Petite fille d'Alfred Lévy, Grand Rabbin de France de 1907 à
1919, Renée Léa Lévy est née à Auxerre,
le 25 septembre 1906, dans une famille d'universitaires. Son père,
Léon Lévy, décédé quatre ans après
sa naissance, avait participé à la création des
premières Amicales des professeurs de l'enseignement secondaire.
Sa mère, Berthe Lévy, fait partie d'une des premières
promotions de l'École normale supérieure de Sèvres.
Quelques années après la naissance de sa fille, elle est
nommée en 1912 professeur de Lettres au lycée Victor-Hugo
à Paris.
C'est dans ce même établissement que Renée Lévy
passe son baccalauréat avant de poursuivre ses études
en Sorbonne. Reçue à l'agrégation de Lettres classiques
en 1932, elle est d'abord nommée au lycée de jeunes filles
de Lille. Elle est ensuite mutée à Paris, au lycée
Victor-Duruy puis au lycée Victor-Hugo où elle avait été
élève. A la promulgation du premier statut des juifs de
juin 1940 leur interdisant d'exercer dans la fonction publique, Renée
est contrainte de quitter le poste de professeur de grec et de latin
qu'elle occupe au lycée Victor-Hugo.
Des amis lui proposent alors de se réfugier dans un village des
Alpes. Elle refuse, reste à Paris et rejoint le réseau
de résistance dit du Musée de l'Homme. Elle diffuse tracts
et journaux, notamment le discours de Churchill du 21 octobre 1940 :
" Rassemblez vos forces pour l'aube, car l'aube viendra ",
et le journal clandestin Résistance. Mais ce tout premier
réseau de résistance parisien est démantelé.
Renée Lévy rejoint alors le réseau Hector. A l'aide
d'un poste émetteur de radio dissimulé chez elle, Renée
envoie à Londres des informations sur le matériel et les
mouvements des troupes allemandes.
Dénoncée, elle est arrêtée par les Allemands
le 25 octobre 1941. Elle est incarcérée à la prison
de la Santé à Paris, puis transférée en
Allemagne le 11 février 1942 avec d'autres victimes du décret
allemand " Nuit et Brouillard " visant à faire disparaître
les prisonniers sans laisser de traces. D'après des témoignages
de ses codétenues Marie-Louise Chatel et Rose Santini, Renée
Lévy est d'abord emprisonnée à Aix-la-Chapelle
puis à Essen. Le 30 avril 1943, elle comparaît devant un
tribunal de Coblence qui prononce sa condamnation à mort. Elle
est décapitée à la hache, à Cologne, le
31 août 1943. Avant de mourir elle aurait déclaré
à ses bourreaux : " Je suis Française et j'ai bien
fait de servir mon pays. Je regrette seulement de n'avoir pas pu en
faire davantage. "
La mère et la sur de Renée Lévy, Madame Grun,
avocate à la cour, ont également été arrêtées
et déportées en 1943. Seule sa mère a survécu.
Après la guerre, la dépouille de Renée Lévy
est ramenée en France pour être inhumée au Mont
Valérien à Suresnes, dans le Mémorial de la France
combattante. Une cérémonie imposante accompagne ce retour
qui se déroule le 11 novembre 1945 avec celui des dépouilles
de quinze autres résistants. Deux femmes reposent dans la crypte
du Mémorial de la France combattante : Renée Lévy
et Berthie Albrecht.
Renée Lévy sera encore honorée plusieurs fois à
titre posthume : elle est citée à l'ordre de la nation
en 1946, puis décorée de la Croix de guerre avec palmes
et de la Médaille de la Résistance. Le 11 août 1947,
la mention
" Mort pour la France " est portée sur son acte de
décès. En 1955, elle est nommée Chevalier de la
Légion d'honneur à titre posthume. Une plaque apposée
à son domicile parisien, 6 rue de Normandie, rappelle sa mémoire
aux passants. Dans le hall d'entrée du lycée Victor-Hugo,
une plaque lui rend hommage :
Résistante de la première heure, n'a cessé
de faire preuve du patriotisme le plus ardent et d'une activité
sans cesse renouvelée, tant au cours de dangereuses missions
dont elle fut chargée, qu'au cours de sa longue captivité.
Mademoiselle Lévy, qui a appartenu successivement à deux
organisations de résistance pour lesquelles elle recueillit des
renseignements sur les fabrications de matériel et les installations
militaires de l'ennemi, fut arrêtée par la Gestapo au début
décembre 1941 et incarcérée à la Santé.
Déportée peu après, elle fut condamnée à
mort, sans que les bourreaux aient réussi à tirer d'elle
la moindre indication sur son activité passée et décapitée
en août 1943 à Cologne. Remarquable exemple de fermeté
d'âme et d'héroïsme.
Avec Berthie Albrecht, Danielle Casanova, Yvonne Leroux, Mère Élisabeth et Simone Michel-Lévy
, Renée Lévy est une des six résistantes figurant en effigie sur des timbres-poste français.
Berthie Albrecht (1893-1943) a été cofondatrice du réseau de résistance Combat. Incarcérée à la prison de Fresnes, on y retrouva son corps mutilé.
Plaque de marbre et citation apposées au lycée Victoir-Hugo à Paris, dans lequel Renée Lévy fut élève puis professeur.
Simone Michel-Lévy (1906-1945) n'était pas juive, contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom. Employée des Postes et résistante, elle a été déportée en Allemagne, et a été pendue après avoir commis des actes de sabotage. Elle est une des six femmes parmi les mille soixante et un Compagnons de la Libération distingués par le général De Gaulle.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.