Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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LEVY Madeleine

1918-1944

Assistante sociale, morte en déportation à Auschwitz

Madeleine Lévy naît à Paris le 18 novembre 1918. Elle est la petite fille du Capitaine Alfred Dreyfus par sa mère, Jeanne Dreyfus, épouse de Pierre Paul Lévy. Le couple a deux enfants, Madeleine et sa sœur aînée, Simone. Après des études au lycée Molière, Madeleine prépare en 1940 un diplôme d'assistante sociale et de Surintendante. Mais les lois raciales instaurées par le gouvernement de Vichy l'empêchent de passer ses examens à Paris, elle devra le faire à Clermont-Ferrand.
Très vite, la capitale devient trop dangereuse pour la famille Lévy qui se réfugie à Toulouse, ville natale du père de Madeleine. Lucie Dreyfus*, leur grand-mère maternelle, veuve du capitaine Dreyfus décédé en 1935, est avec eux. A Toulouse, Madeleine travaille avec la Croix-Rouge comme assistante sociale départementale au Secours national. C'est un poste particulièrement dangereux, car continuellement en contact avec la Gestapo. Elle utilise donc le nom de " Dupuy ", adopté par d'autres membres de la famille. Parallèlement, elle s'engage dans la Résistance et intègre le groupe Combat qui fusionne en 1943 avec les Mouvements Unis de la Résistance. Elle y est nommée adjudant des F.F.I. (Forces françaises de l'Intérieur), mais refuse l'engagement qu'on lui propose dans la première unité de combat à Lyon.

Elle se sait recherchée par la Gestapo et par la Milice. Un tract dénonciateur circule dans Toulouse : " Juifs ?… non ! Juives. La Juive qui n'ose pas dire son nom. Elle se fait appeler Mademoiselle Madeleine, mais elle s'appelle Lévy "Cité parMichel Burns, 1994, p. 561. Alors Madeleine évite de se rendre dans l'appartement que sa famille loue rue Delbade. Le soir du 3 novembre 1943, elle y retourne cependant pour récupérer quelques affaires. Elle est immédiatement arrêtée et transférée à Drancy. Elle n'y restera que quelques jours. Elle est déportée au camp d'extermination d'Auschwitz, le 19 novembre 1943, par le convoi n° 62. Ce convoi transporte mille deux cents personnes, dont cinq cent quatre-vingt six femmes et quatre-vingt trois enfants de moins de douze ans. Dans le même wagon que Madeleine, le jeune étudiant juif, Claude Lehmann, et une autre assistante sociale, Nicole Weil*, font leur possible pour venir en aide aux enfants entassés avec eux dans les wagons à bestiaux. Claude Lehmann reviendra de déportation, Madeleine et Nicole ne reviendront pas.

Les témoignages de rescapés ne permettent pas de connaître exactement les circonstances de la mort de Madeleine Lévy pour savoir si elle est morte à son arrivée à Auschwitz, ou si elle a succombé au typhus sévissant dans le camp en janvier 1944. Mais, quel que soit le moment exact de sa mort, elle reste celle d'une victime de la barbarie nazie. Cette barbarie que Madeleine avait combattue, comme le faisait sa sœur aînée, Simone, qui épousera plus tard Serge Perl, membre de l'Organisation juive de Combat de Toulouse.

Le corps de Madeleine Lévy ne fut jamais retrouvé. Deux ans après la fin de la guerre, elle est officiellement portée disparue par l'état civil. En 1950, elle est décorée à titre posthume de la Croix de guerre et de la Médaille militaire avec palmes. Au cimetière Montparnasse, son nom, suivi de la mention
" déportée par les Allemands à Auschwitz ", est inscrit sur la tombe de ses grands-parents, Alfred et Lucie Dreyfus.

Cinquante ans après sa déportation, le 3 novembre 1993, une annonce dans le journal Le Monde honore sa mémoire : " Sa famille et ses amis rappellent avec émotion son lumineux souvenir. "

Cité parMichel Burns, 1994, p. 561.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.