Présences féminines juives en France (XIXè-XXè siècles)



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ROTHSCHILD Alix de

1911-1982

Mécène d'art et responsable d'associations

Née Alix Schey von Koromla à Francfort le 30 juin 1911, elle est la fille du baron Philip Schey von Koromla et de Lili Goldschmith-Rothschild. Elle grandit à Vienne dans cette riche famille juive où elle est élevée, avec sa sœur Minka, par des précepteurs. Sa mère décède alors qu'Alix a douze ans, et la jeune fille développe très tôt le sens des responsabilités et du devoir.
Mariée en 1929, à dix-huit ans, à Kurt Krahmer, elle met au monde une fille, Lili, (qui plus tard épousera Maurice Rheims Leur fille est la photographe Bettina Rheims, et leur petite fille l'écrivaine Nathalie Rheims. Face à la montée du nazisme, le couple décide de quitter l'Allemagne pour la France. Son époux, qui décède en 1936 dans un accident de chemin de fer, ne pourra le faire.
En 1937, Alix épouse en secondes noces, son cousin, le Baron Guy de Rothschild. Ils ont un fils, David, né en 1942 à New York où sa mère avait trouvé quelques temps refuge pendant la Seconde guerre mondiale. De retour en France, Guy de Rothschild perpétue la tradition familiale d'implication dans les hautes instances du judaïsme français et devient, en 1950, le Président du F.S.J.U., le Fonds social juif unifié. Le couple divorce en 1956. Plus tard leur fils David succèdera à son père à la Présidence du F.S.J.U., fonction qu'il assume depuis 1982.
Perpétuant également la tradition philanthropique des femmes de la famille, Alix de Rothschild est nommée après la guerre de 1945, Présidente mondiale de l'Aliya des Jeunes ", fonction dans laquelle elle succède à Eleanor Roosevelt, la femme du président des États-Unis. L'Alyat ha-noar, en hébreu, est l'organisation de l'émigration des jeunes vers Israël coordonnée par le Mouvement sioniste mondial. Dans les années cinquante, l'Aliya des Jeunes en France prend aussi en charge des orphelins de la Shoah, et c'est une tâche difficile qui est confiée à Alix de Rothschild. Elle sera ensuite Présidente de l'Association des Amis de l'Aliah des jeunes à Paris jusque dans les années quatre-vingt. Elle siége également dans de nombreuses autres instances du judaïsme français. Vice-présidente de l'A.U.J.F., l'Appel Unifié Juif de France, elle est aux côtés des fondatrices du mouvement de la Coopération Féminine et y prend la responsabilité de l'Action féminine de collecte à sa création en 1968. Toujours prête à se déplacer et à donner son nom pour soutenir des actions culturelles, elle accepte souvent d'être la représentante de l'Alliance israélite universelle pour défendre ses actions scolaires et éducatives sur les quatre continents. Elle s'acquitte de toutes ces tâches avec professionnalisme et efficacité. Sa collaboratrice, Charlotte Helmann, se souvient encore de sa ponctualité et de son souci extrême pour les autres.
Mécène éclairée, elle soutient des musées en France et en Israël et aide et conseille personnellement des nombreux peintres et sculpteurs. Le peintre israélien Avigdor Arikha, qu'elle avait aidé dans les années cinquante en mettant notamment un atelier à sa disposition à Paris, lui rend hommage dans ses interviews.Rencontre avec le peintre Aridkha à Paris, le 19 septembre 2000, et dans Arikha de Duncan Thomson, Londres, Phaïdon, rééd. 1996
Pendant quelques années, Alix de Rothschild est Présidente de la Société des amis du Musée de l'Homme à Paris et participe à l'organisation de plusieurs expositions sur les arts primitifs. Également Présidente du Comité des Amis français du Musée d'Israël, elle prend une part active à l'organisation de l'exposition organisée en Israël en 1973 sur les Juifs du Maroc. Elle s'est déplacée elle-même au Maroc à maintes reprises pour y rassembler des objets pour cette exposition et pour le Musée d'Israël.
Propriétaire du château de Reux dans lequel elle organise des concerts de musique classique, elle est aussi maire de cette petite commune du Calvados pendant près de trente ans. Elle assume divers engagements locaux, notamment celui de déléguée cantonale des écoles publiques de Pont-Lévêque.
C'est à Reux qu'elle décède le 3 mai 1982. Elle est enterrée dans le jardin de l'Église de Reux qu'elle avait fait restaurer. La presse juive, en France et en Angleterre, se fait l'écho de la disparition de cette grande dame, intelligente et généreuse. Elle était Chevalier des Palmes académiques et Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres et du Mérite social. L'année qui suit son décès, des cérémonies à sa mémoire sont célébrées à la Synagogue de la Victoire à Paris en présence du Grand rabbin Kaplan.
La Fondation Alix de Rothschild créée par ses enfants a contribué à la mise en place d'un Centre pour l'artisanat à Jérusalem et à la remise d'un prix annuel à un artisan Alix de Rothschild Fondation Craf Center, 4 rue Or Ha'Haim, Jérusalem. En 1990, le maire de Paris, Jacques Chirac, inaugurait en l'Hôtel de Sens (Bibliothèque Forney) l'exposition " Artisans d'Israël " présentée par cette fondation.

