Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



Retour à l'Afmeg :

Logo clicable de l'afmeg









Sarah Leibovivci

Sarah Leibovivci

LEIBOVICI Sarah

1921-1990

Enseignante et femme de lettres

C'est en 1921 que Sarah Lévy vient au monde à Casablanca, capitale économique du Maroc alors en pleine expansion. De vieille souche séfarade, sa famille était auparavant installée à Tétouan, dans le Maroc espagnol. Sarah fait ses études secondaires à Casablanca. Devenue épouse Leibovici, elle donne naissance à deux fils. Mais leur père a à peine le temps de les voir grandir. Appelé en France sous les drapeaux au début de la Seconde guerre mondiale, son mari meurt très peu de temps après.
Sarah Leibovici est encore très jeune lorsque se retrouve veuve et chargée de famille. Elle connaît des années difficiles. Elle enseigne d'abord à l'école franco-israélite de Casablanca tout en poursuivant des études d'espagnol. Reçue à l'agrégation, elle enseigne au lycée de jeunes filles de la ville. En 1965, elle quitte le Maroc et s'installe à Paris avec sa mère et ses fils. Quelques temps enseignante au Lycée Fénelon à Paris, elle est ensuite nommée en Israël où elle assure, de 1970 à 1977, la direction des études de français au lycée de l'Alliance israélite universelle à Tel Aviv. A son retour en France, Sarah Leibovici se consacre davantage à l'écriture et à la recherche, domaines qu'elle avait toujours explorés parallèlement à son travail d'enseignante.
Dans les années cinquante, au Maroc, Sarah Leibovici avait déjà écrit pour plusieurs journaux. Elle collaborait au périodique israélite Noar auquel elle envoyait régulièrement des articles en judéo-espagnol. Installée à Paris, elle signe des articles dans Les Nouveaux Cahiers, le mensuel publié sous l'égide de l'A.I.U. Elle y traite principalement de la culture séfarade et particulièrement de celle des juifs de Tétouan et de Tanger. Également passionnée de culture espagnole contemporaine, Sarah Leibovici traduit les auteurs argentins Atahualpa Yupanqui et Luis Borges. En 1982, elle dirige un premier ouvrage, Mosaïques de notre mémoire : les judéo-espagnols du Maroc, qui sera suivi d'autres publications sur l'Espagne et sur les séfarades du Maroc.
Le 16 décembre 1990, Sarah Leibovici meurt à Paris, laissant plusieurs ouvrages inachevés. Sept ans auparavant, elle avait rédigé pour l'A.I.U. un opuscule retraçant les itinéraires de généreux donateurs et donatrices. A sa mort, c'est à son tour d'être honorée dans les Cahiers de l'Alliance, qui charge le bibliothécaire de l'A.I.U. de dresser une bibliographie Jean-Claude Kupermine, "Essai de bibliographie des oeuvres de Sarah Leibovici" Les Cahiers de l'A.I.U., n° 22, 1991, pp. 50-53. de ses œuvres dont nous avons sélectionné un des articles.

Si Sarah Leibovici avait peu écrit sur elle-même, elle avait souvent recueilli les paroles des autres. Elle s'était particulièrement appliquée à recueillir les souvenirs de grands-mères séfarades. Dans " Le Diable bleu ", elle se fait le porte-parole d'Esther Barzilaï, francophone comme elle, dont l'itinéraire fut difficile de Salonique à Tel Aviv :

Voilà, je suis née en l'an 1901, la deuxième nuit de Hanouka, la fête des Lumières. C'est facile à compter, dans quelques jours j'aurai soixante-quinze ans. A Salonique, il neige toujours pour Hanouka, et cette nuit-là, la neige était terrible. Et moi je ne voulais pas sortir du ventre de ma mère ! Elle avait déjà eu quatre garçons et sur les quatre, deux étaient morts, les pauvres… J'avais le pressentiment d'une vie difficile et je ne voulais pas sortir ! Alors mon père est allé chercher dix rabbins et ils s'étaient tous assis autour de la grande table de la salle à manger, et ils avaient dit des prières pendant des heures, pour que je me décide plus vite. Et quand je suis enfin sortie, tout le monde a dit : Mazel Tov (Bonne chance). […]
Ma mère était une femme très poétique. Elle avait une voix de cigale et des mains de fée. Nous n'étions pas riches, mais il y avait toujours de quoi manger, même pour les pauvres qui frappaient à notre porte… A tous ceux qui venaient, maman posait la même question : " Ya comites ? ", c'est à dire : " tu as déjà mangé ? ". Si bien que dans la famille on ne l'appelait pas Myriam, mais " Ya comites ". […]
J'étais folle de lecture. Nous avions beaucoup de livres à la maison, en hébreu, en espagnol et en français et mon oncle avait une bibliothèque colossale. A neuf ou dix ans, j'avais déjà lu La porteuse de pain, Les misérables et même Les mystères du Bosphore, avec beaucoup de sexe dedans. […]
Comme c'était beau, Salonique. On l'appelait le "Petit Paris" ou le "Petit
Jérusalem !" Nous étions très nombreux, plus de cent mille, et la ville était presque juive… Non je ne suis pas à plaindre. J'ai eu une vie très intéressante. Je suis encore une femme heureuse. J'aime la lecture, j'aime la musique, je joue de la mandoline, je m'amuse même à composer. Je couds, je fais du crochet et j'offre mes ouvrages. Je jouis des feuilles sur les arbres et roses sur la branche… Je m'intéresse à l'art surtout à la peinture. Tenez il y a quatre ans je me suis inscrite à l'école A.B.C. de Paris. Ils m'ont envoyé douze livres. Le peintre que j'aime le plus, c'est cet imbécile qui s'est coupé une oreille. Van Gogh ! il est facile à reproduire, et puis il met des couleurs merveilleuses. Les couleurs sombres, moi je ne les aime pas ! Sarah Leibovici, "Le "Diable bleu" d'Esther Barzilaï", pp. 61-73

Jean-Claude Kupermine, "Essai de bibliographie des oeuvres de Sarah Leibovici" Les Cahiers de l'A.I.U., n° 22, 1991, pp. 50-53.
Sarah Leibovici, "Le "Diable bleu" d'Esther Barzilaï", pp. 61-73.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.