
nos petits enfants vivent libres.
Mesdames et Messieurs, je suis fier que cette cité soit traversée
par la rue Hélène Jakubowicz. Ceux qui connaissent le
20ème savent que cet endroit, cette forteresse ouvrière,
n'a pas toujours eu bonne réputation.
Les travaux réalisés par l'OPAC dans ce groupe d'immeubles
ont déjà permis de changer la physionomie de cet espace.
[
] La rue Hélène Jakubowicz est désormais
la voie qui fait entrer la vie de la ville, au cur de la cité.
[
]
Que le nom de la petite Hélène soit un présage
d'espérance pour les habitants de ces lieux. Que son exemple
permette à chacun d'entre nous de trouver le courage quotidien
de refuser la fatalité d'un destin subi et la honte des défaites
consenties.![]()
La rue Hélène Jakubowicz se trouve à quelques pas de la rue du groupe Manouchian, un groupe de résistants étrangers dont faisait partie la roumaine Olga Bancic*.
La mention " Mort pour la France " qui ne peut être apposée qu'à une personne de nationalité française, est toujours au masculin ! Née en France en 1925, Hélène Jakubowicz, née en France, est française en vertu de la loi du sol qui était alors en vigueur.
La plaque avait été photographie le 15 novembre 1995 par Alain Simonnet et qui avait disparu le 19 novembre portait l'inscription suivante : " A la mémoire d'Hélène Jakubowicz. Membre des jeunesses communistes. Arrêtée à l'âge de 17 ans pour son activité dans la Résistance. Le 25 septembre 1942. Morte en déportation au camp d'Auschwitz. "
Cité par Fanny Erlich " Bientôt une rue Hélène Jakubowicz. Une enfant de la cité du 140, rue Mémnilmontant ", L'Ami du 20e , décembre 1998, p. 4.
Allocution du sénateur-maire du 20e arrondissement, Michel Charzat, lors de l'inauguration de la plaque de la rue Hélène Jakubowicz le 11 mai 1998.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.