Clarisse Abinoun est née à Lyon en 1938 dans une famille juive séfarade originaire de Yougoslavie. Son père, Moïse Abinoun, a consacré un livre de souvenirs à sa ville natale, Lumières de Sarajevo. De 1954 à 1959, Clarisse vit avec ses parents au Maroc où elle fréquente le lycée de jeunes filles de Casablanca. A son retour en France, elle poursuit des études de linguistique et d'anglais à Paris. Elle devient l'épouse du peintre Robert Nicoïdski et met au monde leur fils, Elie Robert. Son premier roman, Le Désespoir tout blanc, paraît en 1968. Il inaugure une uvre abondante et très éclectique. Clarisse Nicoïdski publie ensuite plusieurs romans à caractère autobiographique, comme La Mort de Gilles, ou Couvre-Feux, dans lequel l'héroïne, Judith, habite Lyon à quatre ans en 1943, tout comme l'auteure. Cette autobiographie romancée est récompensé par le Prix des lectrices de Elle en 1981. Clarisse Nicoïdski se tourne aussi vers la critique d'art : elle consacre des ouvrages aux peintres juifs Soutine et Modigliani et rédige Une histoire des femmes peintres. Elle s'essaie également à la littérature érotique notamment avec Le Pot de miel et La Ruche, et produit un opéra : Les Cerceaux de feu, avec le compositeur Bruno Ducol. Cet opéra, qui dure quarante minutes, est joué par l'orchestre de la ville d'Avignon. Il est présenté en 1991 à la Chartreuse de Villeneuve- Lez-Avignon, dans le cadre des " Lectures lyriques ". L'uvre est bien accueillie par la critique qui avait déjà apprécié, trois ans plus tôt, l'adaptation pour le théâtre par Daniel Mesguish du premier roman de Clarisse Nicoïdski, Le désespoir tout blanc. Affaiblie par un cancer, Clarisse Nicoïdski décède à Étampes le 23 décembre 1996 à l'âge de cinquante-six ans.
En 1980, elle avait été invitée au colloque Cultures juives méditerranéennes et orientales qui se déroulait à Paris au Centre Beaubourg et y avait présenté des poèmes en judéo-espagnol. Clarisse Nicoïdski était, en France, la seule poétesse judéo-espagnole connue. Un extrait de l'un de ces poèmes, traduit en français par ses soins, illustre ce domaine particulier de son uvre :
Kontami la kunseja insangritara ki avrira la puertas serradas I Dibachu di tu kamiza Batia Un pacharu loku Si kayo Kom'una pyedra Solu Il kutchiyu di su vos Alivantadu nil aryi Mus dicho tu gritu Matadu [...] V Si itcho a kurrer un kavayu dibachu di la nyeve tupo kuerpus mensevus i tambyen tupo tu boka ki avlava par eyus di una madre pardida una kaza un amor una varda asulada il kavayu la tumo i la trucho a la luna batyerun palmas lus muartus ma la luna si skundyo il kavayu in il mar s'infundyo
Raconte-moi l'histoire sanglante qui fait s'ouvrir les portes closes
I Sous ta chemise battait un oiseau fou il chuta comme une pierre seul sa voix de couteau debout nous laissa ton cri assassiné
V
Un cheval s'est mis à courir
Sous la neige
il a découvert des corps de jeunes gens
et ta bouche aussi
qui leur parlait
d'une mère que la mort a prise
d'une maison
ou d'un amour
une vérité solitaire
le cheval la prit et l'offrit à la lune
alors les morts applaudirent
mais la lune se cacha
le cheval dans la mer
s'enfonça.

Cultures juives méditerranéennes et orientales, Actes des journées du 12 au 14 septembre 1980 au Centre Georges Pompidou, Paris, Syros, 1982, pp. 109-111.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.