Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Véra Korene

KREMSDORF Édith née Odenwald

1921-1977

Résistante

puis responsable du Département social du F.S.J.U.

Édith Odenwald naît à Karlsruhe, en Allemagne, le 30 octobre 1921, dans une famille juive de tendance libérale. Elle commence ses études secondaires en Allemagne et adhère au mouvement de jeunesse juif Maccabi. En 1936, son père, ingénieur chimiste, est arrêté et interné au camp de Dachau. Il est libéré sous caution et se réfugie à Paris avec sa femme et ses deux filles. En France, Édith a la possibilité de poursuivre ses études au Cours secondaire de jeunes filles de Neuilly-sur-Seine et de rejoindre les Éclaireuses israélites de France.
En avril 1940, une injonction placardée sur les murs de la capitale enjoint la population d'origine allemande de se présenter au Vélodrome d'hiver. Édith s'y rend avec ses camarades en uniforme scout et elle est arrêtée. Les Allemands de Paris sont transférés du Vélodrome d'hiver au camp de Gurs dans les Basses-Pyrénées. Édith en sortira après l'armistice pour être assignée à résidence dans le même département, à Navarrenx, chez une boulangère qui exerce aussi les fonctions de sage femme et d'assistante sociale. Ce séjour aura une grande influence sur son avenir : il lui donnera envie d'être assistante sociale. En janvier 1941, Édith s'installe à Grenoble où elle soutient son père et sa jeune sœur après la mort prématurée de sa mère au mois d'août de la même année. C'est là qu'elle rejoint " la Sixième ", le réseau de résistance des Éclaireurs israélites. Elle prend le nom d'Édith Oberlin et travaille clandestinement jusqu'à la Libération. Ses fonctions sont multiples : agent de liaison, aide-puéricultrice, responsable d'une ferme-école et de transports d'enfants. Les précautions dont elle s'entoure, le hasard aussi, lui permettent d'échapper aux rafles allemandes au cours desquelles beaucoup de ses camarades sont pris et déportés.
A la Libération, Édith retourne à Paris. Elle travaille au Service social des jeunes, avenue de Ségur, et participe à l'accueil de nuit des anciens déportés à l'Hôtel Lutetia. Parallèlement, elle suit une formation d'assistante sociale à l'École ménagère et sociale de la rue Madame. Elle intègre ensuite les premières équipes de travailleuses sociales chargées de ramener les enfants cachés pendant la guerre ; équipes mises en place avec l'aide financière et professionnelle du Joint.
En 1948, le Joint propose à de jeunes travailleuses sociales françaises de compléter leur formation aux États-Unis. Édith en fait partie. Elle passe deux ans à l'Université de Chicago pour suivre le programme du second degré en Service social et administration Master's degree of Social Service and Administration., un diplôme qui n'existait pas encore en France et qui donnera une avance certaine à celles qui vont l'obtenir. A son retour à Paris, Édith Kremsdorf travaille au bureau français du Joint jusqu'en 1963. Elle y est chargée de la supervision, de la coordination et du développement des programmes familiaux et des personnes âgées. Elle participe parallèlement à la création du Fonds social juif unifié (F.S.J.U.) fondé à Paris en 1951.
En 1955, elle épouse Jacob Kremsdorf, un ancien déporté originaire de Pologne avec qui elle a une fille, Dina. De 1963 jusqu'à sa retraite en 1988, Édith Kremsdorf est responsable du Département social du F.S.J.U. qu'elle va diriger avec une autre assistante sociale, Gaby Cohen. En 1966, Édith apporte son soutien personnel à la création du mouvement de la Coopération Féminine au sien du F.S.J.U. et à la mise en place des Clubs de l'Amitié pour personnes âgées animés par ses bénévoles. Elle sera trésorière de l'Association des Clubs de l'Amitié de Paris et de l'Ile de France pendant de longues années. Poursuivant inlassablement ses efforts pour le bien être des plus âgés, Édith Kremsdorf est à l'origine de la création de trois foyers-logements qui leur sont destinés : la Résidence Moïse Léon à Paris, la Résidence des Oliviers à Marseille et la Villa Jacob à Nice. Elle participe aussi à divers groupes de travail, notamment à l'U.N.I.O.P.S. U.N.I.O.P.S. : Union Nationale Inter-fédérale des Oeuvres et des Organismes Privés Sanitaires et Sociaux dont elle est membre du bureau national et travaille régulièrement avec le Collectif Solidarité de Paris qui regroupe les responsables des associations caritatives de la ville.
Après avoir pris sa retraite, Édith Kremsdorf reste consultante bénévole au Département social du F.S.J.U. où elle se charge d'organiser diverses activités exceptionnelles. Elle oeuvra à la création d'un centre de jour pour personnes âgées, dont elle ne vit malheureusement pas l'inauguration. Elle décède à Paris le 22 février 1997.

Ce centre de jour qu'elle avait appelé de ses vœux est inauguré 16 rue du Pont aux Choux (dans le 3e arrondissement), le 24 octobre 2000, trois ans après son décès. Géré par l'Association juive de gérontologie, il reçoit le nom de Centre de jour Édith Kremsdorf. C'est un hommage à celle qui l'avait imaginé et qui fut une des figures les plus attachantes de la reconstruction sociale du judaïsme français d'après guerre.

Master's degree of Social Service and Administration.
U.N.I.O.P.S. : Union Nationale Inter-fédérale des Oeuvres et des Organismes Privés Sanitaires et Sociaux.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.