Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Amélie Polonnais

Amélie Polonnais

POLLONNAIS Amélie née Cohen

1834-1898

Philanthrope, promotrice de l'école laïque

C'est à Marseille qu'Amélie Cohen voit le jour le 21 mars 1834 dans une famille de vieille souche judéo-comtadine du côté de sa mère, Laure Delpuget, comme du côté paternel. Joseph Jonas Cohen, son p ère, est un négociant en céréales qui fait partie des notables de la communauté juive marseillaise. Amélie a deux frères : Jules, futur compositeur, et Félix qui sera Conseiller d'État. En 1855, Amélie Cohen épouse Désiré Pollonnais, un coreligionnaire niçois appelé à une longue carrière politique. Il sera Conseiller des Alpes Maritimes pendant quarante ans, de 1861 à 1902, maire de Villefranche-sur-Mer et président de la communauté israélite de Nice. Ils ont trois enfants : Gaston, Cécile et André.

Amélie Pollonnais est une jolie femme, élégante et cultivée. Elle soutient la carrière politique de son mari en tenant salon dans leur villa du Cap-Ferrat Villefranche-sur-Mer, " La Villa Pollonnais " Vendue depuis, l'ancienne demeure des Pollonnais existe toujours à Cap Ferrat, sous le nom de "Les Cèdres". Après la guerre franco-prussienne de 1870, Amélie est médaillée de la Croix-Rouge pour son dévouement à l'égard des blessés. Plus tard, elle sera également honorée par la Société nationale d'encouragement au bien pour ses actions auprès des soldats libérés. Mais c'est surtout dans le domaine de l'éducation qu'elle va plus particulièrement s'investir. Elle montre en effet un grand intérêt pour le développement de l'instruction publique et aura une influence notoire sur son mari dans ce sens. Dès 1872, Désiré Pollonnais institue la gratuité scolaire dans la commune de Villefranche-sur-Mer dont il est le maire de 1871 à 1900. Pour promouvoir plus largement l'école publique laïque, elle-même publie plusieurs ouvrages d'éducation et de morale. Son livre Rêveries maternelles paru en 1868 est remarqué par Victor Duruy, ministre de l'Instruction, qui lui écrit : " Vous devinez, Madame, que je me suis particulièrement arrêté aux pages où vous parlez de l'instruction pour la mère. J'y trouve avec bonheur l'approbation implicite d'idées que j'exprimais il y a quelques mois en style administratif ; il m'en a coûté bien des injures, mais un livre comme le vôtre suffît à me les faire oublier. "Cité dans "Mort d'Amélie Pollonnais", Le Petit Niçois, 27 juillet 1898.

En 1869, Amélie Pollonnais publie Philosophie enfantine. Elle rassure ses lecteurs sur la signification de son titre : " Je n'oserai pas me juger assez savante pour vous enseigner la philosophie ; que ce titre ne vous effraie donc pas ; je veux seulement qu'elle vienne d'elle-même à votre esprit ; elle est écrite partout en lettres d'or dans la Nature. " Son troisième ouvrage, A travers les mansardes et les écoles, est un témoignage sur ses nombreuses visites de charité et sur ses expériences de pédagogue pratiquées dans " l'Ecole rustique du jeudi " qu'elle avait créée.
Amélie Pollonnais collabore aussi à différentes revues féminines : " La Femme " et " Le Foyer domestique ", et participe à la création de la Gazette des enfants. Localement, elle s'engage dans de nombreuses activités culturelles et philanthropiques dans le Var, et ses concitoyens la surnomment avec gratitude " La grande Juive ". A Nice, elle préside la Société des Beaux-arts de la ville et le Comité de patronage des détenus libérés. En 1881, elle est promue au grade Officier de l'Instruction publique.

Amélie Pollonnais décède au Cap Ferrat, le 24 juillet 1898. Toutes les autorités civiles et militaires du département assistent à ses obsèques au cimetière israélite du Château à Nice. Le grand rabbin Honel Meiss, qui avait auparavant été en poste à Nice, vint spécialement d'Alsace pour prononcer son oraison funèbre.
Peu de temps après sa mort, la Place de la Marine et le Boulevard Saint Jean à Villefranche-sur-Mer prirent son nom.

Vendue depuis, l'ancienne demeure des Pollonnais existe toujours à Cap Ferrat, sous le nom de "Les Cèdres".
Cité dans "Mort d'Amélie Pollonnais",Le Petit Niçois, 27 juillet 1898.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.