Irène Némirovsky est née à Kiev en Russie, le 11 février 1903. Sa famille juive est aisée et évolue dans un milieu cosmopolite. Son père, Léon Némirovsky, est un homme d'affaires entreprenant. Chassée par la Révolution d'octobre, sa famille s'exile d'abord en Finlande puis en Suède, avant de se fixer à Paris en 1919. Irène passe son baccalauréat, prépare une licence de lettres à la Sorbonne et commence très tôt à écrire. Son premier récit, L'enfant génial, paraît en 1917. Elle épouse le banquier Michel Epstein à la synagogue. Ils auront deux filles, Denise et Elizabeth. En 1929, Irène Némirovsky connaît un premier succès avec son roman David Golder. Le héros du livre est un banquier juif peu sympathique, trahi par sa femme et moqué par sa fille. David Golder est porté à l'écran et adapté pour le théâtre. Il en sera de même pour le roman Le Bal qu'elle fait paraître l'année suivante. Jusqu'à la veille de la Seconde guerre mondiale, tous les romans et nouvelles qu'elle publie chez Albin Michel ; Le Pion sur l'échiquier, Le Vin de la solitude, Jézabel ,sont bien accueillis par le public. En 1938, Irène Némirovsky et son mari sont encore étrangers. Ils se préoccupent alors de demander la naturalisation française. Mais elle leur est refusée. Tous les membres de la famille sont baptisés ; pourtant, lorsqu'il est fait obligation aux juifs de se déclarer, ils se font recenser et portent l'étoile jaune. Ils se réfugient à la campagne, en Saône et Loire, où Irène continue à écrire. Le 13 juillet 1942, elle travaillait à son livre Suite française lorsque la police allemande l'arrête devant ses enfants. Elle est transférée à Pithiviers puis déportée par le convoi n° 6 du 17 juillet 1942 pour Auschwitz. Elle y meurt du typhus un mois plus tard. Son mari, arrêté trois mois après elle. Également déporté à Auschwitz, il est gazé à son arrivée au camp.
Après la guerre, les éditions Albin Michel publient les
derniers ouvrages qu'Irène Némirovsky avait écrits
avant de mourir, notamment un essai sur La vie de Tchekov.
Cinquante ans après sa disparition, sa fille, Elizabeth Gille,
qui fut directrice littéraire aux éditions Julliard, écrit
une biographie romancée sur sa mère, Le Mirador.
Le livre est récompensé en 1992 par le prix littéraire
de la W.I.Z.O. (le Mouvement international des femmes sionistes). Cet
ouvrage a été récemment réédité,
ainsi qu'un recueil de nouvelles qu'Irène Némirovsky avait
fait paraître dans les années trente dans différents
journaux, notamment dans Gringoire, journal pourtant connu à
l'époque pour ses positions antisémites.
David Golder, qui avait révélé Irène Némirovsky en 1929, a souvent été réédité en Livre de poche. Il met en scène des personnages juifs aussi détestables que ceux des pires caricatures antisémites :
Soifer, un vieux Juif allemand qu'il avait connu autrefois
en Silésie, puis perdu de vue et retrouvé quelques mois
auparavant, venait jouer avec lui aux cartes
Il possédait
dans un coffre fort à Londres des diamants, des perles admirables
Avec cela il était d'une avarice qui confinait à la folie.
Il habitait un meublé sordide, dans une rue sombre de Passy.
Jamais il n'était monté dans un taxi, même lorsqu'un
ami s'offrait à le payer : " Je ne désire pas, disait-il
prendre des habitudes de luxe que je ne puis me permettre ". Il
attendait l'autobus sous la pluie, l'hiver, des heures entières
; il les laissait passer les uns après les autres, quand la deuxième
classe était au complet. Toute sa vie il avait marché
sur la pointe des pieds pour faire durer ses chaussures davantage. Depuis
quelques années, comme il avait perdu toutes ses dents, il ne
mangeait plus que des bouillies, des légumes écrasés
afin d'éviter la dépense d'un râtelier.[
]
Plus tard Soifer devait mourir seul, comme un chien, sans un ami, sans
une couronne de fleurs sur sa tombe, enterré dans le cimetière
le meilleur marché de Paris, par sa famille qui le haïssait,
et qu'il avait haïe, à qui il laissait pourtant une fortune
de plus de trente millions, accomplissant ainsi jusqu'au bout, l'incompréhensible
destin de tout bon juif sur cette terre.
(sic !)
Irène Némirovsky, 1974, pp. 140-141.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.