Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Jacqueline Levy-Willard

LEVY-WILLARD Jacqueline

1914-1992

Cofondatrice du mouvement la " Coopération Féminine "

Jacqueline Lévy naît à Bordeaux le 11 novembre 1914. Ses parents, Georges Lévy et Sarah Bauer, sont tous deux d'origine juive alsacienne. Le père de Jacqueline occupe de hautes fonctions dans la magistrature ; blessé pendant la Première guerre mondiale, il meurt en 1921 des suites de ses blessures. Quelques temps après, Jacqueline, sa sœur Denise et leur mère s'installent à Paris. La jeune fille fréquente les cercles de l'Union libérale israélite qui a son siège à la synagogue de la rue Copernic. Elle participe aussi aux débuts des Éclaireurs israélites de France (E.I.F.), mouvement fondé par Robert Gamzon et le rabbin Schilli, et poursuit des études supérieures d'archéologie.
En 1938, Jacqueline épouse Jacques Lévy-Willard, ingénieur des Mines, affilié à la Communauté juive traditionaliste de la rue Montevideo. Le couple a trois enfants : Denis en 1939, qui sera ingénieur comme son père ; Annette en 1946, future journaliste à Libération ; et Étienne en 1949, qui s'engagera dans une carrière commerciale.
Lorsque la Seconde guerre mondiale éclate, Jacqueline Lévy-Willard est jeune mariée et n'a qu'un seul enfant. Elle décide de suivre son mari, alors militaire, dans la région de Bordeaux. Lorsque l'armée allemande occupe la ville, elle réalise vite l'ampleur du danger et rejoint la zone libre. Elle est à Nice quand les troupes allemandes s'y installent en 1943. Sachant que la petite gare qui mène vers la montagne n'est pas encore gardée, elle en profite pour fuir à nouveau avec sa famille dans les Alpes. Réfugiés à Saint-Pierre-d'Argenson, dans la région de Gap, ils sont logés dans des conditions très rustiques, mais hors de danger. Elle organise alors des cours de rattrapage pour les enfants juifs cachés dans le voisinage.
A la Libération, Jacqueline Lévy-Willard s'engage activement dans les activités sociales et culturelles de la communauté juive alors en plein renouveau. L'esprit toujours en éveil, elle fourmille d'idées. Elle est à l'origine de la création du Merkaz, le centre social israélite de Montmartre Le Merkaz de Montmartre est situé 12 rue des Saules, dans le 18e arrondissement fondé par le Conseil représentatif du judaïsme traditionaliste de France (C.R.I.T.E.F.). Au début des années soixante, après l'arrivée massive de juifs d'Afrique Nord, elle organise, avec Micheline Trèves, des cours de soutien scolaire et des activités récréatives pour les enfants. Jacqueline s'intéresse aussi au troisième âge et fonde le premier Club pour personnes âgées isolées. C'est ce Club qui servira de modèle aux " Clubs de l'amitié " de la Coopération Féminine, le mouvement qu'elle créera quelques années plus tard avec ses amies. Pour financer ces projets, elle collecte des fonds et organise des galas avec l'aide de Yvette Kalmanowicz, collaboratrice permanente du F.S.J.U.
En 1965, Jacqueline Lévy-Willard est une des rares femmes à faire partie du Bureau national du Fonds social juif unifié (F.S.J.U.). Avec Viviane Issembert, elle y lance l'idée d'organiser des rencontres entre les bénévoles et les professionnels du travail communautaire. Micheline Trèves, alors rapporteur de la Commission sociale du F.S.J.U., appuie leur projet. Le mouvement de la Coopération Féminine est né. Il va permettre au bénévolat de se structurer et de s'imposer au sein de la communauté juive. Pendant plus de vingt ans, Jacqueline Lévy-Willard va y consacrer tous ses efforts et son savoir faire. Pleine d'imagination ; ses amies de la Coopération Féminine la considèrent comme " une mitraillette à idées " et apprécient aussi son humour.
Femme d'une grande culture et passionnée d'art, Jacqueline Lévy-Willard collabore également au Musée d'art juif Le Musée d'Art Juif de Paris était également abrité au Merkaz de Montmartre. Elle est une des premières guides du Paris juif et commente les visites de la rue des Rosiers ou de l'ancien cimetière " portugais " de la rue des Flandres… Parmi les initiatrices du journal de la Coopération Féminine qui voit le jour en 1971, c'est elle qui rédige le premier éditorial dans lequel elle insiste sur l'importance de l'étude du judaïsme et de la formation pour les femmes : " Si nous voulons reprendre les vraies valeurs du Judaïsme, il nous faut faire l'effort d'étudier ces valeurs, apprendre à les connaître et à les faire respecter, nous réintroduire dans le Judaïsme par nos propres moyens. […] Et si quelqu'un d'entre nous, en sortant d'une de nos conférences, après avoir lu un des livres de nos bibliothèques, après avoir étudié l'article que nous aurons choisi, si quelqu'un se dit : ''Cela vaut la peine d'être médité'', alors nous n'aurons pas perdu notre temps.Jacqueline Lévy-Willard, " A la recherche du temps perdu ", Coopération Féminine, n° 1, 1971, p. 1" Après une série de fiches historiques sur les lieux de la mémoire juive de France, elle publie aussi d'autres textes où son imagination et son humour s'expriment librement. Si elle occupe plusieurs fonctions à la Coopération Féminine, elle refuse à maintes reprises d'en assumer la responsabilité officielle, fidèle ainsi à sa modestie et à son souci de liberté.
Dans les années quatre-vingt, la maladie oblige Jacqueline Lévy-Willard à cesser ses activités. Elle continue néanmoins à suivre avec intérêt la vie du mouvement dont elle avait été co-fondatrice. Elle ne peut assister en 1987 aux festivités marquant le vingt-cinquième anniversaire de la Coopération Féminine, mais elle adresse à ses bénévoles un court message exprimant toute l'admiration qu'elle leur porte :

