Édith Odenwald naît à Karlsruhe, en Allemagne,
le 30 octobre 1921, dans une famille juive de tendance libérale.
Elle commence ses études secondaires en Allemagne et adhère
au mouvement de jeunesse juif Maccabi. En 1936, son père,
ingénieur chimiste, est arrêté et interné
au camp de Dachau. Il est libéré sous caution et se
réfugie à Paris avec sa femme et ses deux filles.
En France, Édith a la possibilité de poursuivre ses
études au Cours secondaire de jeunes filles de Neuilly-sur-Seine
et de rejoindre les Éclaireuses israélites de France.
En avril 1940, une injonction placardée sur les murs de la
capitale enjoint la population d'origine allemande de se présenter
au Vélodrome d'hiver. Édith s'y rend avec ses camarades
en uniforme scout et elle est arrêtée. Les Allemands
de Paris sont transférés du Vélodrome d'hiver
au camp de Gurs dans les Basses-Pyrénées. Édith
en sortira après l'armistice pour être assignée
à résidence dans le même département,
à Navarrenx, chez une boulangère qui exerce aussi
les fonctions de sage femme et d'assistante sociale. Ce séjour
aura une grande influence sur son avenir : il lui donnera envie
d'être assistante sociale. En janvier 1941, Édith s'installe
à Grenoble où elle soutient son père et sa
jeune sur après la mort prématurée de
sa mère au mois d'août de la même année.
C'est là qu'elle rejoint " la Sixième ",
le réseau de résistance des Éclaireurs israélites.
Elle prend le nom d'Édith Oberlin et travaille clandestinement
jusqu'à la Libération. Ses fonctions sont multiples
: agent de liaison, aide-puéricultrice, responsable d'une
ferme-école et de transports d'enfants. Les précautions
dont elle s'entoure, le hasard aussi, lui permettent d'échapper
aux rafles allemandes au cours desquelles beaucoup de ses camarades
sont pris et déportés.
A la Libération, Édith retourne à Paris. Elle
travaille au Service social des jeunes, avenue de Ségur,
et participe à l'accueil de nuit des anciens déportés
à l'Hôtel Lutetia. Parallèlement, elle suit
une formation d'assistante sociale à l'École ménagère
et sociale de la rue Madame. Elle intègre ensuite les premières
équipes de travailleuses sociales chargées de ramener
les enfants cachés pendant la guerre ; équipes mises
en place avec l'aide financière et professionnelle du Joint.
En 1948, le Joint propose à de jeunes travailleuses
sociales françaises de compléter leur formation aux
États-Unis. Édith en fait partie. Elle passe deux
ans à l'Université de Chicago pour suivre le programme
du second degré en Service social et administration
,
un diplôme qui n'existait pas encore en France et qui donnera
une avance certaine à celles qui vont l'obtenir. A son retour
à Paris, Édith Kremsdorf travaille au bureau français
du Joint jusqu'en 1963. Elle y est chargée de la supervision,
de la coordination et du développement des programmes familiaux
et des personnes âgées. Elle participe parallèlement
à la création du Fonds social juif unifié (F.S.J.U.)
fondé à Paris en 1951.
En 1955, elle épouse Jacob Kremsdorf, un ancien déporté
originaire de Pologne avec qui elle a une fille, Dina. De 1963 jusqu'à
sa retraite en 1988, Édith Kremsdorf est responsable du Département
social du F.S.J.U. qu'elle va diriger avec une autre assistante
sociale, Gaby Cohen. En 1966, Édith apporte son soutien personnel
à la création du mouvement de la Coopération
Féminine au sien du F.S.J.U. et à la mise en place
des Clubs de l'Amitié pour personnes âgées animés
par ses bénévoles. Elle sera trésorière
de l'Association des Clubs de l'Amitié de Paris et de l'Ile
de France pendant de longues années. Poursuivant inlassablement
ses efforts pour le bien être des plus âgés,
Édith Kremsdorf est à l'origine de la création
de trois foyers-logements qui leur sont destinés : la Résidence
Moïse Léon à Paris, la Résidence des Oliviers
à Marseille et la Villa Jacob à Nice. Elle participe
aussi à divers groupes de travail, notamment à l'U.N.I.O.P.S.
dont elle est membre du bureau national et travaille régulièrement
avec le Collectif Solidarité de Paris qui regroupe les responsables
des associations caritatives de la ville.
Après avoir pris sa retraite, Édith Kremsdorf reste
consultante bénévole au Département social
du F.S.J.U. où elle se charge d'organiser diverses activités
exceptionnelles. Elle oeuvra à la création d'un centre
de jour pour personnes âgées, dont elle ne vit malheureusement
pas l'inauguration. Elle décède à Paris le
22 février 1997.
Ce centre de jour qu'elle avait appelé de ses vux est inauguré 16 rue du Pont aux Choux (dans le 3e arrondissement), le 24 octobre 2000, trois ans après son décès. Géré par l'Association juive de gérontologie, il reçoit le nom de Centre de jour Édith Kremsdorf. C'est un hommage à celle qui l'avait imaginé et qui fut une des figures les plus attachantes de la reconstruction sociale du judaïsme français d'après guerre.
Master's degree of Social Service and Administration.
U.N.I.O.P.S. : Union Nationale Inter-fédérale des Oeuvres et des Organismes Privés Sanitaires et Sociaux.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.