Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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Mila Racine

Mila Racine

Racine Mila

1919-1945

Résistante, morte en déportation à Mauthausen

Née à Moscou le 4 septembre 1919, Mila Racine émigre à Paris en 1925 avec ses parents, son frère Emmanuel et sa sœur Sacha. Elle est encore lycéenne lorsqu'elle commence à militer au sein du mouvement sioniste de la jeune W.I.Z.O., le mouvement international des femmes sionistes.
Mila a vingt ans lorsque la guerre éclate. Quand la résistance juive à l'occupation allemande commence à s'organiser, elle va rapidement y prendre des responsabilités. En 1942, elle dirige le groupe régional du Mouvement des Jeunes Sionistes (M.J.S.) qui s'est constitué à Montpellier. Le groupe porte assistance aux internés du camp de Gurs dans les Pyrénées, puis à ceux Saint-Gervais en Haute-Savoie. Avec d'autres mouvements de la résistance juive, elle organise dans la région d'Annecy des passages clandestins d'enfants vers la Suisse. Les voyages ont toujours lieu de nuit avec des équipes de passeurs qui connaissent parfaitement la région et les itinéraires des patrouilles allemandes. Elle effectue un des passages avec Roland Epstein, et ils acceptent exceptionnellement de prendre aussi en charge un couple de personnes âgées qui retardent leur marche. Le convoi est intercepté à Saint-Julien de Genevoix, le 21 octobre 1943. Roland Esostein et Mila Racine sont incarcérés au Pax d'Annemasse, ancien hôtel transformé en quartier général de la Gestapo et en prison. Emmanuel Racine, également engagé dans la Résistance avec sœur Sacha, réussit à prendre contact avec eux. Il leur fait parvenir des colis avant leur transfert à la prison du Fort Montluc à Lyon. De la prison, Roland Epstein est transféré à Drancy. Il survivra.

Mila Racine n'est pas dirigée vers Drancy, mais vers Compiègne (où sont incarcérés des non-juifs) d'où elle est déportée au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. Elle peut correspondre avec sa famille et recevoir des colis par l'intermédiaire de la Croix Rouge. Elle est ensuite transférée en Autriche au camp de Mauthausen où elle travaille dans l'usine qui fabrique de l'essence synthétique. Le 20 mars 1945, l'usine est bombardée par les alliés et Mila Racine périt dans le bombardement avec de nombreuses autres femmes. Elle avait vingt-cinq ans. Quelques jours plus tard, le camp de Mauthausen était libéré par les Alliés.

Près de quarante ans après la mort de Mila Racine, son frère Emmanuel, établi en Israël, et la Fédération française de la W.I.Z.O. ont conjugué leurs efforts pour honorer sa mémoire. Une crèche " Mila Racine " a été construite à Tel Aviv. Lors de la cérémonie d'inauguration, Emmanuel Racine a rendu hommage à l'esprit de résistance de sa sœur et à celui de sa camarade Marianne Cohn* : " Vous êtes devenues les symboles de cette jeunesse juive de France qui a su se dresser contre l'ennemi, a voulu résister, lutter, sauver tout ce qu'il était possible de sauver et en premier lieu les enfants. Vous étiez un modèle et un exemple pour tous les jeunes qui souhaitaient combattre ; vous les avez encouragés par votre conduite, vous les avez aidés à se dépasser comme vous le faisiez quotidiennement sur ces routes où la mort vous guettait. ""Mila Racine, 1996, p. 13

Deux des anciennes compagnes de déportation de Mila Racine assistaient à cette inauguration. L'une d'elle, Denise Jacob-Vernay, Miarka dans la Résistance, avait partagé l'infortune de Mila à Ravensbrück puis à Mathausen. Elle avait eu le terrible devoir d'informer la famille de Mila Racine de son décès et de lui remettre quelques menus objets qui lui avaient appartenu. En se souvenant de celle qui au camp de concentration se faisait appeler Marianne, elle écrit après cette inauguration : " Certaines d'entre nous, du block 15 tout particulièrement, se souviennent de Marianne Racine (n° 27.000), de sa voix claire et juste, de son regard bleu profond sous des cheveux noirs striés de blancs ; elle dirigea quand il se put une petite chorale qui regroupa de temps à autres quelques anciennes du scoutisme de différentes confessions. Elle était jeune et belle, nette et décidée, modeste et courageuse. "Miarka (Denise Vernay), 1982, p. 3

"Mila Racine, 1996, p. 13.
Miarka (Denise Vernay), 1982, p. 3 Miarka (Denise Vernay), 1982, p. 3.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.