Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Lily Jean Javal

JEAN-JAVAL Lily,

nom de plume de Lily Javal née Lévy

1882-1958

Femme de lettres et militante sioniste

Lily Lévy naît à Paris en 1882. Sa mère, Marguerite Lange, est d'origine juive comtadine. Son père, Léon Lévy, est issu d'une vieille famille juive alsacienne. Ingénieur des Ponts et Chaussée, il dirige les aciéries et exploitations houillères des Forges Châtillon-Commentry-Decazeville, près de Montluçon. C'est là que Lily passe la plus grande partie de son enfance.
Lily épouse plus tard Jean Javal, descendant d'une famille d'industriels et de politiciens juifs. Député de l'Yonne, il succède dans ce département à son père, Emile Javal, qui lui-même avait succédé à son père Léopold Javal. Une des belles-sœurs de Lily, Jeanne Javal, épousera Paul Weiss, et sera la mère de la journaliste Louise Weiss*.
En 1913, Lily Jean-Javal fait paraître un premier roman, Mésanges, publié dans le magazine La vie heureuse diffusé par Hachette. La guerre éclate en 1914 et son époux est appelé sous les drapeaux. Il décédera deux ans plus tard.
Lily Javal devient une des très nombreuses veuves de la Première guerre mondiale. Sans enfant, jouissant d'une bonne situation économique et sociale, elle voyage et écrit beaucoup : romans, essais, recueils poétiques et impressions de voyages et littérature pour la jeunesse qu'elle signe Lily Jean-Javal. Elle s'engage également dans différentes associations juives, religieuses et sionistes. Elle fait chaque années des dons importants à la grande Synagogue de la Victoire à Paris et collabore à différentes revues juives.
Dans le mensuel L'Univers Israélite, elle est une des rares femmes à signer régulièrement des chroniques culturelles, des comptes-rendus de conférences et d'ouvrages philosophiques et historique. Elle est aussi une des premières Françaises à se rendre en Palestine et à défendre la cause sioniste. Membre du comité français du Fonds d'achat de terres pour les colons juifs en Palestine, le Keren Hayesod, elle rencontre les grands leaders sionistes de l'entre-deux guerres. Pour faire connaître les besoins des pionniers, elle donne de nombreuses conférences et publie dans les magazines sionistes français Menorah et L'Appui français.
Lily Jean-Javal demeure une femme de lettres, fervente admiratrice de George Sand. Elle fait de nombreux pèlerinages à Nohant et s'en inspire pour écrire elle aussi des œuvres bucoliques dans lesquelles elle introduit des thèmes d'inspiration juive. Elle publie de très nombreux contes et romans pour la jeunesse, dont certains connaissent plusieurs rééditions. Lors d'un voyage au Portugal, elle découvre les marranes, ces juifs christianisés depuis plus de quatre siècles dont certains ont continué à judaïser en secret. En 1931, elle leur consacre un ouvrage, Sous le charme du Portugal. Elle publie encore des poésies en 1933, et des contes pour enfants jusqu'en 1935. Elle décède après la guerre, en 1958.
Lily Jean-Javal a laissé une œuvre caractéristique des premiers pas de la littérature pour enfants au début du XXe siècle. Sa coreligionnaire Eugénie Foa*, l'avait précédée dans ce domaine. Comme elle, Lily Jean-Javal a introduit dans ses romans des descriptions de pratiques juives peu connues du public. Dans Noémi paru en 1925, elle a rappelé des coutumes et des prières juives peu favorables aux femmes. L'héroïne est une jeune fille juive du pays basque, et l'évocation de la fête de Soukkot ouvre l'ouvrage :

- Sois loué, Eternel, notre Dieu, roi de l'univers qui a créé le fruit de la vigne.
Rodrigue Valnès emplit de vin doux cinq gobelets d'argent posés devant lui en distribua quatre à la ronde et but dans celui qui, réservé à l'officiant, portait gravé ce mot : Kasher " Saint en hébreu ", note dans le texte.. Puis découvant la rosque" Pain d'anis en patois gascon ", note dans le texte qu'enveloppait un précieux napperon espagnol brodé de lettres hébraïques, il le trempa dans le sel, la rompit en cinq parts et poursuivit :
- Soit loué, Eternel, notre Dieu, roi de l'univers, qui fais sortir le pain de la terre.
- Amen, murmurèrent les assistants et ils goûtèrent avec recueillement au pain consacré.
La bénédiction accomplie, Rodrigue Valnès et ses neveux, Joseph et Benjamin, enlevèrent leurs chapeaux qu'ils jetèrent sur une chaise, s'assirent, ainsi que Mme Valnès, et le repas commença.
C'était sur la terrasse, devant la couraline, vieille maison de style basque, à l'ombre de la Soukka . Cabane de fruits et de feuillages élevée à la fête des Tabernacles, en commémoration du séjour des Hébreux sous la tente. On y prend les repas pendant huit jours. ", note dans le texte
Mais, à table, une place restait vide, avec son morceau de rosque posé sur la serviette. Et quand Etienn/ette, la servante, apporta les palombes rôties et le riz aux tomates, Rodrigue Valnès demanda :
Alors, Mlle Noémi est introuvable ? […]
Au long du sentier sinueux, une jeune fille grimpa, sans hâte, la tête haute, sous le soleil. Elle apparut bientôt dans l'encadrement des feuilles et des fleurs. Le vent avait échevelé ses tresses noires nouées en une couronne autour de son front. Avec un léger bruit de feuillages froissés, elle glissa jusqu'à sa chaise, s'assit et déplia sa serviette. D'un ton docte, Joseph la salua par ces mots :
- Cousine, tu es une grande pécheresse.
- A tes yeux peut-être !
Benjamin dit :
- Ce matin je t'ai cherché au temple. Je ne pouvais croire à ton absence. C'est moi qui suis monté aux tribunes pour présenter le Loullab Palme, myrte et saule, noués en gerbe que portent avec un cédrat, les fidèles dans la procession de Soukkoth. aux dames et aux demoiselles… Dire qu'on vous accorde une fois par an une telle faveur, à vous, les femmes, qui ne comptez pour rien… et que tu l'as dédaigné ! D'ailleurs vous en êtes indignes… Vous ne savez même pas agiter le Loullab, vous autres, il n'y en a pas une sur dix qui sache prononcer la bénédiction !
Grand-père Israël trouvait d'ailleurs que le " sexe impur " ne devait pas toucher aux palmes ni à aucun objet rituel. C'était à ses yeux une profanation… Il avait raison conclut Joseph. Lily Jean-Javal, 1925, pp. 1-6.

" Saint en hébreu ", note dans le texte. " Saint en hébreu ", note dans le texte.
" Pain d'anis en patois gascon ", note dans le texte " Pain d'anis en patois gascon ", note dans le texte.
Cabane de fruits et de feuillages élevée à la fête des Tabernacles, en commémoration du séjour des Hébreux sous la tente. On y prend les repas pendant huit jours. ", note dans le texte Cabane de fruits et de feuillages élevée à la fête des Tabernacles, en commémoration du séjour des Hébreux sous la tente. On y prend les repas pendant huit jours. ", note dans le texte.
Palme, myrte et saule, noués en gerbe que portent avec un cédrat, les fidèles dans la procession de Soukkoth. Palme, myrte et saule, noués en gerbe que portent avec un cédrat, les fidèles dans la procession de Soukkoth.
Lily Jean-Javal, 1925, pp. 1-6. Lily Jean-Javal, 1925, pp. 1-6.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.