Message à celles qui sont toujours là.
Dès le début, on a rencontré des femmes de toutes catégories ; depuis la dame snob qui croyait encore aux goûters de bienfaisance, ou la petite jeune qui rêvait de sit-in.
On a reçu la femme, pleine de bonne volonté, qui nous a offert tout son temps mais n'a pas tenu une semaine, alors que celle qui n'avait rien promis est encore là aujourd'hui.
Nous avons vu les femmes qui travaillaient dans l'ombre dont on connaissait à peine le nom mais sur qui on pouvait compter quoiqu'il arrive.
Le message que j'envoie aujourd'hui est destiné à celles pour qui, après vingt-cinq ans, la rue de Téhéran est toujours leur résidence secondaire, et le téléphone leur instrument de travail.
A toutes, professionnelles, volontaires, éducatrices et autres, que j'ai vues à l'œuvre, je dédie mon admiration.Jacqueline Lévy-Willard, Éditorial, Coopération Féminine, n°78-79, 1993, p. 3

Cinq ans plus tard, Jacqueline Lévy-Willard décède à Paris, le 20 décembre 1992, à l'âge de soixante-dix-neuf ans. Elle repose au cimetière Montparnasse. Son amie Liliane Klein-Lieber lui rend hommage dans la revue Coopération Féminine : " Peu désireuse de ''paraître'', elle était pour nous un maître à penser. Elle jetait des idées que nos ramassions. Son sens de l'humour ne la quittait jamais. Elle ne se prenait pas au sérieux, se moquait volontiers d'elle-même comme des autres d'ailleurs, de façon incisive, mais toujours bienveillante.Liliane Klein-Lieber, " La Coopération Féminine est en deuil. Un dernier adieu à Jacqueline Lévy-Willard ", Coopération Féminine, n° 78-79, 1993, p. 3."

Le Merkaz de Montmartre est situé 12 rue des Saules, dans le 18e arrondissement.
Le Musée d'Art Juif de Paris était également abrité au Merkaz de Montmartre.
Jacqueline Lévy-Willard, " A la recherche du temps perdu ", Coopération Féminine, n° 1, 1971, p. 1.
Jacqueline Lévy-Willard, Éditorial, Coopération Féminine, n°78-79, 1993, p. 3.
Liliane Klein-Lieber, " La Coopération Féminine est en deuil. Un dernier adieu à Jacqueline Lévy-Willard ", Coopération Féminine, n° 78-79, 1993, p. 3.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.