Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Renée Levy

LEVY Renée

1906-1943

Résistante, décapitée en prison à Cologne

Petite fille d'Alfred Lévy, Grand Rabbin de France de 1907 à 1919, Renée Léa Lévy est née à Auxerre, le 25 septembre 1906, dans une famille d'universitaires. Son père, Léon Lévy, décédé quatre ans après sa naissance, avait participé à la création des premières Amicales des professeurs de l'enseignement secondaire. Sa mère, Berthe Lévy, fait partie d'une des premières promotions de l'École normale supérieure de Sèvres. Quelques années après la naissance de sa fille, elle est nommée en 1912 professeur de Lettres au lycée Victor-Hugo à Paris.
C'est dans ce même établissement que Renée Lévy passe son baccalauréat avant de poursuivre ses études en Sorbonne. Reçue à l'agrégation de Lettres classiques en 1932, elle est d'abord nommée au lycée de jeunes filles de Lille. Elle est ensuite mutée à Paris, au lycée Victor-Duruy puis au lycée Victor-Hugo où elle avait été élève. A la promulgation du premier statut des juifs de juin 1940 leur interdisant d'exercer dans la fonction publique, Renée est contrainte de quitter le poste de professeur de grec et de latin qu'elle occupe au lycée Victor-Hugo.
Des amis lui proposent alors de se réfugier dans un village des Alpes. Elle refuse, reste à Paris et rejoint le réseau de résistance dit du Musée de l'Homme. Elle diffuse tracts et journaux, notamment le discours de Churchill du 21 octobre 1940 : " Rassemblez vos forces pour l'aube, car l'aube viendra ", et le journal clandestin Résistance. Mais ce tout premier réseau de résistance parisien est démantelé. Renée Lévy rejoint alors le réseau Hector. A l'aide d'un poste émetteur de radio dissimulé chez elle, Renée envoie à Londres des informations sur le matériel et les mouvements des troupes allemandes.
Dénoncée, elle est arrêtée par les Allemands le 25 octobre 1941. Elle est incarcérée à la prison de la Santé à Paris, puis transférée en Allemagne le 11 février 1942 avec d'autres victimes du décret allemand " Nuit et Brouillard " visant à faire disparaître les prisonniers sans laisser de traces. D'après des témoignages de ses codétenues Marie-Louise Chatel et Rose Santini, Renée Lévy est d'abord emprisonnée à Aix-la-Chapelle puis à Essen. Le 30 avril 1943, elle comparaît devant un tribunal de Coblence qui prononce sa condamnation à mort. Elle est décapitée à la hache, à Cologne, le 31 août 1943. Avant de mourir elle aurait déclaré à ses bourreaux : " Je suis Française et j'ai bien fait de servir mon pays. Je regrette seulement de n'avoir pas pu en faire davantage. "
La mère et la sœur de Renée Lévy, Madame Grun, avocate à la cour, ont également été arrêtées et déportées en 1943. Seule sa mère a survécu.
Après la guerre, la dépouille de Renée Lévy est ramenée en France pour être inhumée au Mont Valérien à Suresnes, dans le Mémorial de la France combattante. Une cérémonie imposante accompagne ce retour qui se déroule le 11 novembre 1945 avec celui des dépouilles de quinze autres résistants. Deux femmes reposent dans la crypte du Mémorial de la France combattante : Renée Lévy et Berthie Albrecht. Berthie Albrecht (1893-1943) a été cofondatrice du réseau de résistance
Renée Lévy sera encore honorée plusieurs fois à titre posthume : elle est citée à l'ordre de la nation en 1946, puis décorée de la Croix de guerre avec palmes et de la Médaille de la Résistance. Le 11 août 1947, la mention
" Mort pour la France " est portée sur son acte de décès. En 1955, elle est nommée Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume. Une plaque apposée à son domicile parisien, 6 rue de Normandie, rappelle sa mémoire aux passants. Dans le hall d'entrée du lycée Victor-Hugo, une plaque lui rend hommage :

Résistante de la première heure, n'a cessé de faire preuve du patriotisme le plus ardent et d'une activité sans cesse renouvelée, tant au cours de dangereuses missions dont elle fut chargée, qu'au cours de sa longue captivité. Mademoiselle Lévy, qui a appartenu successivement à deux organisations de résistance pour lesquelles elle recueillit des renseignements sur les fabrications de matériel et les installations militaires de l'ennemi, fut arrêtée par la Gestapo au début décembre 1941 et incarcérée à la Santé. Déportée peu après, elle fut condamnée à mort, sans que les bourreaux aient réussi à tirer d'elle la moindre indication sur son activité passée et décapitée en août 1943 à Cologne. Remarquable exemple de fermeté d'âme et d'héroïsme.Plaque de marbre et citation apposées au lycée Victoir-Hugo à Paris, dans lequel Renée Lévy fut élève puis professeur

Avec Berthie Albrecht, Danielle Casanova, Yvonne Leroux, Mère Élisabeth et Simone Michel-Lévy Simone Michel-Lévy (1906-1945) n'était pas juive, contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom. Employée des Postes et résistante, elle a été déportée en Allemagne, et a été pendue après avoir commis des actes de sabotage. Elle est une des six femmes parmi les mille soixante et un Compagnons de la Libération distingués par le général De Gaulle, Renée Lévy est une des six résistantes figurant en effigie sur des timbres-poste français.

Berthie Albrecht (1893-1943) a été cofondatrice du réseau de résistance Combat. Incarcérée à la prison de Fresnes, on y retrouva son corps mutilé.
Plaque de marbre et citation apposées au lycée Victoir-Hugo à Paris, dans lequel Renée Lévy fut élève puis professeur.
Simone Michel-Lévy (1906-1945) n'était pas juive, contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom. Employée des Postes et résistante, elle a été déportée en Allemagne, et a été pendue après avoir commis des actes de sabotage. Elle est une des six femmes parmi les mille soixante et un Compagnons de la Libération distingués par le général De Gaulle.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.