Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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RAICH Léa née Frimond

1901-1987

Secrétaire générale de la W.I.Z.O. France

Léa Fridmond naît le l0 juin 1901à Paris, dans le foyer de Maurice Fridmon et Sophie Rappoport. D'origine russe, ses parents appartiennent à des familles juives déjà bien implantées en France au moment de sa naissance. Elle a une sœur, Sarah, qui deviendra plus tard Madame Ourman. Les grands parents de Léa, marqués par l'affaire Dreyfus, avaient été parmi les premiers sionistes de France en soutenant financièrement le Fonds de reboisement de la terre d'Israël (le Keren Kayemet). En 1906, le père de Léa est un des fondateurs de l'organisation sioniste française Mevasereth Zion.
Léa poursuit ses études jusqu'au Brevet supérieur. En 1924, à l'âge de vingt-trois ans, elle épouse à la synagogue Michel Raich, chirurgien dentiste, dont les parents sont originaires de Roumanie. Elle met au monde un an plus tard leur fille unique, Jacqueline, future épouse Rubinski. Léa Raich est alors une femme au foyer, occupée à l'éducation de sa fille. Elle veut cependant s'investir dans d'autres activités.
En 1930, elle adhère, en même temps que sa sœur, à l'Union des Femmes Juives pour la Palestine (U.F.J.P.P.). Yvonne Netter* est une des promotrices de cette union fondée en 1920 à Paris. Également implantée à Strasbourg et à Marseille, l'U.F.J.P.P. soutient la création d'un Foyer national juif en Palestine. Dans cet objectif, l'association collecte des fonds pour l'achat et la plantation d'arbres et pour l'entretien d'une école et d'une crèche en Palestine. Léa Raich devient Secrétaire générale de l'U.F.J.P.P. en 1933.
En 1935, l'Union des Femmes Juives pour la Palestine devient la W.I.Z.O.LaW.I.Z.O. : Women International Zionist Organisation, a été fondée à Londres en 1920 France, sous l'impulsion de Rebecca Sieff, présidente-fondatrice de la W.I.Z.O. mondiale. Auparavant, l'U.F.J.P.P. avait fusionné avec le cercle d'études juives sionistes Kadimah créé par Juliette Stern et avec le groupe des femmes juives de Strasbourg, Ghalei. Ces regroupements font dès lors de la W.I.Z.O. la plus importante organisation féminine juive de France. Liouba Filderman est la première présidente de la W.I.Z.O. France, Juliette Stern sa Secrétaire générale et Léa Raich son adjointe.
Pendant les quatre années précédant la guerre, Léa Raich œuvre au développement de la W.I.Z.O. en France. Elle contribue à créer de nouvelles sections en province, elle organise des cours d'hébreu et de pensée juive et des manifestations contre le nazisme et contre la puissance mandataire qui règne alors sur la Palestine. La guerre gèle cette expansion : la W.I.Z.O. est dissoute en France et certaines de ses membres entrent dans la clandestinité.
Léa Raich passe l'hiver de la " drôle de guerre " en province. En août 1941, elle revient à Paris avec sa famille. Elle rejoint son amie Juliette Stern avec qui elle travaille à l'Union Générale des Israélites de France (U.G.I.F.) créée par les Allemands après la dissolution des autres organisations juives. Sous le couvert de cet organisme, Juliette Stern met en place un Service clandestin de placement d'enfants de la W.I.Z.O. De juillet 1942 à août 1944, Léa Raich se consacre au placement et au suivi d'enfants dont les parents ont été déportés. Elle est en contact avec des réseaux de résistants, notamment avec Marie-Madeleine Fourcade du groupe
" Alliance " qui participe souvent au sauvetage d'enfants juifs. En aidant ces enfants, Léa Raich apprend " sur le tas " le métier d'assistante sociale auquel elle se formera plus tard professionnellement.
Dès la fin de la guerre, Léa et les anciennes dirigeantes de la W.I.Z.O. ont pour priorité le rassemblement des enfants cachés par leurs soins et l'installation des orphelins dans des maisons juives pour enfants . Cette mission accomplie, la W.I.Z.O. se réorganise. En 1947, Juliette Stern succède à Sassia Erlich à la tête de la W.I.Z.O France et Léa Raich en devient Secrétaire générale. Décidée à mieux se former au travail qu'elle a effectué de fait pendant la guerre, elle passe, à près de cinquante ans, un diplôme d'assistante sociale.
Léa Raich contribue à l'essor mondial que connaît la W.I.Z.O. après la création de l'État d'Israël en 1948. Elle ne ménage ni ses efforts, ni ses conseils, ni ses déplacements. En 1954, la W.I.Z.O. France compte près de 10.000 membres réparties en une centaine de sections, dont vingt-huit en Algérie, douze au Maroc et six en Tunisie. Après l'indépendance de ces pays, les anciennes "wizéennes" d'Afrique du Nord installées en France contactent souvent Léa Raich pour continuer leur travail au sein des sections métropolitaines.
Léa Raich est aussi Vice-présidente du Congrès juif mondial. Elle utilise également cette organisation, ainsi que la Maison de l'Europe ou le Mouvement mondial des Mères dont elle est membre, pour faciliter l'intégration en France des rapatriées d'Afrique du Nord et pour faciliter l'immigration des femmes qui ont choisi de vivre en Israël.
A la fin des années soixante, Léa Raich ralentit ses activités, après avoir encore soutenu activement Israël pendant la Guerre des six jours en juin 1967. En 1970, elle décide de s'occuper de son mari malade et démissionne du Secrétariat général de la W.I.Z.O. France qu'elle occupait efficacement depuis vingt-trois ans. Elle en devient Vice-Présidente, tandis Yvette Fayman et Evelyne Blumm qu'elle avait formées lui succèdent au secrétariat général.

En 1964, Léa Raich avait été nommée membre ad personam de l'exécutif de la W.I.Z.O. mondiale. Elle en sera plus tard nommée membre à vie. Elle s'éteint à Paris le 23 avril 1987 à l'âge de quatre-vingt-six ans.

LaW.I.Z.O. : Women International Zionist Organisation, a été fondée à Londres en 1920.

Bibliographie :

Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.