Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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OSWALD Marianne,

pseudonyme de Sarah Alice Bloch

1903-1985

Chanteuse

Sarah Alice Bloch est née le 9 janvier 1903, à Sarreguemines, en Lorraine, région alors rattachée à l'Allemagne depuis la guerre de 1870. Ses parents sont des juifs émigrés de Pologne. Dans ses mémoires, Je n'ai pas appris à vivre, qu'elle rédige aux États-Unis pendant la Seconde guerre mondiale, elle évoque son père instituteur et sa mère, la femme la plus élégante de Sarreguemines, qui tenait une boutique d'articles féminins. Ses parents meurent prématurément, et elle est envoyée en pension en Allemagne. C'est dans ce pays qu'elle débute dans la chanson en se produisant dans différents cabarets de Berlin. Une opération de la gorge lui laisse cette voix bizarre qui choquera souvent ses auditeurs. A la suite d'un grave accident de voiture, elle touche d'importantes indemnités qui lui permettent de fuir la montée du nazisme et de réaliser son rêve : se rendre à Paris.

Marianne Oswald commence à chanter dans la capitale au début des années 1930. Elle se produit au Bœuf sur le toit, un cabaret ouvert depuis une dizaine d'années aux chansons françaises d'avant-garde. De sa voix rauque et cassée, elle fait découvrir au public de la Rive gauche des textes d'auteurs allemands qu'elle dit plus qu'elle ne chante. Elle est une des premières à interpréter L'Opéra de quatre sous de Berthold Brecht et des textes de Kurt Weill adaptés en français par André Mauprey. Elle chante aussi Kosma et des textes spécialement écrits pour elles par des poètes français. Jean Cocteau lui dédie Anna la bonne et Jacques Prévert La Chasse à l'enfant. Ses cheveux roux et l'engagement de ses chansons lui valent le surnom magnifique de Marianne la Rouge. Bien des années plus tard, la chanteuse Barbara* dira dans ses mémoires son émerveillement lorsqu'un ami lui fit découvrir cette artiste " féroce, moderne, désespérée, stupéfiante ! ".
Lorsqu'en 1934, Marianne Oswald interprète Appel de Jacques Prévert, elle est huée par une partie du public qui n'accepte pas qu'une allemande, juive de surcroît, vienne donner des leçons de pacifisme ! Elle épouse en 1935, un français d'origine catholique, Monsieur Colin. Mais leur union ne résiste pas à la guerre et aux lois racistes.
Pendant la Seconde guerre mondiale, Marianne Oswald part seule se réfugier aux États-Unis. Elle se produit Outre Atlantique à la radio et dans différents cabarets. C'est là-bas qu'elle fait paraître ses mémoires en anglais, One small voice. Après son retour en France, ils sont édités en français sous le titre Je n'ai pas appris à vivre, et préfacés par Jacques Prévert qui écrit : " Ce livre d'une insolite simplicité, qui a sa place entre les Malheurs de Sophie et les Infortunes de la vertu, n'oublie jamais que l'humour est enfant de nos haines et surtout de nos amours. Je n'ai pas appris à vivre, ou les Aventures de Marianne qui pleure et de Marianne qui rit. Un livre absolument pas du tout réaliste, comme la vie dans rêve, comme un rêve dans la vie. Marianne Oswald, préface de Jacques Prévert, n.p."

Pendant ses six années d'exil américain, le public parisien a changé et ne fait plus le même accueil à ses chansons violentes. Marianne Oswald se tourne alors vers d'autres activités artistiques, cinéma, radio et télévision où elle produit des émissions pour enfants. En 1949, elle joue notamment dans Les Amants de Vérone, un film d'André Cayatte et Jacques Prévert. Durant plus de trente ans, elle vit dans une chambre du Lutétia, l'hôtel parisien qui avait servi de quartier général à la Gestapo pendant la guerre, puis de centre de regroupement et de recherche des déportés après guerre.
Lorsque Marianne Oswald meurt le 25 février 1985, à l'hôpital de Limeil-Brevannes dans le Val-de-Marne, peu de gens accompagnent sa dépouille jusqu'à la fosse commune.
Six ans plus tard, en juin 1991, elle est ramenée à Sarreguemines, sa ville natale, qui lui rend hommage. Une plaque à son nom est apposée à l'angle de la rue de l'Église et de la rue de Verdun, à l'endroit même où se dressait l'immeuble dans lequel elle était née et qui avait été détruit pendant la guerre.

Marianne Oswald, préface de Jacques Prévert, n.p.

Discographie :

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.