Dans son autobiographie, Avec le soleil pour témoin, Mireille raconte son enfance heureuse au sein d'une famille de juifs émigrés à Paris. Quand elle vint au monde, boulevard Saint-Martin, le 30 septembre 1906, son père, Henri (Hendel) Hartuch, immigré de Pologne, est pelletier à domicile. Mathilda Rubinstein, sa mère, est d'origine britannique et fait partie d'une famille d'artistes et de musiciens. Dès l'âge de quatre ans, Mireille est initiée au piano. A douze ans, ses parents lui offrent le cadeau de ses rêves : un piano à queue. Mais ses mains trop petites l'obligent à renoncer à une carrière de pianiste. Elle n'abandonne pas pour autant sa volonté d'être artiste, et se présente, quelques mois avant ses seize ans, à une audition au théâtre de l'Odéon. Elle est retenue pour de petits rôles et le directeur du théâtre l'inscrit à l'affiche sous son simple prénom, Mireille. La jeune femme compose aussi des mélodies jugées jolies, originales et populaires par ses premiers auditeurs ; trois qualités qui seront la clé de son succès. En 1928, Mireille rencontre Jean Dauphin, alors avocat, qui mènera ensuite une carrière artistique sous le nom de Jean Nohain. Il est parolier, elle est musicienne : ils entament une collaboration qui va durer des années. Leur première uvre, Fouchtras opérette américaine, est si démesurée qu'aucun directeur de théâtre ne consent à l'écouter jusqu'au bout. C'est pourtant Couchés dans le foin, une chanson extraite de ce livret qui marque le début du succès de ses auteurs. Elle est enregistrée par le duo Pills et Tabet, en l'absence de Mireille qui se trouvait aux États-Unis, et connaît un succès immédiat. De retour en France, Mireille débute à la salle de l'A.B.C. en 1934. Elle y interprète elle-même les chansons dont elle compose la musique. Très vite les galas et les enregistrements se multiplient. Le style gai et léger de Mireille s'impose. Comme celui de Maurice Chevalier ou de Charles Trénet, il adoucit la morosité des années 1930. En 1937, Mireille épouse Emmanuel Berl, journaliste et rédacteur en chef de la revue Marianne, lui aussi d'origine juive. Elle est sa quatrième et la dernière épouse. Ils vivront en effet ensemble pendant quarante ans, jusqu'au décès d'Emmanuel Berl. Deux ans après leur mariage, la France est occupée. Mireille est interdite d'antenne comme les autres chanteurs juifs. Elle et son mari se réfugient à Argentat, en Corrèze. Ses activités de résistante lui vaudront d'être nommée membre du Comité de Libération d'Argentat et présidente de l'Union des femmes françaises de cette ville. Après la guerre, et jusqu'à la fin de sa vie, Mireille compose sans relâche de nouvelles mélodies qui l'imposent comme une des meilleures promotrices de la chanson française. Elle présente à la radio l'émission " Du côté de Mireille " et fonde en 1954 le Petit conservatoire de la chanson, véritable institution qui reçoit des milliers d'élèves et forme des dizaines de vedettes. En 1995, Mireille monte son ultime spectacle au Théâtre national de Chaillot. Un an plus tard, elle est hospitalisée pour un dème pulmonaire et s'éteint le 29 décembre 1996 dans une clinique parisienne à l'âge de quatre-vingt dix ans. Elle était Officier de l'ordre national du Mérite, Commandeur des Arts et des Lettres et Commandeur de la Légion d'honneur.
Mireille a créé plus de six cent mélodies, celle qu'elle avait composée pour la chanson Couchés dans le foin, et qui la fit connaître en 1932, est restée le titre phare de son répertoire :
Couchés dans le foin Avec le soleil pour témoin Un p'tit oiseau qui chante au loin On s'fait des aveux Et d'grands serments et des vux On a des brindill's plein les ch'veux On s'embrasse et l'on se trémousse Ah que la vie est douce, douce Couchés dans le foin avec le soleil pour témoin. (refrain)
Vous connaissez des femmes du monde
Qui jusqu'à quatre-vingts ans restent blondes
Qui sont folles de leur corps.
Pour leurs amours il leur faut des décors
Des tapis, des coussins en or
De la lumière tamisée
Et des tentures irisées
Estompant sous leurs baisers
Des appas trop usés.
Eh bien, tant pis,
Mais c'est dommage.
Quand on est vigoureux, quand on aime et qu'on a mon âge
Tous ces décors sont superflus
Les canapés je n'en veux plus
Je ne fais plus l'amour en cage
Gardez, gardez vos éclairages. 
Cité par Serge Dillaz, La chanson sous la Troisème République,Paris, 1991, pp. 219-220.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.