Yvonne Netter naît à Paris le 8 avril 1889 dans une famille juive où son père, Mathieu Netter, industriel, est originaire de Strasbourg. La mère d'Yvonne, Blanche Isaac, meurt lorsque la jeune fille a treize ans. Yvonne poursuit ses études à l'école professionnelle Elisa Lemonier jusqu'à l'obtention du Brevet supérieur. Son père est très strict sur ses sorties, et c'est à une vente de charité qu'elle rencontre sa future belle-mère qui viendra elle-même demander la jeune fille en mariage pour son fils, Pierre Gompel. Les jeunes gens se marient à la synagogue en 1911. Ils auront un fils unique, Didier Gompel. Pendant la guerre de 1914-1918, Yvonne s'engage comme infirmière. Son époux, qui souffre de crises d'épilepsie qu'il lui avait cachées, la quitte en 1917. Après son divorce, elle passe son baccalauréat puis poursuit des études de droit. En 1920, elle soutient une thèse sur le travail de la femme mariée et s'inscrit au Barreau de Paris qui ne compte alors que sept femmes. Au début des années vingt, Yvonne Netter milite activement pour le droit des femmes, la réforme du code civil, le contrôle des naissance et l'éducation sexuelle. Elle rejoint d'abord la Ligue française pour le Droit des Femmes (L.F.D.F.) puis milite au sein de l'U.F.S.F., dont Cécile Brunschvicg* va être présidente. Dans son métier, Yvonne Netter est une avocate réputée " bonne divorceuse ". Elle a aussi la plume et le discours aisés : elle écrit régulièrement sur les droits de la femme et de l'enfant et donne des conférences appréciées. Elle est activement engagée auprès de diverses sociétés de bienfaisance juives. Elle préside la Société de secours mutuel des Dames israélites et défend la cause sioniste qui commence à peine à s'organiser en France. En 1924, elle est à l'initiative de la fondation de l'Union des Femmes juives pour la Palestine, qui adhérera plus tard à la W.I.Z.O. Au début des années 1930, Yvonne Netter est envoyée régulièrement pour faire des conférences en Afrique du Nord afin de collecter des fonds en faveur du Congrès juif mondial et du K.K.L., l'organisme chargé d'acheter des terres en Palestine pour les colons juifs.
Au début de la Seconde guerre mondiale, la rencontre avec
Madeleine Fauconneau du Fresne, qui milite pour le mouvement catholique
du Réarmement moral, va conduire Yvonne Netter à demander
le baptême qu'elle reçoit le 24 décembre 1940.
Madeleine Fauconneau est sa marraine. Sa conversion au catholicisme
est rapidement suivie par celles de son fils et de son frère.
Après le décret du 16 juillet 1941 fixant un numerus
clausus de deux pour cent d'avocats juifs inscrits au Barreau,
Yvonne Netter doit cesser l'exercice de sa profession, malgré
sa demande de dérogation. Elle est arrêtée quelques
mois plus tard, le 4 juillet 1942, à son domicile parisien.
Internée aux Tourelles, elle est ensuite transférée
au camp de Drancy, puis à celui de Pithiviers où elle
est rejointe par Madeleine Fauconneau, qui organise son évasion.
Finalement, les deux femmes parviennent à se retrouver et
à se réfugier ensemble dans les Pyrénées
où elles vivent clandestinement jusqu'à la Libération.
A son retour à Paris, Yvonne Netter reprend ses activités
d'avocate et de militante féministe. Elle n'est plus conviée
à aucune activité officielle juive, mais garde des
amies dans sa famille d'origine. Sa parente, Catherine Valabrègue,
militante de premier plan au Planning familial, évoque le
travail d'Yvonne Netter à l'occasion de la Journée
internationale des femmes de 1979 : " Combien se souviennent
du temps où tout, encore, était à dire, à
faire ? Et combien gardent en mémoire les noms de celles
qui inventèrent le féminisme dont elles furent les
premières combattantes ? Yvonne Netter est de celles-là.
Française, avocate, elle vient de fêter ses quatre-vingt-sept
ans et plus de soixante ans de militantisme.
" En 1982, avec la collaboration de Catherine Valabrègue, Carole
Roussopoulos consacre un film à Yvonne Netter produit par
le centre Simone de Beauvoir. Trois ans après ce bel hommage,
Yvonne Netter décède à Paris, le 30 août
1985. Elle était Officier de la Légion d'honneur.
Catherine Valabrègue, pp. 58-59
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.