En 1986, plusieurs années après qu'elle y ait participé, parait une version française du catalogue de l'exposition sur la vie juive au Maroc qui a eu lieu au Musée d'Israël à Jérusalem en 1973. Ses éditeurs y rappellent la part importante qu'elle y a prise : " Le destin a voulu que ce volume, fruit de l'enthousiasme et de l'opiniâtreté d'Alix de Rothschild, soit dédié à sa mémoire. Un de ses vœux les plus chers était de voir paraître, en français, cet ouvrage réalisé en Israël : il n'a pu être exaucé avant sa mort… Les Amis du Musée d'Israël en France dont elle fut la fondatrice, l'animatrice et la présidente pendant de longues années, comme tous ceux pour qui elle a œuvré et qui l'ont respectée et aimée, garderont fidèlement le souvenir d'Alix Schey von Koromla, baronne de Rothschild. Aviva Muller Lancet et Dominique Champault, 1986, Introduction, n.p.."
Ce même catalogue reproduit l'hommage qu'Alix de Rothschild avait rendu à tous ceux qui avaient contribué à la réalisation de cette exposition :

Les Amis du Musée d'Israël à Paris qui se sont constitués en comité pour aider le Musée à réaliser une exposition sur les Juifs du Maroc avaient l'ambition - au delà de l'aspect folklorique, de l'artisanat et des objets de la vie de tous les jours - de mettre en lumière la contribution du judaïsme marocain à la culture et à la pensée juive universelle.
La nouvelle de l'exposition fut accueillie quelquefois avec scepticisme, souvent avec enthousiasme, jamais avec indifférence. De l'artisan bijoutier, aujourd'hui employé sanitaire de la municipalité de Dimona, jusqu'aux industriels d'Amérique et aux professeurs des universités de Paris et de Jérusalem, tous ont donné ce qui leur était cher. […]

Que soient ici remerciés tous ceux, amis personnels, collaborateurs, et les autorités en France et à l'étranger, qui nous ont aidés à mener à bien cette tâche ardue mais exaltante.
Amener les Juifs originaires du Maroc à une meilleure connaissance de leur propre passé et à divulguer ce passé, tel est le but de cette exposition.Introduction d'Alix de Rothschild dans La vie juive au Maroc, op. cit., n. p.

Leur fille est la photographe Bettina Rheims, et leur petite fille l'écrivaine Nathalie Rheims.
Rencontre avec le peintre Aridkha à Paris, le 19 septembre 2000, et dans Arikha de Duncan Thomson, Londres, Phaïdon, rééd. 1996.
Alix de Rothschild Fondation Craf Center, 4 rue Or Ha'Haim, Jérusalem.
Aviva Muller Lancet et Dominique Champault, 1986, Introduction, n.p..
Introduction d'Alix de Rothschild dans La vie juive au Maroc, op. cit., n. p.

Bibliographie :