Léa Fridmond naît le l0 juin 1901à Paris, dans le foyer
de Maurice Fridmon et Sophie Rappoport. D'origine russe, ses parents
appartiennent à des familles juives déjà bien
implantées en France au moment de sa naissance. Elle a une
sur, Sarah, qui deviendra plus tard Madame Ourman. Les grands
parents de Léa, marqués par l'affaire Dreyfus, avaient
été parmi les premiers sionistes de France en soutenant
financièrement le Fonds de reboisement de la terre d'Israël
(le Keren Kayemet). En 1906, le père de Léa est un
des fondateurs de l'organisation sioniste française Mevasereth
Zion.
Léa poursuit ses études jusqu'au Brevet supérieur.
En 1924, à l'âge de vingt-trois ans, elle épouse
à la synagogue Michel Raich, chirurgien dentiste, dont les
parents sont originaires de Roumanie. Elle met au monde un an plus
tard leur fille unique, Jacqueline, future épouse Rubinski.
Léa Raich est alors une femme au foyer, occupée à
l'éducation de sa fille. Elle veut cependant s'investir dans
d'autres activités.
En 1930, elle adhère, en même temps que sa sur,
à l'Union des Femmes Juives pour la Palestine (U.F.J.P.P.).
Yvonne Netter* est une des promotrices de cette union fondée
en 1920 à Paris. Également implantée à
Strasbourg et à Marseille, l'U.F.J.P.P. soutient la création
d'un Foyer national juif en Palestine. Dans cet objectif, l'association
collecte des fonds pour l'achat et la plantation d'arbres et pour
l'entretien d'une école et d'une crèche en Palestine.
Léa Raich devient Secrétaire générale
de l'U.F.J.P.P. en 1933.
En 1935, l'Union des Femmes Juives pour la Palestine devient la
W.I.Z.O.
France, sous l'impulsion de Rebecca Sieff, présidente-fondatrice
de la W.I.Z.O. mondiale. Auparavant, l'U.F.J.P.P. avait fusionné
avec le cercle d'études juives sionistes Kadimah créé
par Juliette Stern et avec le groupe des femmes juives de Strasbourg,
Ghalei. Ces regroupements font dès lors de la W.I.Z.O.
la plus importante organisation féminine juive de France.
Liouba Filderman est la première présidente de la
W.I.Z.O. France, Juliette Stern sa Secrétaire générale
et Léa Raich son adjointe.
Pendant les quatre années précédant la guerre,
Léa Raich uvre au développement de la W.I.Z.O.
en France. Elle contribue à créer de nouvelles sections
en province, elle organise des cours d'hébreu et de pensée
juive et des manifestations contre le nazisme et contre la puissance
mandataire qui règne alors sur la Palestine. La guerre gèle
cette expansion : la W.I.Z.O. est dissoute en France et certaines
de ses membres entrent dans la clandestinité.
Léa Raich passe l'hiver de la " drôle de guerre
" en province. En août 1941, elle revient à Paris
avec sa famille. Elle rejoint son amie Juliette Stern avec qui elle
travaille à l'Union Générale des Israélites
de France (U.G.I.F.) créée par les Allemands après
la dissolution des autres organisations juives. Sous le couvert
de cet organisme, Juliette Stern met en place un Service clandestin
de placement d'enfants de la W.I.Z.O. De juillet 1942 à août
1944, Léa Raich se consacre au placement et au suivi d'enfants
dont les parents ont été déportés. Elle
est en contact avec des réseaux de résistants, notamment
avec Marie-Madeleine Fourcade du groupe
" Alliance " qui participe souvent au sauvetage d'enfants
juifs. En aidant ces enfants, Léa Raich apprend " sur
le tas " le métier d'assistante sociale auquel elle
se formera plus tard professionnellement.
Dès la fin de la guerre, Léa et les anciennes dirigeantes
de la W.I.Z.O. ont pour priorité le rassemblement des enfants
cachés par leurs soins et l'installation des orphelins dans
des maisons juives pour enfants . Cette mission accomplie, la W.I.Z.O.
se réorganise. En 1947, Juliette Stern succède à
Sassia Erlich à la tête de la W.I.Z.O France et Léa
Raich en devient Secrétaire générale. Décidée
à mieux se former au travail qu'elle a effectué de
fait pendant la guerre, elle passe, à près de cinquante
ans, un diplôme d'assistante sociale.
Léa Raich contribue à l'essor mondial que connaît
la W.I.Z.O. après la création de l'État d'Israël
en 1948. Elle ne ménage ni ses efforts, ni ses conseils,
ni ses déplacements. En 1954, la W.I.Z.O. France compte près
de 10.000 membres réparties en une centaine de sections,
dont vingt-huit en Algérie, douze au Maroc et six en Tunisie.
Après l'indépendance de ces pays, les anciennes "wizéennes"
d'Afrique du Nord installées en France contactent souvent
Léa Raich pour continuer leur travail au sein des sections
métropolitaines.
Léa Raich est aussi Vice-présidente du Congrès
juif mondial. Elle utilise également cette organisation,
ainsi que la Maison de l'Europe ou le Mouvement mondial des Mères
dont elle est membre, pour faciliter l'intégration en France
des rapatriées d'Afrique du Nord et pour faciliter l'immigration
des femmes qui ont choisi de vivre en Israël.
A la fin des années soixante, Léa Raich ralentit ses
activités, après avoir encore soutenu activement Israël
pendant la Guerre des six jours en juin 1967. En 1970, elle décide
de s'occuper de son mari malade et démissionne du Secrétariat
général de la W.I.Z.O. France qu'elle occupait efficacement
depuis vingt-trois ans. Elle en devient Vice-Présidente,
tandis Yvette Fayman et Evelyne Blumm qu'elle avait formées
lui succèdent au secrétariat général.
En 1964, Léa Raich avait été nommée membre ad personam de l'exécutif de la W.I.Z.O. mondiale. Elle en sera plus tard nommée membre à vie. Elle s'éteint à Paris le 23 avril 1987 à l'âge de quatre-vingt-six ans.
LaW.I.Z.O. : Women International Zionist Organisation, a été fondée à Londres en 1920.
Michèle Bitton, sociologue, 94, rue Saint-Savournin, 13001 Marseille.