Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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KRAEMER-BACH Marcelle

1896-1990

Avocate et suffragette

La longue vie de Marcelle Bach commence à Paris en 1896. Elle épouse en premières noces Robert Crémieux, fils du sénateur du Gard, Fernand Crémieux, et frère de Suzanne Crémieux*. Le couple divorce quelques temps après la naissance de leur fils, Jean-Pierre Crémieux. Marcelle Bach poursuit ensuite des études de droit et s'inscrit au Barreau de Paris, en 1921. L'année suivante, Marcelle se remarie avec l'avocat Pierre Kraemer Raine.
Membre du Parti radical, Marcelle Kraemer-Bach est aussi militante pour le suffrage des femmes au sein de l'Union française pour le Suffrage des Femmes (U.F.S.F.). Lors du congrès de l'U.F.S.F. de 1919, elle présente un rapport sur les femmes dans les milieux ouvriers. En 1925, elle participe à la commission extraparlementaire de révision des droits de la femme et, en 1931, le ministre de la santé, Henri Queille, la charge d'une enquête sur les enfants déficients mentaux. Ses conclusions aboutissent à la création d'établissements spécialisés.
Réputée très bonne conférencière, Marcelle Kraemer-Bach est désignée au début des années trente pour mettre ses talents au service de la campagne nationale de l'U.F.S.F. et du Parti radical. Elle se rend notamment à Marseille le 15 avril 1932, dans le local de la nouvelle école de la Paix, rue Mongrand, où elle est invitée à animer une conférence organisée par Laure Beddouckh*, la secrétaire générale du comité régional de l'U.F.S.F. La visite de Marcelle Kraemer-Bach à Marseille marque aussi la création d'une nouvelle section féminine du Parti radical dans la cité phocéenne. En 1934, elle se rend aux États-Unis, au Congrès international des femmes à Chicago. La même année, elle est nommée secrétaire générale de l'U.F.S.F. alors présidée par Cécile Brunschvicg*.
Quelques mois après le début de la Seconde guerre mondiale, son fils unique, l'aspirant Jean-Pierre Crémieux, trouve la mort dans la bataille des Ardennes, le 14 mai 1940. Avertie de son décès, elle doit se rendre sur le champ de bataille pour reconnaître le corps de son fils. C'est après cette perte douloureuse qu'elle se convertit au catholicisme. Elle est baptisée par l'abbé Alterman, un ecclésiastique d'origine juive, connu pour avoir administré le baptême à d'autres artistes et intellectuels juifs. Mais comme ses anciennes coreligionnaires, Yvonne Netter* et Andrée Lehmann*, Marcelle Kraemer-Bach est elle aussi interdite d'exercice de sa profession d'avocate en 1941.
Elle rejoint alors le mouvement de résistance " Combat ". Sous le pseudonyme de Jeanne Kergaradec, elle est rattachée au service santé des Forces françaises de l'Intérieur. A la Libération, elle travaille au ministère des Prisonniers et Déportés où elle est chargée du dossier des enfants survivants du camp de concentration de Buchenwald. Elle reste fidèle à ses engagements féministes et participe aussi à la fondation de l'association " Les femmes républicaines " dont le but est de former les nouvelles électrices. Toujours très affectée par la mort de son fils unique, elle devient présidente de l'association " Les pères et mères des morts pour la France " pour laquelle elle signe souvent des articles.

Marcelle Kraemer-Bach a quatre-vingts douze ans lorsqu'elle fait elle-même paraître ses mémoires, La longue route. Deux ans plus tard, elle meurt à Paris, en mai 1990. Dans le faire-part de son décès paru dans Le Monde, son mari, Maître Pierre Kraemer-Raine, précise que Marcelle Kraemer-Bach était avocat honoraire à la cour de Paris, Commandeur de la Légion d'honneur et Grand officier de l'Ordre national du mérite. Après une cérémonie religieuse à l'Église Saint-Louis des Invalides, elle est inhumée au cimetière Montparnasse, dans le caveau de sa famille.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.